Hier, because Brexit, les eurodéputés de la Perfide Albion faisaient leurs grands adieux au parlement européen. Que d’émotion ! Alors que les médias pro-UE ne savent plus trop comment expliquer que l’invasion de sauterelles sur les campagnes anglaises n’aura finalement pas lieu, notre chroniqueur s’amuse et constate que les pays restant dans l’Union continueront de discuter dans la langue de Shakespeare dans l’hémicycle.


 

Trois ans et demi. C’est le temps qu’il a fallu au peuple britannique pour obtenir ce qu’il avait demandé dans les urnes au lieu des deux ans prévus à l’origine par les traités.

Aujourd’hui, c’est fait. « Ce n’est qu’un au-revoir » a résonné au parlement européen. A la radio ce matin, on apprenait que c’est l’impayable Nathalie Loiseau (LREM) qui avait compté parmi les initiateurs de ce chant. En quelle langue ce célèbre chant a-t-il été entonné ? En anglais ? Les députés non anglophones ne se sont jamais autant plaint des réunions exclusivement tenues dans la langue de Shakespeare, l’arrivée des députés LREM, réunis dans le groupe « Renew Europe » en étant les utilisateurs les plus zélés.

Les Brits s’en vont, mais les autres députés continueront de parler anglais entre eux. De l’autre côté de la Manche, on doit bien en rire.

Le parti d’en rire

Il n’y aurait pourtant pas de quoi rire, si nous devions nous résoudre à lire et écouter la plupart des médias de notre bon pays. Il y a deux mois dans ces colonnes, nous n’avions pas été tendre avec ces derniers et nous espérions sans grand espoir une remise en question. Elle n’est évidemment pas venue. Mardi soir, France 2 nous offrait un reportage comme seul le service public de l’audiovisuel en a le secret : « Ces Britanniques qui deviennent Allemands ». Une brave dame a peur de ne plus pouvoir voyager avec son mari et ses enfants de nationalité allemande. Un brave monsieur, dont la grand-mère avait obtenu la citoyenneté britannique après avoir fui l’Allemagne nazie, décide de faire le chemin inverse, fuyant le Brexit. Kolossale finesse ! vous avez compris, braves téléspectateurs, le Brexit, c’est comme le nazisme, il faut le fuir !

A la fin du reportage, on apprend néanmoins que le Brexit consommé, l’Allemagne, ce pays tellement plus ouvert que le Royaume-Uni, n’acceptera plus la double-nationalité pour les ressortissants d’un pays hors-UE. Il faudra choisir. C’est ballot !

A lire aussi: Boris Johnson: le triomphe romain

Avant le scrutin de l’été 2016, on se souvient que les dix plaies d’Egypte devaient s’abattre sur ce peuple réfractaire – ils ne sont pourtant pas gaulois – en cas de mauvaise décision. Et on nous annonçait la catastrophe pour le lendemain du scrutin, pas pour le moment où le Brexit serait effectif. Ensuite, voyant que lesdites plaies se faisaient attendre, et que la santé économique du Royaume, loin de chanceler, s’améliorait, on nous faisait valoir que c’était parce que le Brexit n’était pas encore entré en application… Nous y sommes enfin.

Gageons que si tous ces malheurs ne s’abattaient pas à minuit sur la Perfide Albion, les mêmes étaleront encore leur mauvaise foi. Et si l’on en croit une note du FMI, ils devront encore faire preuve de ressources en la matière.

Châtier les Britanniques?

Jean Quatremer ou Valérie Pécresse avaient lâché le morceau il y a quelques mois: il faut absolument que les Britanniques souffrent de cette décision de quitter l’Union européenne. Il faut les punir.

Entendons-nous : il est totalement compréhensible que le gouvernement français défende les intérêts nationaux dans la négociation du divorce. Par exemple, il n’y a aucun cadeau à faire aux Britanniques en matière d’accès de nos pêcheurs aux eaux territoriales britanniques. C’est vrai aussi en matière d’immigration ou de la fixation de la frontière de leur Royaume en vertu des accords du Touquet, les Français seraient inspirés de repousser la frontière de Calais à Douvres. Non : les propos de Quatremer, Pécresse ou d’autres n’étaient pas prononcés sur le registre de la défense des intérêts nationaux. Il s’agissait de faire un exemple. Derrière ces pathétiques menaces se cache la trouille que d’autres pays s’aperçoivent qu’on peut vivre sans l’Union européenne. Que quitter cette dernière comporte quelques inconvénients, mais qu’on peut aussi retirer bien des avantages à la souveraineté retrouvée. Et si la tentation de quitter l’UE devenait contagieuse, façon Coronavirus ?

A lire aussi: Coronavirus, beaucoup de bruit pour rien?

Tandis que la rédaction de France 2 comme de nombreuses autres continue de réciter son catéchisme européen, on a compris du côté de Berlin ou de Bruxelles qu’il fallait sans doute afficher davantage de modestie après ce départ, mais aussi après d’autres progressions électorales souverainistes. L’heure n’est plus à prévoir un nouveau traité encore plus fédéraliste que le précédent, mais à afficher – au moins – son attachement à la protection des identités nationales. La création d’une vice-présidence de la Commission européenne à la « promotion de notre mode de vie européen » n’est-elle pas un signe envoyé à ceux que cela démange d’imiter les Britanniques ?

Ce 31 janvier est historique car il démontre que la fameuse construction européenne dont on nous avait longtemps expliqué, à l’instar de Che Guevara, qu’elle était comme une bicyclette, tombant si elle n’avançait plus, a fait une pause. Et que c’était sans doute la seule manière de ne pas faire imploser définitivement l’UE.

Lire la suite