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Le Z, amateur ou réformateur?

Les propositions de Zemmour sur l'école ont du mérite

Le Z, amateur ou réformateur?
Résultats du bac à Lyon, en 2018 Photo: KONRAD K./SIPA Numéro de reportage: 00866851_000005

L’écolier Z a rendu sa copie sur l’Éducation Nationale. Maître Brighelli lui a dit: à revoir!


Pas vraiment le bonnet d’âne, mais presque ! Les propositions du Z ? Pas à mettre au panier mais « superficielles » et « dignes d’un amateur ». Les corrections de Brighelli ? A considérer !

Sans parler de la revalorisation du métier, considérons quelques propositions de Zemmour, frappées au coin du bon sens dans un sujet essentiel : l’apprentissage de la langue. Primo : supprimer l’écriture inclusive. A quoi répond Brighelli : « Supprimer l’inclusive, et après » ? Après ? Qu’on le fasse d’abord ! Secundo : imposer la méthode alpha syllabique. Les professeurs vont hurler au « caporalisme ! » s’écrie Brighelli. Quand bien même ! Monsieur Brighelli a-t-il « refléchi »,comme on dit dans le Midi, que notre ministre de l’Education nationale, bien mollasson, n’a pas réussi — sans parler d’éradiquer — du moins, à freiner l’illettrisme ? Pourquoi ? Parce qu’il fallait du balai pour virer les pédagogistes de la rue de Grenelle.

L’enseignant et essayiste Jean-Paul Brighelli (photo), bien connu des lecteurs de “Causeur”

L’ordinateur ne corrige pas tout

La formation des professeurs ? Si tout le monde connaissait son Bled sur le bout des doigts et faisait la différence entre « quoique tu viennes et quoi que tu dises, fût-il malade et il fut malade, quelle que soit la chose et quelque folles que soient tes propositions. On est malade et on n’est pas malade », ce serait un grand pas de fait. Qu’on ne dise pas que ce n’est pas important, ça l’est, et dans tous les métiers, où on n’a plus de correcteurs professionnels. Et l’ordinateur ne corrige pas tout. Surtout, si les professeurs enseignaient tous les modes et tous les temps qui permettent d’exprimer sa pensée avec finesse et comprendre celle de l’autre, ce serait ça de moins que les idéologies régnantes n’auraient pas.

A lire aussi: [Vidéo] Causons! Colloque anti-wokiste à la Sorbonne

Quel français enseigner ? demande Brighelli. La langue de Molière ? Mais il n’y a qu’une langue, la même pour tous — le français— parlé du haut en bas de l’échelle sociale. Tel est, d’ailleurs, le génie de notre langue et le sens même de l’ordonnance de Villers-Cotterêts.Quant à supprimer l’anglais en primaire, mille fois oui : cet apprentissage métissé est désastreux même pour les enfantsbilingues.

Avant tout, le courage politique

Evidemment, cette remise en état de l’école passera par une main mise sur les universités. Cela ne veut pas dire : tirer dessus à boulets rouges. Quelques directives simples pour apprendre le français, dans les classes primaires et secondaires, favoriseront, imposeront ailleurs et partout, un air du temps nouveau. Tout est régi, en politique et dans la vie morale et sociale, par des cycles et des modes. Il ne s’agit pas de rêve mais d’exigence, de ténacité et de temps. Surtout, de courage politique.

L’école doit surtout redevenir le lieu où l’on « instruit ». Brighelli feint-il de ne pas comprendre Zemmour quand il parle d’idéologie ? Avec le colloque sur le wokisme, la Sorbonne a découvert la lune. La déconstruction date des années 70. Rien d’étonnant qu’on ait voulu, depuis 15 ans, déconstruire cette déconstruction qui est passée, des cercles des philosophes, dans les facultés, les lycées — bientôt dans les classes primaires —, les entreprises, la vie quotidienne. Dès 1972, dans La Dissémination, Jacques Derrida, enjoignait de renoncer à tout « eurocentrisme ». Pour lui, la revendication « d’identité » était plus pernicieuse que les colonisations, économique et militaire passées. La démocratie, éminemment « voyelle » (sur le modèle « état voyou ») devait, elle-même, être déconstruite. Et que dire de l’identité, par excellence, de la langue ! L’Académie française, gardienne de la langue, a-t-elle vu que l’appendice vocalique, ajouté aux mots pour honorer les femmes, était une main mise politique sur notre langue française ? La première marche du wokisme ?

Relisons la fin de Candide. Au philosophe Pangloss qui élucubre sans fin sur les causes et les effets de tout, Candide répond : « Cela est bien beau mais il faut cultiver « notre » jardin. »  Il faut faire vite. Imaginons Zemmour président. Si on supprimait l’inclusive, imposait la méthode syllabique, supprimait le collège unique, imposait un programme de littérature au lycée, construit sur la connaissance des grands auteurs et non plus sur une approche sociologisante et idéologique de leurs œuvres — je dirais : Bravo, le Z ! Tu es notre Jules Ferry ! Et si Brighelli briguait le ministère de l’Instruction publique, va pour Brighelli !

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Marie-Hélène Verdier est agrégée de Lettres classiques et a enseigné au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Poète, écrivain et chroniqueuse, elle est l'auteur de l'essai "La guerre au français" publié au Cerf.

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