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Loi sur la laïcité: compatriotes québécois, ne vous laissez pas intimider

Non, la laïcité n’est pas une atteinte aux minorités

Loi sur la laïcité: compatriotes québécois, ne vous laissez pas intimider
Des femmes avec une pancarte "Solidarité avec les femmes voilées", lors de la manifestation contre le projet de loi 21 sur la laïcité au Québec. Montréal (Canada), 7 avril 2019. ©David Himbert / Hans Lucas

Un projet de loi déposé au Parlement québécois vise notamment à interdire le port de signes religieux à certaines catégories d’employés de l’État. Le Premier ministre canadien Justin Trudeau, suivi par toute une partie de la gauche, dénonce une “discrimination contre des citoyens en raison de leur religion”. Face à cette levée de boucliers, Jérôme Blanchet-Gravel appelle ses compatriotes à ne pas se laisser influencer. 


Chers compatriotes québécois,

A entendre notre élite, il ne faudrait surtout pas trop nous émanciper. Les commissaires de l’empire xénophile nous surveillent. Nous pouvons jouer aux révoltés, faire du bruit et déranger à l’occasion les provinces voisines. Certains d’entre nous peuvent même écrire des livres « révolutionnaires » : ils seront récompensés d’un grand prix littéraire. Mais de là à nous affirmer comme peuple, il ne faut quand même pas exagérer. Contentons-nous de jouer les héros écolos et laissons tomber notre projet de laïcité, après en avoir débattu pendant plus de dix ans. Ce n’est pas une idée pour les peuples affaissés comme le nôtre, peut-on lire entre les lignes. Presque 70% des Québécois appuient le projet de loi 21 de la Coalition Avenir Québec, mais il est illégitime et discriminatoire, selon de nombreux observateurs.

Malgré l’omniprésence des progressistes dans nos médias et universités, les dernières années ont encore été celles de notre recul. Les gens novateurs sont partout, mais nous sommes revenus en arrière. Toutes les communautés mériteraient d’être sauvées et célébrées, sauf la communauté nationale du Québec, évidemment, qui n’est pourtant pas moins fragile que les autres. Les Québécois forment une minorité à l’échelle de l’Amérique du Nord, mais cette réalité est passée sous silence. Nous sommes une île dans un océan anglo-saxon, mais la priorité ne nous reviendrait pas. Dans l’univers moral de Justin Trudeau, il n’y a de place que pour les personnes « racisées ». Le petit prince boréal est pour l’autodétermination des minorités, mais contre celle du Québec. Les peuples sont sympathiques quand ils prennent le visage de tribus colorées, mais dangereux autrement.

A lire aussi: Au Québec, la gauche s’insurge contre la laïcité

Ces dernières années, beaucoup d’entre vous se sont laissé culpabiliser, se faisant croire que le Québec avait un pedigree colonialiste, alors qu’il est lui-même le fruit de la colonisation. Le Canada français a souffert de la colonisation britannique. Nos ancêtres étaient pauvres. Beaucoup d’entre vous se sont laissé berner et traiter de racistes, alors que notre peuple n’a jamais réfléchi en termes de race. Nous laissons des groupuscules nous coloniser mentalement, en important des concepts totalement étrangers à notre culture. Tout d’un coup, nous nous sommes mis à parler de « racisme systémique » et « d’appropriation culturelle », comme si nous étions le pur prolongement des États-Unis. Par notre histoire, nous étions prédisposés au métissage, mais nous voilà aux portes de la ségrégation. Le vivre-ensemble est le masque de cet apartheid informel.

Nous sommes à l’ère ou même des indépendantistes veulent bloquer notre émancipation. Des souverainistes de gauche veulent libérer notre nation de sa tutelle canadienne-anglaise, mais pour mieux nous enchaîner au multiculturalisme, une pure création de l’Empire britannique. Nous voudrions nous séparer de Justin Trudeau, mais en empruntant son idéologie. Notre élite n’y voit pourtant aucun paradoxe, étant gravement atteinte du syndrome de Stockholm. Des souverainistes de gauche prétendent agir au nom de notre liberté, mais nous infantilisent et nous moralisent à la moindre occasion. À quoi bon faire l’indépendance du Québec, si notre devoir est ultimement de nous effacer devant l’Autre ?

Le 26 avril dernier, des résidents en médecine ont publié un texte dans La Presse pour nous dire que la laïcité affecterait la santé mentale des gens issus des minorités. En voulant interdire le port de signes religieux aux personnes en position d’autorité (juges, enseignants, policiers, gardiens de prison), nous serions des criminels en puissance. « La littérature scientifique démontre que la discrimination, peu importe la forme qu’elle prend, entraîne des effets physiologiques de stress qui ont un impact à long terme sur la santé à travers différents processus pathophysiologiques », peut-on lire dans ce texte. Nous empoisonnerions littéralement la vie de ceux que nous accueillons. Nous serions un peuple mauvais, un peuple maudit, dont l’identité devrait être rayée de la surface de la Terre.

Je me demande donc de quel côté est vraiment la haine.

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Auteur et journaliste. Rédacteur en chef de Libre Média. Derniers livres parus: Un Québécois à Mexico (L'Harmattan, 2021) et La Face cachée du multiculturalisme (Éd. du Cerf, 2018).

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