L’ancien ambassadeur de France en Algérie (de 2008 à 2012 puis de 2017 à 2020) propose des solutions pour que les deux pays établissent enfin une relation adulte, sans chantage affectif ni délire de persécution, afin de normaliser, voire banaliser, des rapports bilatéraux.
Les toutes récentes déclarations à la presse du président algérien, Abdelmadjid Tebboune, le 5 octobre, et le catalogue de critiques envers la France posent la question de notre relation avec l’Algérie et plus exactement celle de la nature de cette relation. Peut-on continuer soixante-deux ans après l’indépendance de l’Algérie à être perpétuellement accusés des crimes de la colonisation ? En un mot, comment inverser les rôles, comment cesser d’être mis en accusation par Alger sur tous les sujets, comment et pourquoi faut-il normaliser, voire banaliser notre relation bilatérale ? Dit plus crûment, comment ne plus être l’otage d’Alger ?
Rappelons d’abord les stupéfiantes déclarations du président algérien : face à deux journalistes chargés de lui donner la réplique, quelques jours après sa triomphale réélection à 95 % des voix (taux corrigé une semaine plus tard à 85 % des voix, taux plus « présentable » avec une participation de 10 % du corps électoral, selon l’Élysée), le chef de l’État algérien s’est livré à une attaque systématique et d’une rare violence à l’encontre de la France.
Évidemment, plus question de visite d’État à Paris (« je n’irai pas à Canossa »), pas question non plus de faire revenir à son poste l’ambassadeur d’Algérie en France. D’ailleurs, ce dernier a été nommé à Lisbonne et le poste de Paris sera sans doute inoccupé pendant la nouvelle crise. Mais, comme souvent faute d’arguments, le président algérien n’hésite pas à accuser les lobbies, « un petit groupe anti-algérien », presque un « quarteron de nostalgiques de la colonisation », d’exercer des pressions sur le gouvernement français, à preuve les dernières déclarations du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau et la volte-face française sur le Sahara occidental. C’est d’ailleurs, soulignons-le, ce changement de position diplomatique fin juillet qui est à l’origine de la quatrième ou cinquième crise du septennat d’Emmanuel Macron. Et de citer pêle-mêle l’accord franco-algérien de 1968, qui serait une « coquille vide » peu utile à l’Algérie, les essais nucléaires français qui méritent indemnisation et nettoyage, et comme de coutume, le génocide français qui visait, par la colonisation, à un grand remplacement des musulmans d’Algérie par des chrétiens ! Le président Macron avait donc vu juste lorsqu’en septembre 2021, il ciblait la « rente mémorielle » et la « falsification de l’histoire » par le « système politico-militaire algérien ».

Il faut relire à deux fois ces stupéfiantes déclarations. Essayons de reprendre ces accusations algériennes et d’analyser sérieusement, et non sur le mode polémique et accusateur, ces différents dossiers.
Le 30 juillet, Paris a effectivement décidé, dans une lettre adressée par le président de la République au roi Mohamed VI de reconnaître la « marocanité » du Sahara occidental et de soutenir le plan d’autonomie marocain. Alger a vu un lâchage, une volte-face cynique de la part d’un membre permanent du Conseil de sécurité dans ce changement de position. Il faut rappeler que la France n’a pourtant pas négligé d’infinies précautions pour amadouer Alger et ne pas froisser la susceptibilité du locataire d’El Mouradia. Une conseillère du président de la République s’était, fin juillet, rendue à Alger, pour soumettre aux autorités algériennes le texte de la lettre que comptait écrire le président au roi du Maroc,
