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Svastika, nein ! Faucille et marteau : da !

Qui oserait toucher au folklore soviétique du PCF?


Svastika, nein ! Faucille et marteau : da !
Drapeau soviétique brandi par des manifestants pro-russes, Porte de Brandebourg, Berlin, Allemagne. 20/06/2026. Michael Kuenne/PRESSCOV/Sipa USA/SIPA

Dans quelle mesure est-il légitime de comparer le nazisme et les régimes communistes du XXI siècle? Bien que les points de convergence soient évidents, la juxtaposition est toujours problématique. Tout le monde condamne le nazisme, et à juste titre, mais le communisme et ses symboles gardent une forme de respectabilité dans certains milieux. Tribune.


Besançon, lundi 3 août. Deux visiteurs du musée de la Résistance et de la Déportation font le salut hitlérien devant un drapeau du IIIe Reich. Aussitôt, garde à vue immédiate. Indignation nationale matérialisée par un vertueux article dans Libération.

Tout cela est bien mérité, et il serait parfaitement hors de propos de questionner la nécessité de sanctionner ce geste. 

Mais posons-nous la question de savoir ce qui se serait produit si les deux zigotos avaient brandi un petit drapeau frappé de la faucille et du marteau en criant leur nostalgie du Goulag au Musée national Picasso à Paris devant le portrait de Staline[1]?

Rien. Absolument rien. Pas de garde à vue, pas d’article, pas même un haussement de sourcil du gardien de salle.

Cette asymétrie n’est-elle pas surprenante ?

Que dit la loi ?

L’article R.645-1 du Code pénal punit d’une contravention de 5e classe le fait de porter ou d’exhiber en public « un uniforme, un insigne ou un emblème rappelant ceux que portaient les organisations reconnues criminelles par le tribunal de Nuremberg ». Le texte est précis : il ne cible que le national-socialisme et ses organisations affiliées. Rien, dans notre arsenal pénal, ne vise la faucille et le marteau, l’étoile rouge soviétique, ou le portrait encadré du camarade Staline.

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Par conséquent, en France, on peut acheter en toute légalité un drapeau reproduisant fidèlement l’emblème de l’URSS voire un portrait de Iossif Vissarionovitch Djougachvili. Le site qui le vend[2] parle sans rire de rendre hommage à Staline, « Icône politique du XXe siècle ».

On peut donc impunément brandir le drapeau soviétique au défilé du 1er mai, l’accrocher à la tribune de la Fête de l’Huma ou l’arborer à son balcon et le vendre par lot de dix avec tarif dégressif dans les fédérations du PCF. 

Essayez la même opération marketing avec une croix gammée. Je vous laisse imaginer le temps qu’il vous faudra pour finir au gnouf.

L’argument classique pour justifier cette différence de traitement est que s’il y a eu un tribunal de Nuremberg pour juger le nazisme, il n’y en a jamais eu pour juger le communisme. C’est hélas exact. Mais le problème est justement là.

Aucune cour internationale n’a jamais jugé les crimes du Goulag, l’Holodomor ukrainien, les purges staliniennes ou les dizaines de millions de morts du Grand Bond en avant chinois.

Pourtant un   précédent existe : les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens ont bien condamné, entre 2010 et 2018, plusieurs dirigeants khmers rouges, jusqu’à la qualification de génocide en 2018. L’exception cambodgienne interpelle donc sur le silence assourdissant envers Moscou et Pékin.

La leçon polonaise :

Il existe pourtant un pays qui a osé avoir ce courage. 

La loi polonaise sur l’Institut de la mémoire nationale interdit conjointement la propagation publique des symboles nazis et communistes[3]. Là, faucille et marteau sont logés à la même enseigne pénale que le svastika.

Les Polonais ont simplement regardé leur propre passé en face : l’occupation nazie suivie du joug soviétique. Ils en ont tiré la conclusion qu’un totalitarisme reste un totalitarisme, quels qu’en soient les oripeaux. Et quel que soit le drapeau sous lequel il envoie ses opposants au goulag ou konzentrationlager.

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La France, elle, se vautre dans une confortable asymétrie. Condamner rétrospectivement le nazisme ne mange pas de pain. En revanche, oser toucher au folklore soviétique du PCF, parti drapé d’une respectabilité parlementaire et supplétif occasionnel de la macronie serait malvenu.

Pourquoi diantre l’exhibition d’un symbole renvoyant à un système ayant produit au bas mot une bonne vingtaine de millions de morts continue de bénéficier d’une immunité pénale totale, alors que l’exhibition d’un symbole renvoyant à un autre système totalitaire expose à une amende voire à une garde à vue.

Poser cette question ne vise pas à relativiser le nazisme. C’est bien à rebours une façon de refuser de relativiser le communisme. L’idée n’est certes pas nouvelle[4], mais l’article de Libé lui donne une nouvelle jeunesse.

Ne serait-il pas grand temps de tirer les leçons de ce constat ?
Il n’est pas question d’exhumer les momies de Lénine et de Mao pour les détruire comme ont pu le faire les révolutionnaires de 1793[5] avec les dépouilles des rois de France.

Le but serait de se doter du même épouvantail que celui qui rend depuis 1945 le combat contre l’extrême droite si redoutablement efficace.

En effet, Nuremberg a servi, non seulement à châtier les coupables, mais aussi à fabriquer un outil politique d’une efficacité remarquable dont la durabilité force l’admiration. 

À chaque élection présidentielle, on regarde avec autant d’amusement que de lassitude comment les fréquentations sulfureuses du père de Marine Le Pen sont agitées comme un vieil épouvantail, avec toujours autant de succès. Les prochaines présidentielles approchant, on voit à nouveau l’épouvantail ressortir de la naphtaline : Le front National a-t-il été vraiment créé par d’ancien Waffen SS?

L’extrême gauche, elle, n’a jamais eu à affronter un épouvantail comparable. Il n’y a eu aucun Nuremberg, aucun tribunal, aucune mémoire imposée par la loi. 

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Le résultat est qu’aujourd’hui un adolescent peut arborer fièrement un T-shirt à l’effigie du Che sans que quiconque ne songe à s’en émouvoir.

Et pourtant, El Chanco[6] a personnellement supervisé des exécutions sommaires à la prison de la Cabaña.

Un « Nuremberg du communisme » ne changerait rien au passé et ne ressuscitera pas les morts du Goulag. On ne pourrait pas ressortir la potence pour les génocidaires communistes. En revanche, il donnerait aux générations futures l’équivalent de ce que la mémoire du nazisme leur a offert : un réflexe. 

Un réflexe qui se déclencherait à la vue d’un marteau ou d’une faucille afin d’éviter que l’on ait à compter de nouveaux cadavres.


[1] Rappelons que ce musée conserve et expose parfois un dessin de Pablo Picasso intitulé, « Staline à ta santé ».

[2] communist-universe.com

[3] Article 256, §§2 à 4 du Code pénal polonais (Kodeks karny), modifié en 2009, qui interdit la propagation publique de « symboles fascistes, communistes ou autres symboles totalitaires », sauf usage artistique, éducatif, de collection ou académique.

[4]Jean-François Revel : La Grande Parade (Plon, 2000), « Communisme-Nazisme : la comparaison interdite ».

[5] Jean-Marie Le Gall, Le mythe de Saint-Denis : entre renaissance et révolution, Champ Vallon, 2007, p. 476. L’historiographie évoque la nécessité d’effacer les « cendres impures » des « tyrans ».

[6] Tel était un des surnoms du Che : le Porc. Peu flatteur, mais préférable à « El carnicerito de la Cabaña », le boucher de la Cabaña.



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