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Le conflit au Karabakh par-delà le bien et le mal

Le conflit au Karabakh par-delà le bien et le mal
Au centre le président russe Vladimir Poutine, à gauche le president de l'Azerbaidjan Ilham Aliyev et à droite le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan. Moscou, 11 janvier © Mikhail Klimentyev/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22529250_000001

C’est un sujet -la récente guerre au Karabakh vue du côté azéri- sur lequel il est quasiment impossible d’écrire sous peine de se voir aussitôt accusé d’être stipendié par le gouvernement azerbaidjanais. Un sujet sur lequel le simple fait d’enquêter -qui est le principe même du journalisme ou du documentaire- entraîne d’emblée le soupçon.

Il y aurait le Bon (l’Arménie), la Brute (l’Azerbaidjan) et le Truand (la Turquie d’Erdogan). Or la réalité est tout à fait différente. 

J’en avais l’intuition depuis un moment, à vrai dire depuis que, durant l’automne dernier, ce conflit avait suscité dans les medias, sur les réseaux sociaux et chez les hommes politiques français un unanimisme quasi absolu, de l’extrême gauche à l’extrême droite, ce qui n’est le cas à peu près sur rien. 

Seul le point-de-vue arménien était entendu. Seul, il était écouté et l’ensemble de la presse française était allé d’un côté, en Arménie, et jamais (ou presque) de l’autre côté. 

Il y a bien sûr des explications à cela: la communauté arménienne est implantée depuis si longtemps en France et si bien intégrée qu’elle a joué de tous ses réseaux -ce qu’on ne peut pas lui reprocher- pour faire passer ses idées. Quasiment personne n’a d’amis azéris et nous sommes beaucoup -moi, le premier- à avoir des amis d’origine arménienne, très attachés à leurs origines. Ce qui est plus que normal. 

Il y a une autre explication: l’Azerbaidjan a la réputation d’être dirigée par un effroyable dictateur, ou plutôt une famille de dictateurs qui se transmettent le pouvoir de père en fils. Or, si l’Azerbaidjan est loin d’être un parangon de démocratie, telle qu’on l’imagine ici -la presse n’y est pas franchement libre, les portraits des présidents ornent toutes les routes du pays, et les habitudes forgées dans les écoles du KGB -où se forma Heydar Aliyev, le père du Président actuel- sont toujours très présentes- ,je ne crois pas que l’Arménie le soit beaucoup plus. L’Arménie se classe certes au 68ème rang du classement de Reporters sans Frontières, mais après une fulgurante remontée ces dernières années. Et il suffit de voir comment son dernier dirigeant, Nikol Pachinian, a été porté au pouvoir en 2018: par ce qu’on appellerait ailleurs poliment une révolution  ou plus vulgairement un coup d’État. 

C’est l’indépendance énergétique de plusieurs pays qui est en jeu et le régime azerbaidjanais le sait parfaitement. C’est ainsi que l’on a vu un pays catholique, l’Italie, soutenir un pays censé être musulman, l’Azerbaidjan, contre un pays chrétien, l’Arménie, et une République Islamique, l’Iran, soutenir Erevan alors qu’Israël était l’allié de Bakou…

Je suis donc parti le mois dernier avec mon ami Camille Lotteau, afin de réaliser un documentaire là-bas. Obtenir des visas pour Bakou ne fut pas simple, en particulier à cause du Covid qui y sévit. Mais, nous y fûmes, une fois sur place, extrêmement bien accueillis. C’est ainsi que nous avons pu circuler librement dans le pays, mais aussi dans les zones du Karabakh reprises par l’armée azérie fin 2020. Seule la ville de Choucha (Chouchi pour les Arméniens) -revendiquée par toutes les parties comme un puissant symbole et aujourd’hui azerbaidjanaise- nous fût impossible d’accès. À cause de la présence des troupes russes qui en contrôlent l’accès. À cause de la neige qui en rendait l’accès extrêmement difficile.

