Rendre la confiance dans la politique, c’était l’objectif de la loi adoptée la semaine dernière en deuxième lecture à l’Assemblée nationale. Au début, l’initiateur originel du texte, François Bayrou, souhaitait l’intituler « loi de moralisation ». Il avait même troqué son soutien à Emmanuel Macron contre la promesse de la voir votée. Une fois élu, le président avait même tenu sa promesse en nommant François Bayrou place Vendôme, chargé de son exécution. Et puis l’affaire des emplois fictifs du MoDem est passée par là. Le moralisateur en chef n’a pas pu faire partie du gouvernement Philippe II après les législatives et ce fut à un nouveau garde des sceaux, Nicole Belloubet, de reprendre le texte de son prédécesseur. Régis de Castelnau et Elisabeth Lévy ont déjà expliqué bien des aspects de cette loi. Cantonnons-nous au cas précis des fameux « emplois familiaux », qui ont tant fait causer depuis le 26 janvier, date à laquelle Le Canard enchaîné a révélé l’affaire Pénélope.

« Les Français n’acceptent plus ces pratiques »

Il paraît que « les Français n’acceptent plus ces pratiques ». C’est en tout cas ce que répétaient à l’envi non seulement Edouard Philippe, le Premier ministre, mais aussi Aurore Bergé, porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée nationale. Elle s’est multipliée sur les plateaux et dans les studios pour vendre la mesure, elle qui concédait que le fait d’interdire d’embaucher son conjoint, ou l’un de ses enfants, comme assistant parlementaire pouvait paraître injuste aux parlementaires qui le faisaient jusqu’alors, en contrepartie d’un travail qui n’avait rien de fictif.

« Les Français n’acceptent plus ces pratiques » : il faut dire que François Fillon lui-même avait chanté ce refrain pendant toute la campagne, battant frénétiquement sa coulpe. Sans doute souhaitait-il, dans sa communication de crise, reporter sa responsabilité sur un supposé épiderme sensible de ses concitoyens sur le fait d’embaucher des proches. Or, ce n’est pas d’employer sa femme ou ses enfants qui posait problème, mais surtout de les employer à ne pas faire grand-chose, afin de faire grossir les revenus familiaux. Pour preuve, un autre candidat à l’élection présidentielle embauchait lui aussi son épouse depuis son élection en 1997 : Nicolas Dupont-Aignan l’a lui-même reconnu à la télévision. Mais comme tout le monde savait – a contrario de François Fillon -, il n’y a jamais eu d’affaire. Et personne ne le lui a jamais reproché. Beaucoup de journalistes avaient eu un jour l’épouse de Nicolas Dupont-Aignan au téléphone dans le cadre de leur travail.

Combattre les emplois fictifs

Le cas du couple Dupont-Aignan est loin d’être isolé. Ce qu’il faut combattre, ce sont les emplois fictifs. Sauf que la nouvelle loi interdira les véritables emplois et n’interdira pas les faux, du moment que le bénéficiaire ne fait pas partie de la famille du parlementaire ! De la bêtise au mieux, de la démagogie au pire.

Et puisqu’il faut dénoncer la tartufferie, allons-y jusqu’au bout sans craindre d’entrer dans un domaine scabreux. Ne nous le cachons pas, certains parlementaires employaient parfois leurs conjointes parce que ces dernières, connaissant le tempérament de leur époux et les tentations auxquelles il lui arrivait de succomber, pouvaient mieux le surveiller… Et c’est là qu’on commence à craindre pour l’avenir. Imaginons qu’un parlementaire (homme ou femme) ait une liaison avec l’un de ses collaborateurs (homme ou femme – voyez comme je suis ouvert). Imaginons que cette liaison arrive aux oreilles d’un journal spécialisé dans l’investigation au service de la Morale et du Bien. Ce dernier gardera-t-il l’information secrète ou considérera-t-il au contraire qu’il s’agit d’un détournement de la loi sur l’interdiction des emplois familiaux ? Employer sa maîtresse ou son amant est-il davantage moral que son épouse ou son époux ? La réponse est dans la question. C’est probablement la prochaine étape à laquelle nous allons assister. D’autant qu’il est possible que ceux qui, frustrés de ne plus pouvoir employer leurs conjoints, en feront volontiers payer le prix à ceux qui fauteront après avoir voté l’interdiction desdits emplois familiaux.

Généralisation de la suspicion, police des braguettes, voilà bien à quoi nous pourrions assister dans les prochaines saisons électorales. Sauf si le Conseil constitutionnel venait à censurer l’interdiction des emplois familiaux. Parfois, on est en droit de se demander si les parlementaires ne votent pas des mesures en rêvant que les Sages viennent ensuite les censurer…

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