Mal-aimé de la critique, le dernier film de Léo McCarey Une Histoire de Chine (Satan Never Sleeps 1962) est pourtant un chef-d’œuvre de mise en scène et de jeu d’acteurs. Le cinéaste y peint un portrait saisissant de la Chine de 1949 sur fond religieux, l’un de ses thèmes de prédilection.


Le dernier film de Leo McCarey, Une Histoire de Chine (Satan Never Sleeps 1962) est un film oublié du public et des cinéphiles, détesté par une majeure partie des critiques de cinéma. Voici ce qu’en disait en 2011 les Inrockuptibles: « En 1962, McCarey tourne son dernier film, Satan Never Sleeps, l’un des films les plus démentiellement odieux du cinéma américain, vrillé par la rhétorique assassine de l’anticommunisme ».

L’action se situe en 1949, au sein d’une mission catholique, dans le Sud-Ouest de la Chine, une région administrée par Kuomitang. Mission, dirigée par deux religieux que tout oppose, l’aîné, le Père Bovard, vieux et fatigué semble rigide et dogmatique, le second, le Père O’Banion, un quarantenaire, est plus moderne mais harcelé par une jeune Chinoise Siu Lan, qu’il a sauvée de la noyade, désespérément amoureuse de lui… La mission va être encerclée puis envahie par les soldats de l’Armée Rouge à la tête de laquelle se trouve un ancien élève des sœurs catholiques, le colonel Ho San dont les premières mesures prises sont la destruction de tous les signes religieux.

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Un excellent William Holden

Tourné en grande partie en studio d’après le roman de Pearl Buck, prix Nobel 1938, cette ultime œuvre de Leo McCarey mélange, avec un rare bonheur, l’humour, le film d’aventures, la comédie et le drame religieux, ainsi qu’une peinture féroce du régime maoïste qui prend le pouvoir en 1949.

Le cinéaste revisite les thèmes récurrents de ses œuvres majeures dans ce film où un immense bouleversement de l’Histoire de la Chine est en train de se jouer. Toujours aussi rigoureux dans sa mise en scène, Leo McCarey dirige ses acteurs avec une grande finesse et permet à l’excellent William Holden, précis, agile, ferme dans son rôle de jeune curé ; à l’élégant Clifton Webb qui interprète de manière magistrale le vieux religieux qui tient tête à la soldatesque chinoise ; et à la jeune actrice française, France Nuyen, butée, tendre et burlesque ; d’être toujours justes, drôles et émouvants malgré les changements de registres et de tons fréquents dans le film.

Maitrise de la dramaturgie

Servi par la beauté du Cinémascope couleur et une excellente maitrise de la dramaturgie, McCarey nous conte une histoire tragique où la foi, la droiture des deux prêtres, le reniement de Ho San, l’amour impossible de Sui Lan pour le Père O’Banion, sont emportés par la fureur et la violence de l’Histoire.

Bâti sur l’opposition de comportement des deux ecclésiastiques et sur un quiproquo de comédie – la relation liant Sui Lan au Père O’Banion –, Une histoire de Chine démarre comme une comédie religieuse dont le duo de prêtres rappelle celui de La Route semée d’étoiles (Going My Way 1943), puis tourne au tragique après le viol de de la jeune fille par le colonel Ho San, la profanation de la chapelle, la destruction du dispensaire et des médicaments indispensables aux soins du peuple et le massacre des villageois par les maoïstes.

Paroxysme satanique

La présence de Satan est permanente, il induit la jeune Chinoise en erreur, et la pousse à tenter le Père O’Banion, à trois reprises la même nuit, vêtue de rouge. Il accule les prêtres dans leurs différences et retranchements, pervertit le jeune colonel Ho San qui se complait dans la luxure, la violence, le luxe et le mensonge. Il permet aux troupes communistes de faire le Mal absolu. Indéniablement Satan ne dort jamais. Comme un virus Malin, il circule d’un personnage à l’autre.

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Le Mal atteint son paroxysme lorsqu’un conseiller russe, le camarade Kuznietsky accompagné d’un nouveau colonel, Chung Ren, arrivent à la mission Catholique. Ils désavouent Ho San et sa direction égoïste et bourgeoise, font torturer les ecclésiastiques et massacrer les paysans et ouvriers qui soutiennent leur juste résistance. Mais la force de caractère et la foi invincible des deux prêtres va les faire se rapprocher créant entre-eux un lien d’amitié fort et indéfectible.

Résistance au mal

Ce beau et curieux film, audacieux, drôle, cruel et tragique dresse un juste portrait de la Chine de 1949, bien qu’en deçà des nombreuses atrocités commises par la révolution maoïste et le communisme. Il nous montre comment Satan peut changer le cœur des hommes et met en exergue la belle et forte résistance des deux prêtres face aux barbaries communistes.

Une histoire de Chine (Satan Never Sleeps) un film de Leo McCarey

États-Unis – 1962 – couleurs – CinémaScope – 2h10 –  V.O.S.T.F.

William Holden (le père O’Banion), Clifton Webb, (le père Bovard), France Nuyen (Siu Lan), Weaver Lee, (Ho San), Martin Benson (Kuznietsky), Edith Sharpe (Sœur  Theresa),  Robert Lee (Chung Ren)…

Sortie en DVD d’excellente qualité par Les Films du Paradoxe en 2018

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