Juriste dans le privé, militant LREM de la première heure, Laurent Segnis défend mordicus la fermeté du président Macron. Depuis son comité local de Champigny-sur-Marne, le militant de 37 ans dénonce la complaisance de la société française à l’égard des débordements divers qui surviennent dans l’espace public depuis la crise des gilets jaunes.


Causeur. Fin 2018, vous étiez à l’initiative d’une contre-manifestation, les gilets bleus, alors que les gilets jaunes réclamaient parfois avec violence le départ d’Emmanuel Macron. Pourquoi est-ce que ça n’avait pas pris ?

Laurent Segnis. Re-contextualisons d’abord les choses, s’il vous plait. Je fais dès le 9 novembre 2018 le choix personnel de lancer ce mouvement citoyen, LREM n’était pas au courant. Il ne s’agissait pas d’une contre-manifestation. J’ai donc créé les gilets bleus avant l’acte I des gilets jaunes, en fait. Cela faisait un moment qu’on parlait de cette colère qui montait et comme je suis quelqu’un d’assez engagé et de curieux, j’ai commencé à observer sur Facebook pas mal de groupes qui se créaient. Un de ceux qui a alors attiré mon attention, en tant que juriste, c’était celui qui s’appelait « Blocage national contre la hausse des prix sur le carburant. » Pourquoi « blocage » ? Cela m’avait vivement interpellé.

Laurent Segnis. Image: capture d'écran Dailymotion
Laurent Segnis. Image: capture d’écran Dailymotion

Lorsque j’étais étudiant, j’avais moi aussi déjà manifesté et utilisé mon droit de grève, mais j’ai toujours dialogué, je me suis toujours manifesté auprès des autorités en constituant une délégation, en demandant à être reçu. Si on était dans une voie sans issue, il y avait bien sûr la possibilité d’aller manifester sur la voie publique, mais toujours après un dépôt initial à la préfecture. Je suis toujours resté dans les clous, moi. 

Si je comprends bien où vous voulez en venir, vous pressentiez qu’il y avait quelque chose d’ordre insurrectionnel qui se tramait ?

Exactement, j’ai été profondément choqué par la méthode coercitive des gilets jaunes. Je me suis dit que ce qui était en train de naitre était extrêmement grave. Sur fond de mouvement social, les messages de haine envers la personne du président de la République me confortaient dans l’idée que nous étions confrontés à une flambée des populismes. Car au travers de la personne du président Macron, ce sont les institutions républicaines qui étaient directement visées. En tant que démocrate, je me suis senti en danger quand, essayant de répondre argument contre argument, certains se contentaient de me traiter de « pute à Macron. »

Les blocages sont hors la loi. J’en veux à une partie des médias de ne pas le répéter suffisamment, ou voire tout simplement de souffler sur les braises dans l’unique but de faire de l’audience

Dès mes premières années sur les bancs de l’université, j’ai approché le monde du syndicalisme étudiant, avant d’être pleinement engagé au sein d’un grand parti politique français (le PS). Après 14 ans de militantisme au sein du PS, le quinquennat de Hollande a douché mes espoirs, je fais partie de tous ceux qui estiment que mon vote a été trahi. Je me suis alors retrouvé politiquement orphelin, mais un dénommé Emmanuel Macron s’est présenté sans considérations partisanes aucunes, et cela m’a séduit. Il appelait à sortir de l’éternel affrontement gauche/droite qui maintenait le pays dans un immobilisme navrant sur fond de dogmatisme partisan. N’en déplaise à certains, il a été démocratiquement élu que je sache. Les voix de millions de Français dont la mienne se sont portées sur sa candidature dès le premier tour, et ce, sur la base du programme qu’il a proposé et défendu pendant toute sa campagne. Nous avons confirmé ce choix au second tour face à Le Pen, et aux deux tours des législatives pour lui donner une majorité gouvernementale légitimant ainsi son exercice du pouvoir.

