Envie de devenir people, connu et reconnu? Didier Desrimais dévoile ses secrets afin de faire de vous une vraie personnalité publique.


« On peut désormais écrire à peu près n’importe quoi sur n’importe qui, à condition que celui dont on parle en ressorte disqualifié, ruiné, ridiculisé. A condition qu’il devienne « une affaire ». Un dossier sordide à classer. Un sujet d’enquête d’intérêt général. […] Le passé, tout le passé doit être massacré. »

Philippe Muray. Désaccord parfait.

Conseils à de futurs « artistes » qui veulent s’assurer un « succès critique » et/ou une exposition totale sur les rayons des librairies ou sur les plateaux de télévision ou sur les écrans de cinéma.

Que faut-il faire ?

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D’abord, si possible, être une femme.

Ensuite, raconter un « désastre », une « déflagration », une « mise en abîme » qui pourra être aussi une chute dans une « faille spatio-temporelle », consécutifs à une relation sexuelle avec un homme :

  1. non consentie.
  2. consentie mais… en réalité pas vraiment, parce que trop jeune, ou sous l’emprise « intellectuelle » de X, ou à cause de parents absents ou inconscients de la gravité de la chose, ou trop heureux de vous voir désirée par un agent littéraire et germanopratin, ou à cause de l’esprit de l’époque, ou de l’absence de cours à l’école sur la sexualité, les pervers, le genre, la bistouquette et la foufoune, l’emplacement exact du clitoris, les hommes, le Mal.
  3. ni l’une ni l’autre mais qui aurait pu l’être si au bout des rendez-vous tous les week-ends pendant trois ans avec le réalisateur qui s’était contenté jusque-là d’essayer maladroitement de glisser une main sous le corsage d’une trop jeune actrice, il ne s’était pas finalement retenu d’aller plus loin avec la conviction que son désir était tout compte fait inconvenant. Dans ce cas précis, n’hésitez pas à en parler au docteur Plenel qui mènera une enquête, vous auscultera sur le plateau de son journal médical, et aura la larme à l’œil.

Si vous n’avez pas eu la chance d’être harcelée ou agressée sexuellement, ou d’avoir couché avec un individu dont vous vous apercevrez après trente ans de réflexion qu’il a abusé de votre candeur et de votre innocence, rabattez-vous sur un autre sujet qui fait les beaux jours de la critique bienveillante et téléramesque.

À l’instar de Marie Darrieussecq, expliquez que vous ne voyez pas sur quoi d’autre que les migrants on pourrait écrire actuellement. Prédisez que « l’humain du futur sera beige foncé avec des cheveux bruns » (Le Monde du 15 novembre 2013) et écrivez un livre racontant comment, pendant une croisière, une femme « blanche » remet en cause tous ses privilèges en même temps qu’elle découvre la bonté et l’envie de sauver son prochain. Ainsi, à défaut de vous être fait battre la croupe, aurez-vous la satisfaction de battre votre coulpe.

Si vous n’êtes pas une femme, ne vous résignez pas. Suivez tel ou tel courant de pensée orthodoxe et à la mode. Par exemple, tapez sur l’Église catholique et profitez de votre statut de « gay revendiqué » pour faire l’outing de toute la curie vaticane : il n’y a pas que des pédophiles dans l’Église, il y aussi des homosexuels. Le cumul n’est pas interdit. Glissez-vous sous la robe des prêtres et des cardinaux en attendant le moment où la mode sera venue de se glisser sous celles des bonnes sœurs et de dénoncer les mœurs saphiques des Carmélites.

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Ou bien, réfugié politique, coupez-vous un bout de nez, mettez le feu à vos testicules et clouez-vous aux portes d’une annexe de la Banque de France (ou l’inverse), récupérez des photos compromettantes envoyées à votre compagne par un homme politique en vue et inondez-en les réseaux sociaux. De son côté, votre compagne pourra commencer de réfléchir à un prochain livre (ou un film, ou une enquête relayée par le docteur Plenel) dans lequel elle dénoncera le patriarcat russe, les mœurs dévoyées des hommes politiques français et celles, crétines, artistiques et psychiatriques, de son compagnon, c’est-à-dire de vous-même. La boucle sera bouclée, et le vedettariat, paritaire.

Enfin, il est possible rester à l’écart de tout ce vacarme et de vous contenter de vous prendre pour le Christ. Après vous être vissé un Bibi sur ce qui vous sert de boîte crânienne, écrivez un très court ouvrage que vous intitulerez Faim (Éditions Abel Michelin). Vous y serez le narrateur, Christ affamé, Sauveur dénutri, Fils de Dieu famélique de corps et d’esprit et disant les choses les plus plates sur la religion en général et sur votre vie en particulier. Ça se vendra par milliers, ça s’offrira par centaines à Noël, ça calera les meubles ou éventera de vieilles femmes qui savent mieux que vous ce qu’est et ce que n’est pas la foi en Jésus-Christ, et qui se fichent comme d’une guigne des actrices qui pleurnichent, des délateurs à deux balles, des narcisses médiatiques et de tout ce petit monde que rien ne semble pouvoir sauver de la bêtise pour le moment.

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