Geneviève Darrieussecq – une Secrétaire d’Etat à la notoriété moins importante que d’autres – mériterait peut-être d’être écoutée. Le 11 novembre 2017, la vérité sortit de la bouche de la secrétaire d’État aux anciens combattants.


Le 11 novembre, dans toutes les villes et tous les villages de France, on a coutume de déposer une gerbe au pied du monument aux morts de la commune. À cette occasion, le maire prononce un discours préparé par le secrétaire d’État en charge des anciens combattants. En novembre 2017, l’auteur du texte était madame Geneviève Darrieussecq, laquelle, à ma connaissance, continue d’occuper ces fonctions dans le gouvernement actuel.

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Pupilles de la Nation

Le discours fut bref, sobre, factuel. Ce qui retenait particulièrement l’attention, c’était l’évocation émouvante, à propos des pupilles de la nation, du malheur d’avoir grandi au sein d’une « famille incomplète » (comprendre : privée de père et mari). L’expression était courageuse, comme on l’attend justement d’une personnalité publique, occupant de surcroit des fonctions liées à la défense et aux armées. Du reste – et c’est là que je veux en venir – elle semble pouvoir être étendue bien au-delà des questions strictement militaires. En extrapolant à peine les paroles de la secrétaire d’État, on peut poser la question d’une manière générale : – Qu’est-ce qu’une famille ? Réponse (au garde-à-vous) : – Une famille est soit complète, soit incomplète. Et notez bien qu’une famille incomplète n’est pas une partie de plaisir, ni surtout de désir, mais un mauvais coup du sort (la disparition du père et mari). Une tragédie que l’on peut et qu’il faut surmonter, notamment avec le soutien de la nation. C’est bien là – je reviens au discours de la secrétaire d’État – le sens de la création du statut de pupille de la nation au lendemain de la Grande guerre. Il n’y a pas d’ambiguïté possible, ni de renversement du sens des mots. À ceux qui sont dans le malheur, on apporte un soutien sincère et efficace. Extrapolons de nouveau : à ceux qui font leur propre malheur et celui des autres, faut-il apporter l’expédient de la création sémantique et la fuite en avant législative du soi-disant bonheur pour tous ?

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Si la famille monoparentale (sans père et mari) est devenue, pour de nouvelles raisons, un fait social incontournable, elle n’en demeure pas moins, en adoptant la terminologie de la secrétaire d’État, une famille incomplète. C’est pourquoi elle ne saurait être encouragée, considérée comme souhaitable, surtout qu’elle est plus l’antichambre que l’antithèse des familles dites recomposées en tout genre – ou faudrait-il dire “plus-que-complètes” ? Bref une famille est soit complète, soit ne l’est pas. Tout le reste relève du conformisme créatif propre au cinéma français ou au Ministère des familles de triste mémoire. Écoutons la secrétaire d’État aux anciens combattants, rappelons-nous son discours qui fut l’expression d’une vérité naturelle et humaine.

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