« Islamistes, identitaires, indigénistes, néo-évangéliques, Gilets jaunes… »: dans son numéro du 2 mai, Le Point est parti à la rencontre de « la France qui fait sécession », affectueusement surnommée « la poudrière ». En mettant tout dans le même panier. 


Jean-François Revel n’a eu le temps que d’entrevoir – heureux homme – les tourments identitaires d’une société multiculturelle, cette archipellisation de la France décrite par Jérôme Fourquet. L’auteur inspiré de La tentation totalitaire avait pourtant développé un concept intellectuel, le « renvoi dos à dos », parfaitement transposable aux questions identitaires actuelles.

À l’origine, celui-ci visait à dénoncer la symétrie organisée par la Gauche entre l’ogre soviétique et l’Oncle Sam. À une époque (1976) où le fiasco communiste ne souffrait plus aucune discussion, on s’employait pourtant à renvoyer dos à dos le totalitarisme qui sévissait à l’Est du rideau de Fer et l’impérialisme américain. Après avoir annoncé, pendant des décennies et au mépris des faits, la victoire du paradis communiste, une partie de la Gauche et des médias ont voulu proclamer le match nul entre Russes et Américains – et ce jusqu’à la chute du mur de Berlin (et même au-delà pour les plus enragés).

Un partout, balle au centre

L’artifice du « renvoi dos à dos » entre une société capitaliste démocratique ouverte et une prison communiste totalitaire scandalisait bien sûr l’essayiste et chroniqueur du Point. Peut-être s’est-il retourné dans sa tombe en constatant que son ancien magazine, à l’image de ses confrères, a eu recours à la même technique pour ses pages spéciales consacrées à la parcellisation des identités : salafistes ou identitaires seraient les deux faces d’une même pathologie, à condamner dans des termes équivalents – deux obstacles comparables sur le chemin d’une société diversitaire radieuse (métissée, festive et tutti quanti). Pour les progressistes qui ont rédigé le dossier spécial du Point, il est en définitive aussi illégitime de vouloir couvrir la France de mosquées que d’aspirer à rouvrir les églises.

Ce « renvoi dos à dos » entre un modèle de société salafiste totalitaire et la France du général De Gaulle – qui correspond peu ou prou aux aspirations des identitaires – n’est pas moins scandaleux que celui dénoncé par Revel en son temps. On retrouve d’ailleurs à cette occasion les mêmes protagonistes qu’à l’époque de la lutte entre capitalistes et communistes. Une extrême gauche complice des mouvements indigénistes et islamistes dont elle doit trouver le bilan « globalement positif » – reprenant à son compte une des meilleures vannes de feu Georges Marchais.

Un centre et une droite molle tétanisés par les anathèmes qu’on lui lance – réactionnaires anticommunistes hier, racistes islamophobes aujourd’hui.

Demain ne meurt jamais

Les progressistes semblent définitivement fâchés avec toute idée de patrimoine, de transmission et d’héritage culturel. Comme l’écrit Mathieu-Bock Côté dans son dernier essai : « Il n’est tout simplement plus permis de témoigner d’un quelconque attachement pour une étape antérieure, puisqu’elle entrerait dans la catégorie du passé prédiversitaire. » Un mode de vie dont les règles ont été mûries par les dizaines de générations qui nous ont précédés n’a pas plus de valeur pour les progressistes que les coutumes importées de fraîche date par ceux que nous avons eu la générosité d’accueillir. Tous ces pans implicites de nos relations sociales, tous ces us inscrits dans nul texte de loi ont perdu leur légitimité normative à leurs yeux. Il n’est effectivement inscrit nulle part, si ce n’est dans l’inconscient collectif, qu’on ne doit pas déambuler en tenue islamique.

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Cette délégitimation des milliers de règles implicites qui régissent la vie d’une société homogène va de pair avec le dévoiement de principes explicites. Les progressistes et leurs alliés islamo-gauchistes ont habilement transformé tout candidat à l’immigration en « réfugié », empruntant ainsi à la terminologie de l’asile pour désigner ce qui ne relève que de la migration économique voire du tourisme allocataire ou médical. Au nom du droit maritime, on nous somme de venir au secours de naufragés volontaires. En s’appuyant sur un droit d’asile conçu pour quelques centaines de cas par an, on nous a imposé plusieurs millions de pseudo-réfugiés.

Les droits de l’homme progressiste

Si le progressiste aime à se référer à cette tradition humaniste européenne, il considérera en revanche comme une irresponsable provocation toute référence aux racines chrétiennes de l’Europe. Il veut oublier – il a oublié – que celles-ci ont permis la formalisation des droits de l’homme – qui ne sont curieusement pas nés en terre d’Islam et que les progressistes, suprême ruse, prétendent défendre.

Le progressiste renverra donc dos à dos l’identitaire forcené et l’aspirant djihadiste, quel que soit le bilan du général De Gaulle d’un côté et d’Abou Bakr al-Baghdadi de l’autre – dont la sensibilité à la thématique des droits humains reste, par exemple, à démontrer.

Jean-François, reviens ! Ils sont toujours aussi dingues.

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