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Première constatation: l’Azerbaidjan n’est pas ce terrible pays islamique contre lequel on nous a raconté que l’Arménie était le dernier rempart, un rempart qui allait nous permettre de conserver notre héritage judéo-chrétien. Ce “choc des civilisations” dont parlait Michel Onfray dans un récent reportage. 

Le pays est une république laïque depuis 1918, les femmes y ont le droit de vote depuis la même date (soit près de trente ans avant la France) et l’on n’y croise pas la moindre femme voilée. À Bakou, comme dans les campagnes. Nulle part. Au contraire: les jeunes femmes y portent des mini-jupes, vont boire un verre entre copines dans les nombreux bars des grandes villes et l’alcool y coule à flot. Comme à Paris. 

Certes, 96% de la population est d’origine musulmane, mais on n’y entend nulle part le muezzin, les mosquées sont quasiment vides et les religions y vivent en parfaite harmonie. Interrogés, les leaders de la communauté juive m’ont ri au nez lorsque je leur ai demandé s’il y avait de l’antisémitisme dans le pays. Le chef de la communauté ashkénaze, Alexandre Sherovsky, m’a juré qu’il n’y avait jamais eu, dans toute l’histoire du pays, un quelconque pogrom, ce qui est exceptionnel pour la région, en particulier dans ces ex-républiques soviétiques où l’antisémitisme était monnaie courante. Et d’ajouter: “L’antisémitisme, je crois qu’en France, il y en a beaucoup plus !” 

Quant au responsable des “Juifs des Montagnes”, cette communauté très particulière qui est là depuis plus de trois mille ans, Milikh Yevdayev, lorsque je lui ai demandé s’il en était de même en Arménie, il m’a répondu avec un large sourire: “Trouvez-moi déjà un juif arménien, et on en reparle!”. 

Cette discussion se passait dans la grande synagogue située au centre de Bakou, une synagogue à peine surveillée par un policier, ce qui en dit long sur l’absence de crainte d’attentats dans cette ville éloignée de moins de deux cent kilomètres de la frontière iranienne. 

Ce sont ces mêmes personnes qui m’ont fait découvrir l’existence de l’étrange héros que l’Arménie encense aujourd’hui, le Général Garegin Nzdeh. Chef des unités arméniennes de l’armée russe qui se battaient contre les Turcs dès le début de la Première Guerre Mondiale, homme-clé dans la défense de la république d’Arménie fondée en 1918, adepte de l’idée de la Grande Arménie -qui incluerait aussi Géorgie et Azerbaidjan-, il se rapproche dans les années 30 des théories raciales des Nazis pour qui “une seule et même race existe en Allemagne et en Arménie”. Il crée ainsi en 1942 la Légion Arménienne au sein de la Wehrmacht, qui sera responsable, avec ses 30 000 hommes, de nombreux massacres de Juifs en Ukraine, en Crimée et même dans le Sud de la France, avant d’opérer un revirement (raté, puisqu’on l’expédia au goulag) en 1944 vers l’Armée Rouge de Staline, quand il sentit que le vent tournait. 

Il serait, bien sûr, injuste de rendre tous les Arméniens responsables de cette Légion. Il n’empêche: l’érection d’une immense statue en plein cœur d’Erevan en 2016, et plus encore le refus très récent des Arméniens du Haut-Karabakh de détruire la statue du même général qu’ils venaient d’ériger à Martuni, en dit long sur leur curieux rapport à ce triste “héros” qui fait plus penser à Pétain ou aux Oustachis croates qu’à un simple chef militaire. Pour moi qui pensais depuis toujours qu’il y avait une sorte d'”alliance métaphysique” entre Juifs et Arméniens, ces deux peuples qui ont été les victimes des deux principaux génocides du 20ème siècle, je dois dire que je tombais de haut. 

