« Le critique de cinéma, c’est l’inspecteur des travaux finis » disait François Truffaut. Jean Chauvet nous parle de deux chantiers en cours : Le Daim, de Quentin Dupieux et Yves, de Benoît Forgeard


Est-il bien raisonnable de parler de deux films en même temps ? Oui ! D’abord parce qu’ils faisaient tous deux partie de la très chic « Quinzaine des réalisateurs » au récent Festival de Cannes. Ensuite, et surtout, parce que ces deux films français se ressemblent comme deux gouttes d’eau, expression d’un semblable dandysme dont on peut penser qu’à la longue, il pourrait bien être mortifère. Le Daim, écrit, filmé, monté et réalisé par Quentin Dupieux, raconte l’histoire de Georges (Jean Dujardin) qui tombe amoureux d’un blouson en daim. Dans Yves, écrit et réalisé par Benoît Forgeard, « Jérem » (William Lebghil) prend chez lui « Yves » un réfrigérateur intelligent, censé lui simplifier la vie.

L’absurde au cinéma a toute sa place. De Drôle de drame du tandem Carné-Prévert jusqu’à Buffet froid de Bertrand Blier, en passant par Coup de torchon de Bertrand Tavernier et quelques autres, les réussites ne manquent pas, même si l’on sait l’exercice périlleux. Il repose en partie sur l’écriture au cordeau, en partie sur un casting étoilé. On peut à chaque fois parler de « petit miracle » cinématographique, tant l’équilibre entre la folie douce, le déjanté et le vraisemblable malgré tout s’avère difficile à trouver. Dupieux et Forgeard lorgnent assurément vers cette tendance. Le premier avait un bon atout dans sa poche avec Dujardin, toujours parfait en crétin des Alpes prêt à dézinguer la terre entière pour être le dernier des Mohicans en blouson de daim. Or, c’est un peu court pour tenir un long-métrage écrit à la va-comme-je-te-pousse. Reste une esthétique globalement « vintage », à l’image de cet amour pour les blousons en daim frangé : tout le film baigne dans une lumière entre marron et gris et plus encore dans une sorte d’entre-soi qu’on dirait tout droit sorti d’un vieux numéro d’Actuel de Jean-François Bizot. À force de ressortir du placard les vieilles fringues des années 1970, on finit par sentir la naphtaline, c’est fatal. Il est fort probable que pour réussir en Absurdie, il faut cultiver l’intemporalité.

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Juin 2019 - Causeur #69

Article extrait du Magazine Causeur

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