Les Républicains risquent de commettre une erreur stratégique en mettant la défaite présidentielle sur le compte exclusif de Fillon  


Le parti Les Républicains cherche les voies d’une refondation, en particulier au travers de l’élection prochaine d’un nouveau président. S’il est aujourd’hui un commun dénominateur entre les différentes factions qui se disputent la direction, c’est le rejet de François Fillon, coupable selon la plupart des dirigeants et beaucoup de militants d’avoir conduit le parti à l’échec à la présidentielle. Pour certains, le rejet va loin. Le candidat vaincu s’étant incidemment déclaré catholique et ayant bénéficié, quand beaucoup le lâchaient, du soutien, très peu décisif en vérité, du mouvement Sens commun issu de la Manif pour tous, tout se passe comme si la référence à la religion historique de la France était devenue infamante, alors même que la droite française s’est longtemps organisée autour de l’Eglise catholique. Pourtant François Fillon, homme prudent, n’avait jamais remis en cause dans sa campagne les changements sociétaux apportés par la gauche – sauf l’extension du délit d’entrave à l’IVG, ce qui était bien le moins. François Fillon s’étant retiré de la politique active, il est bien peu de gens pour prendre sa défense. Or il y aurait en effet beaucoup à dire sur le procès sommaire qui lui est fait.

Mieux que Chirac

N’oublions pas qu’il a atteint, de justesse il est vrai, les 20%, dans un climat de rejet des partis portiques qui avaient tenu le haut du pavé jusque-là, à comparer aux 6,5% où est tombé Benoît Hamon le candidat du Parti socialiste pourtant bien moins chargé d’opprobre que celui de LR. Jacques Chirac n’a, lui, jamais atteint les 20% dans un premier tour de présidentielle. Les promesses mirifiques d’après la primaire, où certains sondages plaçaient Fillon à près de 30% n’ont certes pas été tenues, mais ces chiffres étaient gonflés par l’« état de grâce » qui suit toujours l’entrée en scène d’un candidat et étaient appelés de toutes manières à se dégonfler, comme se sont dégonflés ceux de Marine Le Pen créditée elle aussi de 30% en début de campagne.

On dit qu’il aurait dû se retirer en faveur d’autres candidats qui auraient fait mieux. Qui ?  Baroin ? Juppé ? Juppé avait certes les faveurs d’une certaine gauche mais il aurait cédé pour cela plusieurs points à Marine Le Pen: le piètre score de la candidate du FN au premier tour est largement dû à la résistance de Fillon. Qui sait d’ailleurs si, gagnant la primaire, Juppé n’aurait pas fait l’objet, lui aussi, d’une campagne de démolition, comme cela avait été le cas de Philippe Séguin, au départ favori des médias, à Paris en 2001 ? Un face à face Juppé-Macron, aurait pu être incertain compte tenu de la proximité des idées des deux hommes mais quelles auraient été les chances du plus âgé face à des électeurs en recherche de renouvellement ?

La principale erreur de Fillon : son programme

Si François Fillon doit regretter quelque chose, c’est un programme inutilement agressif vis-à-vis des salariés et des classes populaires. Ce programme était peut-être bon pour gagner la primaire dans un parti où les chefs d’entreprise sont influents, mais sûrement pas l’élection. Nul ne conteste (en dehors de Macron qui s’est bien gardé d’en parler) la nécessité de réduire les effectifs de la fonction publique mais il n’était pas nécessaire de donner à ce projet le tour vindicatif anti-fonctionnaires qu’il avait dans le programme de Fillon. Même erreur de communication s’agissant de la Sécurité sociale dont les gens ont compris qu’on voulait la « privatiser ». Beaucoup de fonctionnaires de droite (ils sont plus nombreux qu’on croit) ne se sont pas détournés mais refroidis : quand Fillon a été attaqué ils n’étaient pas au rendez-vous.

Personne ne doute que les reproches qui lui ont été faits au sujet de son épouse étaient peu de choses auprès des vraies turpitudes de la République, notamment auprès de celles qu’on a pu soupçonner chez Macron, sujet sur lequel ni la justice ni la presse n’ont daigné enquêter, et sur lequel Fillon aurait sans doute eu intérêt à jouer la contre-offensive plutôt que de s’enfermer dans une piteuse défensive.

Il reste que malgré les attaques d’une incroyable violence et totalement disproportionnées à l’encontre de Fillon, malgré le soutien quai-unanime des médias à Macron, à une semaine du premier tour, ce dernier ne décollait pas de 20% et Fillon se maintenait au même niveau. Ainsi, les quatre candidats principaux, en incluant Marine Le Pen en baisse et Mélenchon en hausse, se tenaient autour de 20 %.

Le rôle décisif des stratèges de la gauche

Ce qui s’est passé ensuite a été peu évoqué : dans les quelques jours qui ont précédé le premier tour, une stratégie délibérée, probablement en partie pilotée de l’Elysée, a conduit à rabattre environ 5 % des voix de gauche de Hamon, tenu pour définitivement perdu, vers Macron. Nul enthousiasme pour le macronisme là-dedans, seulement un vote utile destiné à préserver les prébendes, les secrets et les réseaux de gauche. C’est une affaire qui s’est produite entièrement au sein de la gauche, entre gens de gauche : on ne voit comment on pourrait reprocher à Fillon, ou à quelque chef de la droite que ce soit de n’y avoir pu y faire obstacle.

La raison de fond pour laquelle une telle manœuvre a pu réussir est que les électorats du PS et d’En marche étaient beaucoup plus  proches et donc plus fongibles que ceux de LR et du FN entre lesquels un fossé important s’est creusé au fil des ans, ce qui n’est   pas sûrement pas la faute exclusive de Fillon.

Rejet des catholiques

Le résultat, on le connaît : Hamon est tombé plus bas que prévu et Macron a pris les quelques points d’avance qui lui ont permis d’apparaitre comme le grand vainqueur du premier tour. Marine Le Pen, quoique affaiblie, se maintenait de peu avant Fillon, ainsi éliminé.

Le rejet irraisonné du fillonisme s’est mué en rejet des catholiques dont le PCD a fait les frais : en témoignent l’annulation de l’investiture de Xavier Lemoine1, dont l’expérience des banlieues eût été précieuse au sein du groupe LR et l’offensive de Juppé ciblée sur Jean-Frédéric Poisson. Il est clair que le clan ultra-laïque, désormais fort au sein de LR supporte de plus en plus difficilement que l’on aille à la messe dans un parti pourtant fondé par le général de Gaulle. Une attitude d’autant plus absurde que les catholiques séduits par Macron, stupidement on le concédera, ont au moins été aussi nombreux que ceux qui sont restés fidèles à l’ancien Premier ministre. L’aboutissement de ce rejet, on le voit assez clairement.

Hémorragie chez LR?

L’un est une perte d’identité : ceux qui risquent de se retrouver en position dominante au sein de LR seront les « Macron-compatibles » dont on se demande toujours ce qui les distingue d’En Marche. Certains s’apprêtent à quitter le parti si la ligne droitière qu’incarne Laurent Wauquiez l’emporte, comme ce n’est pas invraisemblable, même si la présence de la juppéiste Virginie Calmels à ses côtés devrait les rassurer.

L’autre est l’ouverture d’un espace important entre LR et le FN qui donne dans la perspective des prochaines échéances, un singulière marge de progression à ce dernier. Est-ce le but recherché ?

Autant que la mémoire de Fillon, ce qui est en jeu, c’est qu’une analyse erronée de la présidentielle ne conduise Les Républicains à commettre une grave erreur stratégique.