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Pour alerter, nous avons donc essayé de mettre en place un mouvement citoyen : les gilets bleus. Nous ne devons pas nous habituer à voir nos libertés fondamentales piétinées sous prétexte de revendications sociales.

Doit-on se résoudre à trouver normal que pour pouvoir franchir un rond-point, c’est-à-dire circuler librement, on exige que vous mettiez sur votre tableau de bord un gilet jaune ? NON. La constitution vous consacre le droit fondamental d’être pour ou contre les gilets jaunes, ou d’être tout simplement neutre. Première atteinte à votre liberté d’opinion. Deuxième atteinte, celle à la liberté de circulation. La liberté des uns s’arrête là où commence la mienne. En France, nul ne saurait entraver mon droit fondamental à me déplacer, mouvement social ou non. Les blocages sont hors la loi. J’en veux à une partie des médias de ne pas le répéter suffisamment, ou voire tout simplement de souffler sur les braises dans l’unique but de faire de l’audience; on laisse s’installer l’idée dans la conscience collective que ce serait normal que les Français soient bloqués…

Le premier journaliste à qui j’en ai parlé m’a coupé la parole: « Ce n’est pas très sympa vous essayez de casser une grève. » Non, j’essaye d’alerter les citoyens ! On peut manifester, je n’y vois pas d’objection. Mais ça devient malsain dès lors qu’on en vient à piétiner les libertés fondamentales. Toujours fin 2018, vous vouliez circuler et on vous forçait à signer une pétition « Macron démission ! » pour passer ? Le juriste que je suis y voit une violation de la loi, il s’agit d’un délit de faire signer sous la contrainte (art. 312-1 du code pénal).

Et je ne reviendrai pas sur les insultes racistes, homophobes, haineuses, sur les agressions physiques (envers les citoyens et les élus) ou les destructions de biens privés par certains gilets jaunes. On parle là de délits pénaux.

Que ce soient les gilets jaunes ou les manifestants contre la réforme des retraites, les gens n’ont-ils pas le droit de se révolter contre une politique qu’ils estiment (à tort ou à raison) injuste ?

Ce n’est pas le problème. Je respecte le droit de chacun à porter toute revendication qui lui semble légitime.

Ce contre quoi je m’élève, c’est contre ces personnes qui sortent de je ne sais où, et qui nous disent « nous parlons au nom des Français, nous sommes le peuple ». Là je ne suis pas d’accord ! La personne mandatée pour parler en mon nom, c’est le président élu, le député pour lequel j’ai voté ou le maire, et personne d’autre ! Ne nous inscrivons pas dans ce curieux mélange des genres. Que chacun reste bien à sa place, il y va de la bonne tenue de la République.

Qu’est-ce que c’est que cette espèce de paresse intellectuelle qui s’est emparée de tout le monde lorsqu’on réclame l’instauration du référendum d’initiative citoyenne ou par exemple d’une assemblée constituante ? A-t-on subitement perdu la mémoire en France ? Je trouve cela extravagant. Je suis navré, mais j’ai encore en mémoire que cette proposition, sous une autre dénomination, avait été soumise à l’approbation du peuple français en mai 2017… puisqu’elle faisait partie du programme de Jean-Luc Mélenchon. Et elle a été rejetée, Mélenchon ayant été disqualifié dès le premier tour. Les contestations sociales ne doivent pas être le prétexte de refaire le jeu d’une élection présidentielle dont on du mal à digérer la défaite. On ne bafoue pas la démocratie ou la République s’effondrera de fait.

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On voudrait donc nous imposer de fait par la rue et la clameur, ce que nous avons déjà rejeté dans les urnes ! Et personne, notamment dans les médias n’y voit rien à y redire ? Sérieusement ? La démocratie n’est ni optionnelle ni à sens unique. Je refuse cette imposture intellectuelle et cette attaque délibérée à la démocratie.

Vous parlez de Mélenchon, que vous a inspiré la décision de justice le concernant ? Vous sembliez vous en amuser sur Twitter…

En 2017, Mélenchon arpentait les télés et radios en disant qu’il avait intégré à son programme « l’avenir en commun » une proposition issue de l’association ANTICOR qui lutte contre la corruption, disposant que « toute personne, dès lors qu’elle serait condamnée, serait inéligible à vie ».