Est-ce grâce à l’Islam chiite qui y règne en maître, si le pays n’a jamais connu de vague islamiste? Peut-être. L’ayatollah qui y dirige les cultes, SheikhUlIslam Allahshukur Pashazada, et qui n’a pas l’air en odeur de sainteté chez ses voisins iraniens,  m’a ainsi affirmé prôner cet “Islam des lumières” que l’on recherche tant ailleurs. Vainement, la plupart du temps. Certes, il semblerait qu’il y ait eu des départs de jeunes recrues islamistes vers l’Etat Islamique en 2013 ou 2014, mais personne n’est capable de l’affirmer avec certitude ni d’indiquer quelles mosquées du pays auraient pris ce tournant radical. Et puis, surtout, il semble parfaitement improbable que des Chiites aient pu être acceptés par les combattants de Daech, dont une des principales activités, en Irak et en Syrie, consistait à exterminer sans autre forme de procès tous les Chiites, ces renégats qu’ils considéraient comme des apostats. 

C’est d’ailleurs ce qui me fait tiquer lorsque l’on affirme que des mercenaires en provenance de Syrie et de l’État Islamique seraient venus combattre aux côtés des Azéris. L’affirmation, sortie d’on ne sait où précisément -les “Services” selon un diplomate européen- est plus qu’étrange et ressemble fortement à une fake news. En effet, personne n’est en mesure d’expliquer pourquoi une armée forte (60000 hommes), puissante et parfaitement équipée, aurait eu besoin de s’adjoindre  de tels personnages. On dit ici ou là qu’ils auraient servis de “chair à canon” dans les combats terrestres mais personne -pas même les Arméniens qui auraient certainement été trop contents de le faire- n’a été capable d’exhiber le corps d’un de ces combattants. Or, c’était facile: le physique d’un Syrien n’a pas grand chose à voir avec celui d’un Azéri. 

On dit aussi que ces mercenaires auraient été engagés par le Président Erdogan, pour exprimer son soutien aux Azerbaidjanais. Ce soutien est bien réel, et les drapeaux turcs côtoient un peu partout dans le pays les drapeaux azerbaidjanais, mais c’est plus un soutien diplomatique ou géostratégique qui semble avoir été la motivation première du président turc. Les Azerbaidjanais parlent une langue turcophone, ils sont historiquement liés à la Turquie et il est bien évident que cette alliance rentre dans la stratégie d’Erdogan de reconstitution de l’Empire Ottoman. 

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Dans sa tentative de poursuite du rêve d’Atatürk, dans une version plus religieuse. Le problème est que l’Azerbaidjan est profondément laïc, que cette laïcité est protégée par un régime que l’on peut qualifier d'”autoritaire”, et que le pays est suffisamment riche, par ses ressources naturelles que sont le pétrole -c’est à Bakou que firent fortune les Nobel ou les Gulbenkian- et aujourd’hui le gaz, pour suivre son propre chemin, sans avoir besoin d’un guide.

Preuve en est les alliances plus qu’étranges -on dira “originales”- de l’Azerbaidjan. Son principal fournisseur d’armes est Israël et c’est avec les drones de l’État hébreu que les Azéris ont gagné la guerre récente. Cette alliance a aussi des raisons plus profondes: l’Azerbaidjan se méfie comme de la peste de l’Iran. Et il possède un atout incontestable avec les 35 millions d’Azéris qui peuplent le Nord de l’Iran et contrôlent une grande partie du pouvoir politique et économique de la République Islamique. Du coup, l’Azerbaidjan a laissé Israël implanter sur son territoire tous les outils technologiques qui lui ont permis, jusque-là, de détruire le programme nucléaire militaire de l’Iran. 

Cela semble arranger tout le monde et les drapeaux israëliens que l’on voit un peu partout aux côtés de ceux de la Turquie, de l’Azerbaidjan  et même parfois du Pakistan en sont la manifestation évidente.

Alliance aussi, mais plutôt économique, avec de nombreux pays européens -malgré le soutien affiché du président Macron à l’Arménie durant le conflit- comme l’Italie où aboutit l’énorme pipe-line gazier (le Trans Adriatic Pipeline, qui vient d’être achevé) qui, au départ, devait contourner la Russie et qui, donc, passe par la Turquie pour traverser la Grèce, l’Albanie et passer sous l’Adriatique. C’est l’indépendance énergétique de plusieurs pays qui est en jeu et le régime azerbaidjanais le sait parfaitement.

