Au début du mois, Tommy Robinson a lancé un appel désespéré au président américain Donald Trump, afin qu’il accepte sa demande d’asile politique. Il est considéré par des milliers de gens comme un lanceur d’alerte devenu bien gênant ou trop clairvoyant sur l’échec du modèle multiculturaliste britannique.


« Mon nom est Tommy Robinson. Aujourd’hui, j’en appelle à l’aide du Président Donald J. Trump, de son administration, et à celle du Parti Républicain, afin qu’ils m’accordent, à moi et à ma famille, un asile politique aux Etats-Unis d’Amérique ».

Ces quelques mots, en date du 8 juillet 2019, ont été prononcés sur le site américain complotiste InfoWars par l’un des plus emblématiques opposants contemporains à la bien laxiste gestion du Royaume-Uni en matière de politique intérieure.

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Revenons sur la carrière sulfureuse d’un homme dont le seul crime est d’avoir essayé d’alerter sur des dangers concrets qui se cachent derrière les politiques de son pays.

Un extrémiste? Si on veut…

Tommy Robinson est un activiste identitaire anglais de 36 ans, actif depuis une quinzaine d’années. Il a fondé l’English Defense League (EDL) en 2009, organisation dont le but était de s’opposer à l’islamisme et dont les actions comprenaient des manifestations publiques parfois violentes (sur le modèle des hooligans), pour signifier l’insoumission de ses membres à ce qu’ils considéraient comme une religion dangereuse. Contrairement au portrait que la plupart des médias aime dresser de lui, Tommy Robinson n’est pas un néo-nazi bas du front. Il a certes un fort tempérament et a fait des erreurs dans le passé mais il a aussi eu l’intelligence de se remettre en question. En 2013, il quitte l’EDL après avoir passé un an et demi à discuter d’islam avec Mo Anslar, un homme politique musulman, dans le cadre d’une émission de la BBC. Ces échanges lui ont permis de mettre de l’eau dans son vin et ont fini de le convaincre d’envisager de quitter sa propre organisation. Il déclarera même lors d’un communiqué de presse diffusé par le Quilliam (un think tank visant à lutter contre tous les extrémismes) : « Je reconnais le danger que représente l’extrême-droite et le besoin de contrer l’idéologie islamiste non par la violence, mais la voie démocratique des idées ».

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À la suite de cela, il reviendra, quelques années plus tard, avec la création de la branche Britannique du Pegida (2016), une organisation originellement fondée en Allemagne à Dresden. Tommy Robinson souhaitait que cette organisation diffère fondamentalement de l’EDL en attirant notamment les modérés et en évitant toute manifestation violente. Il militait alors principalement pour la suppression des cours de justice appliquant la sharia au Royaume-Uni, pour l’interdiction de la burqa et pour un moratoire sur la construction de mosquées. Quelques marches pacifiques seront organisées mais le mouvement s’essoufflera de lui-même quelques mois après sa création et sans avoir fait de vague.
C’est avec les procès liés aux scandales de Telford que Tommy Robinson refera notablement surface après avoir tenté de jeter la lumière sur l’une des affaires les plus sordides ayant touché la Grande-Bretagne moderne.

Les viols sordides de Telford

Des décennies durant, le modèle multiculturaliste du Royaume-Uni a fait l’objet des plus beaux éloges… À l’aube des années 2010, cette croyance s’ébranle devant la révélation d’un phénomène sordide d’ampleur : l’affaire des viols collectifs de Telford.
Plusieurs milliers d’enfants, en très grande majorité des jeunes filles à la peau blanche, ont été séquestrés, drogués, battus, violés et occasionnellement assassinés pendant plus de 30 ans par un gang organisé et composé d’individus pakistanais et bangladais, de religion musulmane. Malgré les abjects détails révélés concernant les méthodes employées, l’affaire fait relativement peu de bruit en Angleterre, alors même qu’il s’agissait d’un phénomène de grande envergure non isolé (des cas similaires ont été révélés notamment dans les villes de Rotherdam et Rochdale).

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Il n’en fallait pas plus pour que Tommy Robinson s’insurge, dégouté par l’absence de retentissement médiatique et politique sur ces différentes affaires, et tente à sa petite échelle de faire prendre conscience de l’existence d’une indignité, d’une honte, qui aurait dû marquer au fer rouge les dirigeants britanniques.

Rappel des faits

En mai 2017, Robinson est condamné une première fois à trois mois avec sursis, après avoir tenté de photographier et filmer les accusés présentés devant le tribunal de Canterbury. Un an plus tard, en mai 2018, il est arrêté après avoir fait la même chose devant le tribunal de Leeds alors que le juge avait ordonné une restriction d’informations concernant l’affaire, interdisant de fait toute personne de parler publiquement de cette dernière. Si son action est illégale, Tommy Robinson ne voyait simplement aucun autre moyen pour que l’un des pires évènements récents de son pays ait la place médiatique méritée.

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Condamné à une peine ferme de prison, il ressortira en liberté conditionnelle trois mois plus tard. Pendant les mois qui suivent, il retournera plusieurs fois devant les juges, ce qu’il vivra comme une persécution, avant d’être de nouveau condamné le 5 juillet dernier à neuf mois d’emprisonnement pour les faits précédemment évoqués de publicité de procès sous omerta judiciaire.
Trois jours plus tard et avant que sa condamnation ne devienne effective, Tommy Robinson effectue une demande publique d’asile politique en s’adressant directement à Donald Trump. Pour le moment, sa demande ne semble pas avoir donné de suite, alors même que son incarcération dans une prison dont la population est composée de nombreux islamistes fait craindre le pire à ses soutiens.

Omerta judiciaire non respectée

La restriction d’information, ou reporting restriction est une prérogative du juge britannique censée permettre une bonne administration de la justice afin d’éviter tout préjudice substantiel à cette dernière notamment par la révélation d’éléments sensibles concernant l’affaire en cours comme, en l’espèce, l’identité des accusés. Est-ce que Tommy Robinson a violé cette restriction ? Oui. Est-ce que les juges étaient en droit de le condamner en prenant en compte son dossier judiciaire ? Certainement. Mais…

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De manière incontestable, les juges ont souhaité participer à la dissimulation de faits graves. La justice se doit d’être rendue de manière impartiale. C’est là l’un de ses objectifs principaux. Ses assujettis se doivent à leur tour de respecter les fondements de l’ordre public en respectant la loi, particulièrement incarnée par les magistrats outre-manche dont la participation à ce qui constitue le droit est d’une importance première (Common Law oblige). Cependant, c’est justement parce que le juge anglais a un rôle capital dans la fabrication du droit, qu’il se doit d’être irréprochable quant à ses prises de décision afin d’assurer la paix sociale, suprême raison d’être de la Justice.

Les juges ont vu un agitateur, ses partisans voient un des derniers “dissidents”

Or, il est légitime de se demander si la paix sociale a réellement été garantie lorsque des juges usent de leurs prérogatives pour des raisons indubitablement politiques (éviter la stigmatisation d’immigrés et faire taire ceux qui s’opposeraient à l’omerta). Par leurs décisions, les juges ont mis de l’huile sur le feu de la colère populaire. Une pétition en ligne a ainsi reçu plus de 500 000 signatures demandant la libération de Tommy Robinson.

Tommy Robinson est vu par ses partisans comme l’un des derniers qui osera mettre les pieds dans le plat.

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