Mélenchon s’érige en parangon de vertu et donne des leçons de morale à la terre entière, à tous les Français. J’aimerais beaucoup qu’il lise ces lignes : chiche, Monsieur Mélenchon, montrez-nous que vous êtes un homme d’honneur, que vous êtes cet homme d’État que vous prétendiez être en vous présentant devant les Français à l’élection présidentielle, et appliquez-vous ce que vous réclamez aux autres, commencez le premier, ayez cette stature qui vous a fait défaut jusqu’à présent et montrez donc l’exemple, allez-y. Loin de m’en amuser sur Twitter comme vous dites, j’estime que c’est la probité et la crédibilité d’un député de la République et chef de groupe parlementaire qui sont en jeu. Ce n’est pas rien, et ça doit interpeller chacun !

La grosse difficulté actuelle pour l’exécutif, c’est de faire passer la réforme des retraites, on voit qu’il y a une majorité de Français qui comprennent le mouvement, qui manifestent ou qui font grève. Dans l’Éducation ou dans les transports, la situation est très compliquée. Vous qui soutenez l’exécutif, pensez-vous que Macron pourra convaincre les Français d’être « raisonnables » ?

Je vais vous répondre en tant que citoyen, et pas comme militant encarté à LREM.

Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement la réforme des retraites. C’est bien plus profond: c’est la défiance généralisée contre le pouvoir. À la moindre loi, à la moindre réforme, on assiste à une levée de boucliers mêlant postures, avalanche de fake news, agitation des peurs, instrumentalisation des misères et des colères. Pourtant nous avons un président élu démocratiquement je le rappelle.

Je lance un avertissement à tous les syndicats: qu’ils restent dans leur rôle, parce que ce qui est en train de se passer en France, c’est que la majorité silencieuse va travailler, la France n’est pas à l’arrêt mais continue de travailler. Les Français sont épuisés et n’en peuvent plus d’être pris en otage ! Cela doit cesser.

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Jeudi dernier, j’ai participé à une émission de Cyril Hanouna. Alors qu’un membre du gouvernement était présent pour parler du projet de réforme (Jean-Baptiste Djebbari, le secrétaire d’État en charge des transports), nous avons passé pratiquement la moitié du temps de cette émission à parler des situations personnelles et du mécontentement individuel des uns et des autres. Sur le fond, ce n’est donc pas tant la réforme des retraites qui énerve les gens. Il y a des mécontentements que les deux extrêmes entretiennent. J’en veux aux médias qui font leur jeu.

La CGT n’est pas dans son rôle, elle l’a outrepassé depuis bien longtemps. Lorsqu’hier matin on entend Philippe Martinez dire que le président de la République n’est pas légitime pour gouverner le pays, je réponds à M. Martinez que plusieurs millions de Français ont donné pleine et entière légitimité à Emmanuel Macron pour diriger le pays. Ne les insultez pas ! Depuis des années, la CGT, elle, perd la quasi-totalité des élections professionnelles, et connait une hémorragie en termes d’adhérents. En quoi est-elle légitime pour bloquer le pays ?

Etes-vous inquiet ?

Je reste entièrement confiant quant à l’issue de cette crise, le président de la République, le premier ministre et les membres du gouvernement ont ma confiance. Lorsque nous regardons ceux et celles qui, minoritaires, ont un pouvoir de nuisance extraordinaire, nous disent que tout va mal, je les renvoie aux publications récentes de l’INSEE, lequel vient de confirmer que la production industrielle est en net rebond, que l’emploi salarié a progressé de 258 000 postes en un an et que les intentions d’embauche pour le premier semestre 2020 sont au sommet. La France avance, les choses vont dans le bon sens, et c’est tant mieux ! Mais il y a encore tant de choses à faire… Les professionnels de la peur et du désordre devraient laisser le gouvernement et les Français travailler.

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