Peu de noms ont fait couler plus d’encre ces derniers mois que celui d’Éric Zemmour.


En général quand on parle d’Eric Zemmour, c’est pour se consterner de la « tribune que les médias lui offrent », comme s’il était d’évidence que l’espace médiatique ne devait être ouvert qu’aux idées conformes, et les salles de rédaction aux gardiens de la bonne pensée.

La logique de l’indignation s’appuie sur deux points. Le premier, selon lequel « le racisme n’est pas une opinion mais un délit », et le deuxième, qui consiste à voir du racisme partout.

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Pourtant, si l’on se penche sérieusement sur la pensée du « polémiste » on voit mal ce qu’elle a de si polémique. Le plus souvent, au lieu d’imposer une doctrine ou une vision, il se contente de mettre ses interlocuteurs devant leurs contradictions. Promeut-on le métissage généralisé ? Pourquoi pas, mais c’est au détriment de la diversité. La diversité ? Bien sûr, mais alors, que le Japon reste le Japon, le Bénin le Bénin et la France la France. Fait-on l’éloge de la colonisation ? Pourquoi pas, trop reconnaissant d’avoir été romanisé par César. De l’autodétermination ? Oui, mais que l’on range l’humanisme, Jules Ferry, et les idéaux universels. La République ? D’accord, c’est le régime de l’assimilation, de la citoyenneté, et du mérite. La Royauté ? Pourquoi pas, l’Ancien Régime a démontré pendant mille ans sa capacité à défendre les petits et les sans grade. Non aux statistiques ethniques ? Très bien, mais alors qu’on ne vienne pas pontifier sur le manque de « diversité » ici ou là. Oui aux statistiques ethniques ? D’accord, mais alors toutes les statistiques, fussent-elles embarrassantes pour la bien-pensance…

Les polémiques, c’était mieux avant

Même sur la question de l’Islam, qui hystérise plus que toute autre les plateaux, la position de Zemmour n’est pas particulièrement « polémique ». Au risque de répéter ce que l’intéressé dit souvent, il prend simplement l’Islam au sérieux et, sans haine pour qui que ce soit, constate que la simple observation du monde musulman dans le temps et l’espace – tel qu’il est et non tel que l’on aimerait qu’il fût, peut amener à douter qu’il soit tout à fait compatible avec la démocratie nordique, le féminisme inclusif, ou les revendications de nos LGBT.

Avant de choisir dans quel sens pousser, Zemmour tient surtout à ce que tout le monde aille au bout de ses idées. A partir de là, on peut commencer à discuter.

Je trouve moi que CNews relève le niveau

En général, la médiocrité du débat public ne permet pas d’arriver jusque-là, et il faut avoir pris le temps de lire ses livres pour comprendre ses filiations intellectuelles et situer sa pensée. Il faut cependant reconnaître à Cnews et à Christine Kelly d’avoir eu le courage de résister aux oukases et aux pressions et d’offrir aux téléspectateurs une émission qui surprend chaque jour par la qualité des échanges qui s’y déroulent. Ils nous permettent enfin de mettre de côté les faux-débats interminables, et de suivre la pensée du dissident cathodique.

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Et justement, la force de Zemmour, est sans doute de garder une vraie curiosité et une pensée en mouvement, malgré le rythme effréné des émissions, des livres, et des articles. Les auditeurs attentifs auront remarqué des déplacements subtils, qui plus que stratégiques, semblent s’opérer à l’épreuve de la Vérité. On est loin de l’homme de système que l’on aime à décrire, qui serait enfermé dans des grilles de lectures et aurait peur de penser contre lui-même.

Zemmour n’est pas sectaire, lui

Zemmour n’attend en réalité que de se laisser convaincre. Mais par la force des arguments, de la logique, et de l’Histoire. C’est là tout son paradoxe. Sa pensée est beaucoup plus étayée que la moyenne, en particulier par une large vision d’Histoire globale, mais beaucoup moins définitive et immobile que sa fougue dans les débats ne le laisse supposer.

Le libéralisme, qui ne se superpose pas nécessairement à la libre circulation ni au relativisme, l’écologie, qui au-delà des pulsions inavouées de gouvernance mondiale, pourrait aider à dessiner un horizon moins consumériste, la Révolution dite française, qui n’est peut-être pas si glorieuse, et qu’il est un peu trop facile de découper en fines tranches chronologiques et morales, avec les bonnes et les mauvaises guillotines…

Autant de sujets sur lesquels il semble que la religion de l’écrivain ne soit pas faite ou du moins, qu’elle continue à se construire au gré des lectures et des rencontres.

Valeurs actuelles le voit carrément à l’Élysée

D’ailleurs, le terrain sur lequel l’évolution du héraut des déçus de la Droite est le plus saisissant est sans doute la relation entre la France et le catholicisme. Si la prophétie de Geoffroy Lejeune devait se réaliser (de fait, Zemmour est objectivement la seule figure publique qui ait le talent et le courage d’incarner véritablement la droite aujourd’hui) il n’est pas interdit d’imaginer que le premier geste du Président « élu » pourrait être d’aller se faire baptiser à Reims, ou à Saint-Denis.

Paris vaut toujours bien une messe…

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