En pleine campagne pour les européennes, Raphaël Glucksmann ne s’embarrasse pas de détails. Pour lui, « la France a armé, soutenu financièrement, soutenu politiquement des génocidaires » au Rwanda et François Mitterrand en est notamment responsable. Vingt-trois anciens ministres du président ont écrit une lettre au patron du PS pour se plaindre des propos de sa tête de liste.


« Un crachat sur la tombe » du président. Le gotha de la Mitterrandie (Védrine, Cresson, Lang, Quilès…) est sorti de sa réserve pour condamner les propos inacceptables tenus ces dernières semaines, et en particulier le 5 mai, par Raphaël Glucksmann au sujet du Rwanda.

La France coupable, forcément coupable…

Reprenant une antienne connue, la tête de liste du Parti socialiste aux européennes a accusé François Mitterrand – et par là, l’armée française – d’avoir participé au génocide du Rwanda. Non seulement cette accusation n’est pas fondée mais, bien au contraire, l’action de notre pays au Rwanda est tout à l’honneur de la France, de son armée et de François Mitterrand.

Ces accusations émanent de la propagande de l’actuel président du Rwanda qui, à mesure qu’avancent les investigations sur les épisodes terribles de l’histoire de ce pays, apparaît comme leur principal responsable.

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Qu’a donc fait la France dont elle doive se repentir ? Rien. Elle a eu une coopération militaire (incluant  la  gendarmerie) avec le Rwanda commencée sous Valéry Giscard d’Estaing. Notre pays y  occupait, francophonie oblige, l’espace laissé vacant par les Belges. Elle soutenait aussi le régime de Juvénal Habyarimana qui était certes un dictateur mais ni meilleur ni pire que des dizaines d’autres en Afrique et ailleurs. En tous les cas, cette coopération n’incluait nullement le maniement de la machette ! La France coopérait aussi avec le Burundi (souvenons-nous du sommet de Bujumbura) dont les problèmes étaient analogues mais le régime différent : au Rwanda, le pouvoir était depuis l’indépendance passé entre les mains de la  majorité hutu (90 % de la population) ;  au Burundi, il était resté entre les mains de la minorité tutsi (10 % de population). Il était normal qu’au Rwanda le pays des droits de l’homme soutienne la majorité contre une minorité de Tutsis dirigée par Paul Kagame, nouveaux émigrés de Coblence, qui, à partir de 1990, entreprirent, avec le soutien des Anglosaxons, de reconquérir le pays.

Des enquêtes mènent à Kagame

Si on peut reprocher quelque chose à Mitterrand, c’est de ne pas être allé jusqu’au bout de son soutien : en 1993, il consentit aux accords d’Arusha préconisant la non-intervention des puissances dans ce qui était devenu une guerre civile. Mitterrand, qui pourtant n’était pas né de la dernière pluie, fut victime de la même duperie que Blum durant la guerre d’Espagne. La France cessa de soutenir le régime de Habyarimana mais les Anglosaxons et d’autres continuèrent à soutenir Kagame, ce qui lui permit d’arriver aux portes de la capitale au printemps 1994, poussant devant lui des centaines de milliers de réfugiés terrorisés.

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C’est alors que fut abattu, le 6 avril 1994 aux abords de Kigali, l’avion qui transportait le président Habyarimana et son collègue du Burundi. Il fait aujourd’hui peu de doutes que cet attentat avait été organisé par le régime de Kagame (pas moins de quatre enquêtes judiciaires indépendantes concluent dans ce sens : enquête Hourigan, enquête spéciale du TIPR en date de 2003 révélée par Marianne à l’automne dernier, enquête du juge Bruguière, enquête espagnole du juge Merelles. Elles se fondent notamment sur le traçage des missiles et les témoignages de transfuges). Cet attentat déclencha un massacre de Tutsis, exécuté par les partisans du pouvoir hutu décapité, qui a fait des centaines de milliers de victimes, le seul qui soit resté dans les mémoires, alors qu’il devait être suivi d’un autre, de Hutus cette fois, réfugiés  au Congo, qui  a fait, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR), des millions de victimes.

