Le 8 septembre prochain tombent les résultats de PISA 2025 — l’évaluation des connaissances et compétences des élèves âgés de plus de 15 ans de 90 pays. La France, là-dedans, se perd dans un milieu de classement peu glorieux. Que cette année on constate un frémissement ou la poursuite de la dégringolade importe peu, explique notre chroniqueur. Ce sont trente années de gabegie enseignante que les chères têtes blondes et brunes paient cash — pour le plus grand plaisir des apprentis-sorciers de la pédagogie.
Le 16 août, Christophe Kerrero, ancien directeur de Cabinet de Blanquer, ex-recteur de Paris, a donné aux Echos un long article dans lequel il détaillait les raisons de notre affaissement scolaire — un bel euphémisme pour qualifier la dégringolade continue depuis 25 ans que PISA, qui mesure les capacités des élèves, a été institué : « Les performances des élèves français n’ont cessé de baisser, avec une nette augmentation des élèves peu performants et un effondrement du nombre d’élèves les plus performants ». Comment ? Le souci d’égalitarisme, qui fut continument celui de la Gauche, a donc produit l’inverse des résultats attendus ? « En France, explique l’ancien Recteur, les trois critères d’un système scolaire efficace sont au rouge : non seulement le niveau des élèves ne s’élève pas, mais les écarts entre eux augmentent et le poids de l’origine sociale sur les résultats scolaires est toujours plus fort ».
Ça alors ! Les belles âmes qui prétendaient réduire l’écart entre les défavorisés et les enfants de banquiers ont eu faux sur toute la ligne : en privilégiant les plus faibles, on a fait descendre le niveau de tous — sauf des enfants de riches, qui ont les moyens de s’offrir des alternatives pédagogiques de qualité.
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Parce que c’est bien la qualité que l’on refuse aux élèves, sous prétexte de privilégier la quantité. Et l’idéologie : les pédagogues adeptes de la méirieutique — du nom de Philippe Meirieu, gourou de tous les bras cassés qui ont investi tout l’organigramme de l’Éducation Nationale — croient dur comme fer que les compétences se développent indépendamment des connaissances.
Les sciences cognitives ont largement prouvé le contraire, mais on n’avait pas besoin d’elles, aussi fiables soient-elles, pour savoir que la répétition et l’acquisition d’automatismes « libèrent la mémoire de travail et permettent de mobiliser pleinement les capacités de raisonnement ». Et qu’à l’inverse, « lorsqu’un élève doit encore consacrer une part importante de son attention aux opérations élémentaires, il dispose de moins de ressources pour comprendre, analyser ou résoudre des situations nouvelles ». Les hussards noirs de la République envoyés dans toute la France par Jules Ferry sous la IIIe République faisaient répéter inlassablement les tables de multiplication (imprimées sur la couverture de vos cahiers, vous souvenez-vous ?) et les règles d’orthographe et de grammaire. L’accord du participe conjugué avec l’auxiliaire « avoir » avec le COD antéposé, qui n’a aucune raison grammaticale et qui est l’un des mantras de l’orthographe française, ne s’apprend pas autrement. On ânonnait pour ne pas devenir des ânes.
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Le ministère Blanquer a édicté de nouveaux programmes, en vigueur depuis deux ans, dont les effets ne se feront sentir qu’aux éditions 2029 et 2033 de PISA. Dans le temps politique, autant dire une éternité. Et il faut bien comprendre que l’École n’est pas un problème particulier : c’est le marqueur d’une faillite générale, où l’idéologie (ainsi appelle-t-on ce qui n’existe pas, disait Hannah Arendt) a remplacé le bon sens. « Il n’y aura ni redressement économique, ni cohésion nationale, ni vitalité démocratique sans une ambition retrouvée pour son École », conclut avec justesse Christophe Kerrero. Renversons la proposition : il n’y aura pas d’ambition possible pour l’École sans redressement économique, cohésion nationale et ambition républicaine — étant entendu que la démocratie a fait long feu.
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