Retraites. Le gouvernement donne trois mois aux partenaires sociaux pour trouver une autre solution. L’annonce du retrait (provisoire) de l’âge pivot a plongé la macronie et les médias dans un merveilleux monde parallèle.


C’est peut-être une illusion due à l’âge, mais tout de même, je me souviens d’une époque où il y n’y avait que trois ou quatre chaines de télé, trois ou quatre stations de radio, qui étaient la principale source d’information et pourtant, elles donnaient une impression de pluralisme infiniment plus grande que les dizaines de chaînes infos d’aujourd’hui et les principaux titres de presse qui disent tous la même chose, et qui répètent plus ou moins consciemment, avec plus ou moins de malignité, ce que le pouvoir veut qu’on entende. 

L’annonce par Edouard Philippe du retrait (provisoire) de l’âge pivot samedi a plongé la macronie et les médias dans un monde merveilleux, une sorte de réalité parallèle comme on en trouve dans les romans de science-fiction, chez le grand K. Dick par exemple.
Si je résume ce dernier week-end, dans la construction purement spectaculaire, (lisez Debord, c’est pas en écriture inclusive, mais c’est bien quand même), voilà ce qui s’est donné, toute honte bue, comme la seule vraie situation. Le mouvement social est fracturé. Les syndicats réformistes négocient. Cela tombe bien, ils représentent une majorité écrasante face à ces groupuscules radicalisés que sont la CGT, SUD et FO qui fournissent si peu de manifestants.

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Le gouvernement a fait une concession majeure mais il a sauvé l’honneur et il a renforcé sa vision réformatrice. Les cheminots sont convaincus, les avocats dansent de joie, les enseignants montent au ciel, Radio France arrête les playlists en guise de programme, l’Opéra de Paris rentre se réchauffer dans les loges. Ce retrait (provisoire) de l’âge pivot a plongé dans la France dans le monde merveilleux d’une Candy sous acide ou d’une Alice shootée à l’héro.



Oh, si on veut, on peut chercher à déconstruire ce mensonge éhonté et généralisé. Mais, évidemment, il faut le vouloir, il faut avoir le temps, il faut n’être pas trop crevé par sa semaine, il faut trouver l’énergie de ne pas se laisser intoxiquer: c’est bien caché, dans les brèves, ou entre les lignes. Les réseaux sociaux n’aident pas nécessairement, ils sont trop occupés aux lynchages saisonniers et, grâce à leur sens habituel de la hiérarchie de l’info, on continuera à chasser virtuellement les pédophiles octogénaires après sa journée de dix-huit heures d’auto-entrepreneur, futur retraité par points et  bientôt par capitalisation.
Mais enfin, on pouvait  tout de même les trouver, les images sur le degré de violence des manifs de samedi, rarement atteint depuis le début du mouvement, et qui est une pure violence d’intimidation, comme un avertissement lancé aux manifestants: on peut faire comme vous comme avec les gilets jaunes, vous casser au point de vous faire peur et que vous préfériez rester chez vous.

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Mais enfin, en prêtant bien l’oreille on pouvait finir par comprendre que l’UNSA RATP avait envoyé sa direction sur les roses, qu’il y avait toujours lundi matin des piquets de grèves devant les dépôts de bus et les raffineries, que rien n’était perdu pour le mouvement social sauf si on se mettait à croire à la prophétie autoréalisatrice d’un pouvoir tellement aux abois qu’il ne veut même plus que l’étiquette des maires des villes de moins de neuf mille habitants soit prise en compte quand on donnera le résultat des municipales, on n’est jamais trop prudent… Sauf si on était prêt et à se laisser envelopper par la propagande insidieuse, inlassable et étouffante des chiens de garde. Mais rien ne prouve que ce soit le cas. Caramba, encore raté !

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