C’est ainsi que l’on a vu un pays catholique, l’Italie, soutenir un pays censé être musulman, l’Azerbaidjan, contre un pays chrétien, l’Arménie, et une République Islamique, l’Iran, soutenir Erevan alors qu’Israël était l’allié de Bakou. Sans parler de la Russie de Poutine, bien, sûr, qui, officiellement neutre, est liée par un traité de défense à l’Arménie, traité qui l’oblige à en défendre les frontières, militairement, et qui en a fait le principal fournisseur d’armes durant le récent conflit.

Ces armes, nous avons pu les voir, abandonnées par caisses entières, couvertes d’inscriptions en cyrilliques, dans les villes du Karabakh reprises par les Azéris. Des villes-fantômes qui font penser aux images d’Hiroshima après la bombe. Aghdam, par exemple, cité de 180 000 habitants en 1988, avant que ne commencent les incidents entre Azéris et Arméniens. Des incidents suscités par ce qui était encore le pouvoir soviétique, qui pensait alors, en allumant des foyers, ici au Karabakh, là-bas en Tchétchénie, avoir encore une petite chance de se maintenir en place. 

En Azerbaidjan, on appelle ce qui s’est passé entre 1988 et 1993, la Première Guerre.  Et les stigmates de celle-ci sont toujours là: plus un habitant sur place, dans ces “territoires occupés”. Il semblerait que les Arméniens n’avaient pas une population assez nombreuse pour repeupler les villes conquises. Les arbres ont poussé un peu partout, et mesurent dix ou vingt mètres de haut. On croirait un décor de film. De film-catastrophe. 

Il n’y a plus rien, pas une maison, pas une étable, si, une vieille mosquée dont on nous dit, mais est-ce vrai, qu’elle a été transformée en étable pour les cochons, geste de mépris suprême envers les Musulmans. Et puis,  plus loin, un bâtiment encore debout: une autre mosquée, avec ses deux minarets. Pourquoi a-t-elle survécu? Pour servir de repère aux militaires qui s’en serait servi pour viser d’autres cibles? Ou peut-être, pour essayer de démontrer que les Arméniens ne s’attaquent pas aux symboles religieux alors que les Azerbaidjanais, eux… 

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Car, et c’est sans doute le principal argument médiatique des Arméniens du monde entier, l’on dit et écrit partout que les Azerbaidjanais auraient détruit le patrimoine religieux chrétien de la région, afin d’effacer toute trace de présence arménienne. Le président Macron a d’ailleurs diligenté une mission, avec le soutien de l’Unesco, afin de recenser ce patrimoine. En réalité, rien n’est vraiment clair, si ce n’est que le territoire du Karabakh est peuplé depuis des siècles par une population mélangée où cohabitaient, pour le meilleur et pour le pire, Arméniens et Azerbaidjanais. Un peu partout des forts élevés par des Pachas locaux, musulmans, comme celui que nous avons visité à Askeran (Mayraberd pour les Arméniens puisque même les noms de ville sont un enjeu!), en territoire reconquis par les Azéris, à quelques kilomètres de Stepanakert, la capitale, toujours arménienne, du Haut-Karabakh. Mais aussi des églises arméniennes, comme à Choucha, quelques kilomètres plus loin. 

Nul ne sait si les habitants de ces lieux se sont aimés mais ils vivaient ensemble -Staline leur avait même créé une unique République Socialiste de Transcaucasie- et la Première Guerre, de 1988 à 1993, a suscité un véritable nettoyage ethnique. Principalement d’Azéris, comme ces 600 villageois massacrés à Khodjaly le 26 Février 1992 par les Arméniens. Sans doute pour pousser le reste de la population à fuir. Ils furent ainsi environ 600 000 à vivre dans des camps de toile autour de Bakou. Mais il y eut aussi beaucoup d’Arméniens, expulsés par mesure de rétorsion d’autres villages -ils furent environ 120 000 à quitter le Karabakh. Ce fut violent, sans pitié, le combat de deux peuples qui ne se supportaient plus. 