François Mitterrand a sauvé l’honneur

Devant l’ampleur des massacres, François Mitterrand qui aurait voulu engager l’armée française dès le 6 avril mais qui ne fut pas, cohabitation oblige, immédiatement suivi par le gouvernement, décida de manière unilatérale, comme chef des armées, d’envoyer une  force d’interposition au Rwanda du 20 juin au 20 août. Aucun témoignage crédible ne fonde l’accusation selon laquelle cette force  aurait pu aider des massacreurs d’un bord ou d’un autre (sommé par le procureur  international Carla Del Ponte d’apporter des preuves de ses accusations, Kagame n’a jamais  pu le faire). Elle fit cesser, là où elle le put, le massacre des Tutsis et permit de limiter un exode massif de réfugiés hutus, en en fixant trois millions dans le sud-ouest du Rwanda. Elle permit aussi, dans des conditions horribles, d’enterrer des milliers de victimes laissées sans sépulture.

Il y a quelque chose de pathétique dans ce vieux président qui, ne contrôlant plus la situation au Rwanda, décide néanmoins, malgré les réticences du gouvernement (Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères, l’a soutenu) et de nos principaux alliés, soutiens de Kagame – encouragé cependant par Nelson Mandela -, de sauver l’honneur, le sien propre et celui de la France, en envoyant  nos soldats sans autre objectif que de préserver des vies. L’opération, dite Turquoise, fut finalement avalisée par l’ONU malgré l’opposition des  Américains. Elle fut si peu honteuse que, selon des témoins directs, la chaîne CNN la fit passer dans les pays africains anglophones pour une opération américaine. Mitterrand, se sentant déjà proche de la fin voulut-il là sauver son âme ? Il sauva en tous les cas sa mémoire.

Glucksmann, naïf parmi les naïfs

La propagande mensongère de Kagame prit son essor quand un juge français le mit en cause dans l’attentat du 6 avril contre l’avion des présidents conduit par des pilotes français. Elle trouva le relais des réseaux internationaux qui avaient  appuyé Kagame et de Français, au moins  naïfs. Parmi eux, Rocard, qui se rendant au Rwanda en 1998 sans rien connaitre de ce pays, subjugué par Kagame et  croyant avoir trouvé là une occasion de salir Mitterrand, adopta sans critique la thèse du pouvoir tutsi, dénonçant comme « déshonorante » l’action de la France au Rwanda. Alain Richard, pourtant rocardien, mais qui, comme ministre de la Défense, sait de quoi il retourne, a signé la déclaration de soutien à Mitterrand. Parmi les naïfs, sans doute aussi Glucksmann. Comme beaucoup de lobbies néo-conservateurs américains pro-Kagame, idéologues dans le style de Bernard-Henri Lévy, il a cru voir dans ce qui s’était passé au Rwanda un nouvel épisode de la  lutte du Bien contre le Mal, comme en recherchent tous les idéologues pour qui  une morale sommaire remplace l’analyse des  réalités.

Il est seulement regrettable que la thèse de Kagame ait été adoptée sans examen par deux présidents venus ultérieurement : Sarkozy et Macron qui ont tous les deux  cherché à se rapprocher de Kagame et refusé de défendre les militaires  de l‘opération Turquoise injustement mis en cause.

Silence, le PS coule…

Les déclarations étourdies de Glucksmann pourraient être fatales à son parti, le faisant passer au-dessous du seuil des 5 %, ce qui signifierait sa disparition du paysage politique. Les candidats de droite feraient bien de se porter au secours des anciens ministres de Mitterrand. Car ce qui est en cause dans cette affaire, ce n’est pas seulement l’honneur de l’ancien président mais aussi celui de notre pays.

Allons même plus loin : la France n’a au total qu’à se glorifier d’avoir été le seul pays occidental à tenter de faire obstacle à l’accession au pouvoir d’un des pires tyrans de l’histoire, alors que tous nos alliés l’ont au contraire soutenu.

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