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Tristane Banon contre l’égarement néoféministe

Elle réclame la "paix des sexes" et s'inquiète de certaines dérives

Tristane Banon contre l’égarement néoféministe
La journaliste et essayiste Tristane Banon © Jacques BENAROCH/SIPA Numéro de reportage : 00857441_000014

Dans son dernier livre [1], Tristane Banon se dresse contre la victimisation “systémique” des néoféministes wokisées. Alors, forcément, Isabelle Marchandier – chroniqueuse anti-woke toujours à l’affût – l’a lu pour Causeur…


À l’heure où les hasthag #metoo déferlent sur la toile et font tomber les puissants et les icônes d’hier, lire le dernier essai de Tristane Banon [1], une féministe pas comme les autres, s’avère salutaire. Derrière sa silhouette fluette, Tristane Banon est une femme forte, une amazone guerrière comme l’ont été les féministes des années 70 – lesquelles se considéraient plus comme des combattantes que comme des éternelles victimes. 

En prenant la plume, Tristane Banon livre une bataille non pas sur le terrain de l’acharnement judicaire contre son ancien agresseur présumé, mais sur le plan idéologique contre toutes ces néoféministes qui ont instrumentalisé le statut de victime au détriment de l’égalité entre les sexes et du droit des femmes. 

Selon Banon, le féminisme s’est perdu dans les abimes d’une victimisation qui est bien “systémique”, elle, pour le coup ! La paix des sexes, le titre de l’ouvrage, résonne comme une provocation. Provocation adressée à la face des militantes professionnelles qui préfèrent dégainer #balancetonporc dans des tribunaux populaires 2.0 au moindre dérapage verbal d’un goujat qui oublierait les codes de la galanterie, plutôt que de défendre Mila ou les femmes afghanes prisonnières de la terreur misogyne exercée par la charia talibane.

Non à l’assignation à résidence victimaire!

Victime, Tristane Banon l’a été. Mais aujourd’hui, elle ne l’est plus. Victime un jour ne veut pas dire victime toujours, martèle celle qui est parvenue à s’échapper de l’ « assignation à résidence victimaire » où certains aimeraient l’enfermer à perpétuité.

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L’essayiste Rachel Kahn – qui écrit dans Franc-Tireur et que Macron aurait récemment recruté pour sa prochaine campagne électorale – a également eu droit au même genre de traitement déshonorant. « Un jour on m’a dit que je ne méritais pas ma couleur » raconte-t-elle de son côté, dans son dernier essai, « Racée». Là aussi, le titre était très évocateur. On attend d’elle de jouer un rôle : « être racisée, afro-descendante intersectionnelle faisant partie d’une minorité… », cocher les cases « discriminée » et « victimisée ». Ce déterminisme qui essentialise dans une couleur de peau ou dans un sexe est aux antipodes de l’existentialisme émancipateur de Simone de Beauvoir chez qui Tristane Banon puise sa réflexion. Tristane Banon se révolte et s’enflamme contre « ce carré de VIP de féministes autoproclamées qui décident qui est victime et qui ne l’est pas » et qui ne veut surtout pas « vexer un autre club de victimes » au nom de la grande lutte intersectionnelle.

L’ordre hétéropatriarcal, qui y croit encore?

Sortir du rang victimaire, c’est donc ce qui lui reprochent les militantes enragées comme l’imbuvable Sandra Muller. Ne pas s’identifier comme victime de l’ordre hétéropatriarcal, jugé comme structurellement misogyne, reviendrait à trahir la cause des femmes. Tristane Banon raconte sa rencontre avec celle qui fut à l’initiative de #balancetonporc et qui a depuis l’égo aussi gonflé que les biceps d’un champion du monde du culturisme. Une anecdote piquante à souhait, qui vaut à elle seule l’achat du bouquin !

Tristane Banon s’inquiète de la montée en puissance de la « dictature victimaire » et de deux phénomènes corollaires :

  • L’émergence d’une volonté de voir accordés des droits spécifiques selon le genre, quitte à piétiner le principe universel de l’égalité entre les sexes ;
  • Les menaces que les féministes font planer sur la prescription ou la présomption d’innocence ;

Pourtant, Banon dit qu’elle a été victime d’un homme qui fut sauvé par la prescription. Mais elle n’est pas favorable à l’abolition de ce principe fondamental de notre État de droit. En abolissant la limite temporelle au-delà de laquelle une plainte n’est plus recevable, le droit de porter plainte à perpétuité n’inciterait pas les victimes à agir. « Il m’appartenait à porter plainte plus tôt » confesse Tristane Banon, en référence à son procès contre DSK. L’imprescriptibilité enfermerait selon elle les victimes dans un statut victimaire mortifère, qui entretient le traumatisme subi et rend difficile la reconstruction.

La présomption d’innocence, ensuite, c’est l’autre principe garant de nos libertés remis en cause par les militantes féministes qui entendent le remplacer par le principe de véracité selon lequel seule la parole de la plaignante suffirait comme preuve. (C’est le stupide slogan “Je te crois” NDLR). Tristane Banon craint de nous voir rentrer dans le règne de l’arbitraire.

Alors que le moindre fait de violence subi par les femmes médiatisé remet une pièce dans la machine d’un binarisme primaire, où la misandrie est la règle et où les rôles sont distribués d’avance entre les femmes nécessairement victimes et les hommes nécessairement coupables, Tristane Banon place le courage de la nuance au cœur de sa réflexion, dévoilant ainsi avec force la grande mascarade de ces néoféministes d’estrade devenues en fait plus woke que féministes.


[1] La paix des sexes, Editions de l’Observatoire.

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