Le café est une composante essentielle de l’identité européenne. Aujourd’hui raréfiés, ces lieux de rencontre et de solitude forment nos derniers îlots d’humanité. Didier Blonde et Pierre Autin-Grenier témoignent avec humour et poésie d’une Europe en voie de disparition.


On sait l’importance, dans notre imaginaire, des cafés, des bistrots, des estaminets. Ils sont le lieu de la rencontre amoureuse, de l’attente, du repos, du complot, de la naissance des mouvements littéraires ou politiques. Ils sont parfois même le lieu du meurtre : règlement de comptes entre truands, crime passionnel ou assassinat politique qui change la face de l’histoire.

Dans Cafés, etc., livre qui tient de la chronique sentimentale autant que de la méditation soyeuse, Didier Blonde, écrivain délicat et érudit précieux, se fait tour à tour ethnologue, mémorialiste, espion sentimental et nostalgique, chasseur d’instants et subtil docteur ès atmosphères pour rendre compte de l’importance des cafés dans nos vies et notre mémoire commune.

Les « verres de contact » d’Antoine Blondin

C’est qu’il a compris que dans le café, le temps s’écoule différemment, que ce lieu appartient à une autre dimension, qu’il est un paradoxe permanent puisqu’on peut y chercher aussi bien la solitude que la rencontre, le moment du retour sur soi que celui de la fraternité du zinc, autour de ce qu’Antoine Blondin, saint patron de tous les débits de boissons passés et à venir, nommait joliment « les verres de contact ».

Blonde, qui nous avait naguère gratifiés d’un Répertoire des domiciles parisiens de quelques personnages fictifs de la littérature, fait partie de ceux, écrivains comme lecteurs, pour qui l’imaginaire est aussi réel que le réel. On pouvait grâce à lui deviner la silhouette massive de Maigret au 132, boulevard Richard-Lenoir, espionner la méditation amoureuse d’Aurélien sur le masque de l’Inconnue de la Seine dans une garçonnière du quai de Bourbon ou encore, toute honte bue, se faire le voyeur des étreintes d’Esther, alias « la Torpille », avec Lucien de Rubempré, dans un immeuble de la rue Taitbout (numéro non précisé).

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On ne sera donc pas étonné, ici, de son aveu inaugural : « J’entre dans un café comme dans un roman. » Et, de fait, à travers une série de petites vignettes ciselées, nous sommes invités à contempler le ballet gracieux d’une jeune serveuse dont le ticket de caisse nous apprend qu’elle s’appelle Marta, à réfléchir au choix stratégique et parfois inconscient de la chaise, de la banquette ou du comptoir, ce qui nous permet d’apprendre que l’auteur souffre du complexe d’Al Capone : « On ne sait jamais ce qui peut sortir derrière soi. Côté banquette, toujours, pour garder le dos au mur. »

Ne pas oublier, cependant, qu’un café est aussi un endroit pour boire, même très modestement un verre d’eau. Et Didier Blonde, pourtant assez peu revendicatif, de rappeler : « 

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Février 2020 - Causeur #76

Article extrait du Magazine Causeur

Jleroy
Écrivain et rédacteur en chef culture de Causeur. Derniers livres parus: Nager vers la Norvège (Table Ronde, 2019), La Petite Gauloise (Folio Policier, 2019)
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