Ceux qui dénoncent en France des dérives sécuritaires liées au coronavirus ne sont vraiment pas sérieux!


Au Qatar, le port du masque est désormais obligatoire sur la voie publique. En voiture, les Qataris doivent se voiler bouche et nez s’ils sont à plusieurs. Les réfractaires s’exposent à une amende de 200 000 rials (environ 48 000 euros) et surtout, à une peine de prison de trois ans. Le tabloïd britannique The Sun nous apprend aussi que le Qatar enregistre quinze décès sur 32 604 cas confirmés ou qu’au Maroc, l’entorse au port du masque en public peut valoir trois mois de prison. Dans sa traditionnelle ligne éditoriale anti-froggy, il n’oublie pas d’ajouter qu’« à Paris, le non-port du masque dans les transports pourrait valoir 135 euros ». Voilà qui sent les gorges chaudes venues d’outre-manche.

Les mots ont un sens

Le « pourrait » est très bien vu.

Dans le bus ou le métro parisien, il y a toujours un rétif affalé sur son siège qui ne porte pas de masque, certainement une graine de Jean Moulin. Pas sûr du tout qu’il soit verbalisé. Depuis la crise du coronavirus, il a fleuri dans les blogs Mediapart, dans les esprits rouges ou libertaires, mais aussi dans les colonnes de Causeur, une prose pour nous mettre en garde contre les risques d’une « dictature sanitaire ». En deux mois de confinement, je suis sorti presque tous les jours à Paris et je n’ai jamais été contrôlé. À ce que je vois, une bonne partie des Parisiens porte désormais un masque dans l’espace public. Il n’en reste pas moins que les habituels abrutis qui roulent des mécaniques et bousculent les autres, les mal élevés qui crachent au sol ou les jeunes cons en skateboard qui frôlent les grands-mères se portent à merveille ! Sans compter les dizaines d’étudiants bohème réunis pour picoler et jouer aux cartes sans aucune « distanciation physique » et aucun masque (difficile de boire sa pinte masqué). Et ce n’est qu’à pas feutrés que certains policiers osent leur faire des remontrances. Les mêmes rebelles n’oublient pas pour autant d’applaudir les soignants à 20h.

Ma France se porte bien. Je ne juge rien, je constate les faits, je ne connais rien en épidémiologie et je ne sais ce qui est bon pour nous, mais si c’est à cela que ressemble le visage de la fameuse « dictature sanitaire », je signe de suite.

Inutile de se gargariser mais les mots ont un sens. Utiliser les termes de « dictature » ou, encore pire, de « totalitarisme » sanitaire est indécent. Chez les Romains, le dictateur était un magistrat, Sénèque l’appelait magister populi, il était nommé pour six mois. Ainsi, César fut cinq fois dictateur. Au sens moderne, on entend par dictature un pouvoir détenu par un individu ou un groupe qui l’exerce sans limites (une piqûre de rappel ne fait jamais de mal). Parmi de fameux dictateurs des temps modernes, Pol Pot, Robert Mugabe ou Kim Jong-un. À l’égard des populations qui n’ont pas le luxe de pouvoir donner leur avis comme nous le faisons tous les jours dans la rue, dans les journaux ou sur les réseaux sociaux, mal utiliser ce terme manque de pudeur. Le jour où par une mésaventure de l’Histoire, nous tomberions réellement entre les mains d’un autocrate, qui pourra encore nous croire si le terme « dictature » a été galvaudé ?

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Le chemin vers la « dictature sanitaire » est encore (très) long

Le terme de « dictature sanitaire » existait-il avant la venue du coronavirus ? Je ne crois pas. Trois ans de prison pour non-port du masque, voilà qui ressemble en effet à de la « dictature sanitaire », mais ça se passe au Qatar. Au Koweït, on risque jusqu’à trois mois de prison pour le même délit, en Ouzbékistan, dix ans, voilà aussi qui ressemble à de la « dictature sanitaire ». À Taïwan ou en Corée du Sud, pays portés au pinacle par nos éternels râleurs pour leur gestion de l’épidémie de Covid-19, sachez qu’il est interdit de fumer à peu près partout sauf chez soi. Taïwan prend la température de ses citoyens dans ses gares et prohibe à ceux qui ont plus de 38°C de se déplacer. Il ne s’agit pourtant pas de dictatures (mais de Confucianisme). Qui accepterait cela ici? Les mots ont un sens. « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde »1, a écrit Albert Camus se référant à des travaux du philosophe Brice Parain. Songeons aux esclaves sur les chantiers de Doha qui risquent en plus trois ans de prison désormais, laissons le terme de « dictature » à ceux qui la subissent vraiment, c’est tout à l’honneur de la nation pétrie de liberté que nous sommes.

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