Dans les zones reconquises, nous avons ainsi vu beaucoup de cimetières détruits, des tombes pillées, des symboles religieux musulmans démolis, des os et des crânes de cadavres laissés à l’abandon un peu partout. Comme à Jabrayil. C’était effrayant. Mais qui dit que ce n’est pas la même chose de l’autre côté?

Au Karabakh, comme à d’autres endroits dans le monde, où ont lieu d’autres conflits -on dira ethniques plutôt que religieux-, c’est à qui saura prouver qu’il était le premier sur place. Les Arméniens disent qu’ils furent le premier foyer chrétien au monde, les Azerbaidjanais se revendiquent d’une présence plus ancienne. Les preuves ne sont pas évidentes. On se croirait en Palestine où les archéologues israëliens recherchent un peu partout les traces d’un judaïsme archaïque. 

Nul ne saura sans doute jamais, et finalement peu importe. Une seule évidence: le Karabakh est un territoire occupé. Un territoire azerbaidjanais -situé d’ailleurs en plein milieu du pays, comme une énorme verrue sur une carte- conquis par les Arméniens il y a environ trente ans. Un “pays” imaginaire qui n’est reconnu par aucun autre Etat, pas même l’Arménie, pas même par l’ONU, bien sûr. 

Ce pays était peuplé majoritairement d’Azéris mais des zones entières l’étaient par des Arméniens. Et personne n’a certainement le droit de leur dire de partir. En revanche, avoir un pays indépendant semble absurde. On le refuse aux Kurdes d’Irak ou aux Catalans en Espagne. Pourquoi l’accorderait-on aux Arméniens du Karabakh? Une solution serait sans doute qu’ils redeviennent une minorité au sein de l’Azerbaidjan. À condition que les tensions s’apaisent, bien sûr.

Les autorités que nous avons rencontrées semblent partantes pour une telle solution. Je n’en vois honnêtement pas d’autres. Si ce n’est celle d’une guerre sans fin. Et sans espoir.

Encore faudrait-il que les Arméniens l’acceptent. Tous les Arméniens, y compris ceux de cette diaspora qui est presque quatre fois plus nombreuse qu’en Arménie et qui a joué, depuis des années, les va-t’en guerre contre les Azerbaidjanais, alors qu’elle n’habite pas là, et qu’elle ne connaît pas la grande pauvreté de la majorité du peuple arménien. 

Cela s’est terminé par une défaite en rase campagne de l’armée arménienne, et s’il n’y avait pas eu le Grand Frère russe, le Karabakh serait aujourd’hui intégralement azéri. Tout le monde raconte que l’armée azérie a été bloquée par les Russes à deux kilomètres à peine de Stepanakert, la capitale.

Pourquoi alors essayer de justifier cette guerre perdue par les mêmes éléments de langage qui servirent, en 1992, pendant la Guerre de Bosnie, à l’époque où les partisans de la Grande Serbie -les Karadzic et autres Mladic, mais aussi leurs alliés dans de nombreuses chancelleries occidentales- voulaient détruire la toute nouvelle république multi-confessionnelle du Président Izetbegovic? On retrouve le même argument sur la défense de la civilisation chrétienne contre “les Musulmans”. La même fake news sur des mercenaires islamistes venus les aider: à l’époque, 20 pauvres sbires iraniens sans aucun pouvoir, aujourd’hui “2000 soldats de ISIS” dont personne ne semble avoir retrouvé la trace. 

Ce n’est certainement pas comme cela que la région retrouvera la paix, ni qu’elle profitera de ses richesses. C’est en s’acceptant les uns les autres qu’Arméniens et Azéris retrouveront un avenir. C’est évidemment plus facile à dire qu’à faire. Mais c’est seulement ainsi que le résultat de cette guerre pourrait être finalement une chance.


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Réalisateur et producteur de cinéma français

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