La classe politico-médiatique est vent debout contre Marine Le Pen: pas touche à De Gaulle, il est à nous !


Marine Le Pen rend hommage à De Gaulle : émoi et offuscation dans le Landerneau. De Gaulle est à nous, pas touche ! « C’est sans doute l’entreprise de récupération la plus impudente de ces dernières années », décrète Laurent Joffrin. Cette représentante de la lèpre populiste, pour rester polie, a commis un crime de lèse-statue. En réalité, ces beaux esprits aimeraient que Marine Le Pen, dans les traces de son père, rende hommage à Pétain : le monde serait propre en ordre comme disent les Suisses dans une délicieuse redondance. On pourrait défiler contre le fascisme et jouer à la Résistance, as usual. Au lieu de quoi ils en sont réduits à intenter à la patronne du RN un minable procès en captation d’héritage. 

Ah oui, mais De Gaulle a signé le traité de Rome!

Il est assez marrant de voir les partisans de l’Europe fédérale d’un côté et ceux du multiculti débridé de l’autre (qui sont souvent les mêmes au demeurant) célébrer avec des trémolos dans la voix l’homme de l’indépendance nationale et de l’identité française. Ah oui, mais De Gaulle a signé le traité de Rome, ça prouve bien que ce n’était pas un nationaliste étroit, assène triomphalement Joffrin, feignant de ne pas voir que cette l’Europe de la coopération entre nations née en 1957 n’a pas grand-chose à voir avec celle de Maastricht, Amsterdam et Lisbonne. 

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Il est cependant un peu agaçant de voir les innombrables notaires qui se pensent autorisés à répartir l’héritage gaulliste se draper dans les habits du Général pour prononcer des exclusives et décider qui a le droit de se réclamer de lui. Peu importe que l’homme du 18 juin ait rassemblé des royalistes et des communistes, des juifs et des antisémites, parce que, pour lui, l’unité nationale n’était pas un colifichet pour plateau-télé. L’unité nationale, d’accord, mais pas avec n’importe qui. 

Notre passé tout entier arraisonné 

De plus, à part son nom, on ne voit pas ce qui, dans les propos de Marine Le Pen, lui interdirait de se dire gaulliste. Dans les termes d’aujourd’hui, on n’en est pas à un anachronisme près, on dirait qu’elle est beaucoup moins identitaire et réac que le Général. Ses adversaires ne lui en contestent pas moins la qualité de républicaine, sans jamais préciser ce qui lui vaut cette accusation : eux peuvent oublier leur passé mao ou stalinien sans que quiconque aie le mauvais goût de le leur rappeler, elle ne se désolidarisera jamais assez du sien. Ce qui permet d’ignorer avec constance le fait que les électeurs du RN n’expriment pas, depuis belle lurette, leur haine de la République mais leur demande frustrée de République. 

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D’un côté, nos belles âmes antifascistes entendent donc faire le tri entre les héritiers et choisir ceux qui ont le droit d’admirer nos grands hommes. Et de l’autre les grandes consciences antiracistes prétendent soumettre le contenu de cet héritage à un droit d’inventaire et décider de ceux que nous avons le droit d’admirer. Autant dire que notre malheureux passé est tout entier arraisonné aux lubies idéologiques du temps présent. 

On s’étonne d’ailleurs que les racistes antiracistes n’aient pas encore exigé que l’on débaptise tout ce qui porte le nom de Charles de Gaulle, à commencer par l’aéroport de Paris. L’homme qui craignait de voir Colombey-les-deux-Eglises se transformer en Colombey-les-deux-mosquées est-il digne d’accueillir les visiteurs qui viennent découvrir la France du vivre-ensemble – et ne chipotons pas parce que celui-ci se manifeste parfois à coups de kalach comme à Dijon ? Témoin et artisan de notre grandeur passée, De Gaulle ne rappelle-t-il pas à tous combien cette grandeur fut mal acquise ? Comme me le souffle finement Daoud Boughezala, il est urgent de déboulonner la statue de Jeanne d’Arc. Comme ça on fera – littéralement – d’une pierre deux coups : on effacera une image embarrassante de la femme et on empêchera Marine Le Pen de la célébrer. 

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