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Panique à Macron beach!

Contenu manifestement haineux

Panique à Macron beach!
David AMIEL et Ismael EMELIEN © Stephane Allaman / SIPA Numéro de reportage : 00905826_000001

 


Ce moi-ci, c’est décidé, je crache mon venin ! Les macroniens yoyottent de la touffe, Spinoza est imbitable (surtout traduit en chinois par Badiou), et Renoir est un peintre exécrable ! C’est bien simple : y a que les jeunes pour relever le niveau. Wesh, gros ?


 

Enfin un site de rencontres haute de gamme ! 

Vendredi 7 juin 

Déçu.e par les soirées Jacquie & Michel  ? Avec Spinoza.fr, faites-vous de nouvelles relations bac +12 ! Sur ce site dédié, vous pourrez lire et commenter à deux, en toute discrétion, l’intégrale de L’Éthique – et plus si affinités, notamment sur le Livre III (De Affectibus).

Le Monde : « LRM s’inquiète d’avoir installé l’extrême droite comme seule alternative possible. » Au bout de deux ans ? Sérieux ?

À signaler aussi, pour les amateurs-trices de plaisir philosophique solitaire, le site Spinozaparis8.com, qui met en ligne ses conférences mensuelles.

Pour une première approche de la pensée du « Prince des philosophes », je vous recommande l’intervention d’Alain Badiou intitulée « Pour une interprétation nouvelle de la notion d’attribut de l’absolu » (1 h 43).

À titre de mise en bouche, voici une phrase qui éclaire bien, me semble-t-il, la problématique de l’ontologie spinoziste selon Badiou : « Le vide est le nom de l’être – de l’inconsistance – selon une situation, en tant que la présentation nous y donne un accès imprésentable, donc l’inaccès à cet accès, dans le mode de ce qui n’est pas-un, ni composable d’uns, et donc n’est qualifiable dans la situation que comme l’errance du rien. » Bon visionnage !

A lire : Racistes, vénaux, sexistes? Les sites de rencontre sur la sellette

Panic a Macron beach 

Samedi 15 juin 

À la une du Monde cette après-midi, ce titre savoureux : « LRM s’inquiète d’avoir installé l’extrême droite comme seule alternative possible. » Au bout de deux ans ? Sérieux ?

À ce qu’il paraît, face aux résultats des européennes, les macroniens auraient été saisis d’« effroi ». Moi je veux bien, mais le seul truc qui n’ait surpris personne dans ces élections, c’est quand même le score du match annoncé RN-LREM.

Que se passe-t-il donc, à l’ombre des grandes têtes molles de la Macronie ? Tout a commencé dans nos colonnes, rappelle fièrement Le Monde : le 5 juin, Ismaël Emelien et David Amiel, conseillers ex-officiels du président, y cosignaient une tribune appelant à « sortir du duel entre progressistes et nationalistes ». Faire et défaire, c’est toujours travailler… Il s’agit d’« éviter le pire », comme d’habitude. Sauf qu’en deux ans, nos deux cerveaux ont réfléchi à un truc nouveau : « Dans notre vie démocratique, toute opposition a vocation à devenir alternance. » Tu vois le danger ?

Une seule solution pour LREM : retirer au RN son statut d’opposant principal, patiemment construit par les deux parti(e)s. Philippe Person, n°2 des Marcheurs, suggère habilement à cet effet une stratégie de « Front républicain » : tout le monde contre l’extrême droite, et on n’en parlera plus ! D’autres vont jusqu’à esquisser d’audacieuses autocritiques : « Depuis deux ans, nous sommes très loin du peuple. C’est un sujet de préoccupation », risque ainsi un député maison (sous couvert d’anonymat).

Mais c’est encore et toujours Emelien qui se montre le plus innovant, avec cette suggestion épastrouillante : la majorité n’a qu’à organiser sa propre opposition… au sein de son propre camp ! « Il faut réussir à créer de nouveaux clivages, explique-til au Monde. Le terme “progressiste” recouvre un spectre large. On peut être pour plus d’écologie, plus de territoires, etc. Il y a de l’espace pour avoir des débats assez vifs. »

Putain, si c’est ça l’ultime bouclier de nos libertés, autant demander tout de suite l’asile politique au président Kim. Quelqu’un a le 06 de Moix ?

A lire : Alors, qui a gagné?

Vous voyez le tableau ! 

Lundi 17 juin 

« Toute l’histoire de la peinture en moins de deux heures ». Sous ce titre faussement racoleur, Hector Obalk propose désormais chaque mois, au théâtre de l’Atelier, un étonnant show culturel. Sa première qualité, rare, est de s’adresser aussi bien aux amateurs d’art qu’aux amateurs tout court comme votre serviteur – juste assez cultivés pour distinguer un Michel-Ange d’un Van Gogh.

Lors de chaque soirée, notre critique d’art entraîne son public dans un nouveau « parcours ». Il faut dire qu’il y a de quoi faire, dans le labyrinthe des 4 000 toiles sélectionnées par ses soins pour retracer l’histoire de la peinture. Cette mosaïque tient lieu de fond d’écran, qu’il fait défiler en s’arrêtant, ici ou là, sur tels peintres ou écoles à chaque fois différents.

Photo : D.R.
Photo : D.R.

La performance d’Obalk tient du cours magistral, de la visite guidée et du stand-up, car notre érudit est aussi un pince-sans-rire. Deux heures durant donc, on s’instruit en s’amusant ! Ainsi ai-je appris ce soir-là à resituer dans son contexte Corrège, ce « grand peintre italien de la Renaissance de l’école de Parme » (Wikipédia) dont, à ma courte honte, j’ignorais jusqu’à l’existence.

Mais si le spectacle est vivant, c’est que l’ami Hector n’hésite pas, le cas échéant, à prendre parti hardiment. Il nous explique par exemple pourquoi un bon Géricault vaut mieux que Delacroix, ou ce qui permet de classer définitivement Renoir dans les « mauvais peintres ».

Preuve que le critique est bon pédagogue : ses parcours incitent le spectateur néophyte à approfondir ses connaissances toutes neuves par des recherches personnelles. Pour ma part, en creusant un peu le dossier Corrège, j’ai découvert avec bonheur l’un de ses disciples, que je cite volontiers désormais comme mon peintre préféré : Francesco Mazzola, dit « Le Parmesan ».

Un gros peut en cacher un autre 

Mercredi 26 juin 

Le saviez-vous ? Depuis plus de dix ans, la vogue de l’interjection « gros ! » en milieu jeune ne se dément pas. Rien à voir avec l’embonpoint, il s’agit ici de ponctuer amicalement une phrase, comme avec « mec » ou « frère ». (Exemples : Salut, gros !, Wesh, gros ?, etc.)

En revanche, l’étymologie de l’expression a donné lieu ces jours-ci à une polémique aussi intense qu’érudite entre Le Parisien et Libération. À l’origine, un article du premier présentant ce « gros » comme le diminutif francisé du mot négro, très populaire aux États-Unis dans la communauté afro-américaine.

Deux jours plus tard, Libé réagit en qualifiant cette explication de « farfelue ». À l’en croire, le mot viendrait en fait du grand banditisme, et plus précisément de « gros bonnet ». À l’appui de sa thèse, le quotidien cite le groupe de rap 113 de Vitry-sur-Seine et son tube Ouais gros (1999).

Mais Le Parisien n’a pas dit son dernier mot. Dès le lendemain, il revient sur l’affaire en jouant l’apaisement, non sans traces d’ironie : « Nous n’avons pas les certitudes de Libération. Leur explication, qui à notre tour nous étonne, est plausible. Tout comme la nôtre… » Et de citer, entre autres, les travaux de la linguiste Aurore Vincenti, qui conclut à « une aphérèse (chute d’un phonème au début d’un mot) de “négro” ».

« Impossible d’énoncer une seule explication incontestable », concède pourtant le journal, qui se donne même les gants de mentionner une troisième hypothèse pour départager les ex aequo : selon le Dictionnaire de la zone, « gros » serait en fait « une déformation de kho, “son frère” en arabe maghrébin ».

Faute de certitude, ce qui ressort en tout cas de cette querelle, c’est un message d’espoir sur l’éternelle jeunesse de la langue française, toujours prête à s’enrichir des apports de la diversité coin-coin.

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Été 2019 - Causeur #70

Article extrait du Magazine Causeur


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