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Recruter les profs sur profil, mais encore?

Une tribune de la fondatrice de la Fondation Kairos pour l’innovation éducative - Institut de France

Recruter les profs sur profil, mais encore?
Marseille, 2 septembre 2021 © Daniel Cole/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22601680_000005

Pour que le recrutement sur profil des professeurs dans les REP soit une expérimentation réussie, il faut impérativement respecter trois conditions.


C’est aussi ça, l’école du futur. Donner le choix aux directeurs d’écoles primaires, de collèges et de lycées de recruter leurs enseignants sur profil. Aujourd’hui c’est l’atout-maître envié des écoles privées hors contrat et des lycées français à l’étranger ou relevant de la Maison d’éducation de la Légion d’honneur ! Dans son discours de Marseille, le président Macron vient de proposer d’expérimenter ce type de recrutement dans les REP. Cela remplacerait le mécanisme actuel d’affectation automatisée fondée sur les points d’ancienneté. Honnie des syndicats, cette idée n’est pas spécialement nouvelle. Sortie de l’hémisphère droit du cerveau macronien,  elle coupe – et c’est peut-être son but – l’herbe sous le pied des Républicains en quête d’idées disruptives… mais pas trop pour leur programme présidentiel. 

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Une idée qui va dans le bon sens

Proposée dès le rapport Legrand, déjà expérimentée sous le président Sarkozy sous la forme des programmes CLAIR et ECLAIR à partir de 2010, abandonnée sans même avoir été expertisée en 2012 par le président Hollande sous la pression des syndicats, cette idée va dans le bon sens. Aujourd’hui, un établissement de l’Éducation nationale est en effet semblable à un navire piloté par un capitaine qui n’a pas le droit de donner un cap à son équipage, lequel est composé d’hommes et de femmes qui cherchent à quitter un navire sur lequel ils n’ont jamais demandé à s’embarquer.  Chacun tire les vergues et les drisses à sa guise, sans aucune discipline collective, ni vision commune de la nature du voyage à effectuer. Conséquence de ce management absurde, le service rendu aux familles est terriblement inégal d’un établissement à l’autre, et le bateau du service public d’éducation tangue dangereusement. Selon l’OCDE, notre système scolaire est le plus inégalitaire de l’OCDE. La gestion des affectations telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui ne garantit ni la réussite des élèves, ni l’épanouissement des professeurs, encore moins celui des directeurs. A contrario, les demandes de détachement pour rejoindre la Légion d’honneur ou les lycées français à l’étranger, ainsi que des demandes de disponibilité pour enseigner dans le hors-contrat se multiplient.

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Mais pour que l’idée du président Macron ne soit pas qu’un coup politique et revête une réelle utilité pratique, il faudra que trois conditions soient réunies :

  • Premièrement, tous les enseignants doivent être recrutés sur profil dans un établissement donné, et non une partie seulement, comme ce fut le cas sous le président Sarkozy. Sans quoi le mélange des volontaires et des malgré-nous cassera la dynamique psychologique positive et, pire, alimentera les corporatismes et dissensions internes ! 
  • Ensuite, le recrutement doit se faire sur la base d’un projet éducatif d’établissement clair et stable défini par le directeur, ce qui suppose qu’il ne soit pas un administratif mais une personne dont la légitimité pédagogique est reconnue par les enseignants et les parents. Ce changement de profil du directeur est déterminant si l’on ne veut pas que le remède soit pire que le mal.  Le détail de la mise en œuvre du projet doit être laissé au libre choix des enseignants, qui, pour être motivés, ne doivent pas être considérés comme des exécutants mais avant tout comme des êtres responsables de leur action éducative et des progrès de leurs élèves, qui doivent être objectivement évalués. 
  • Enfin, il convient d’unifier le vivier des enseignants du public et du privé recrutés sur concours, pour que ces derniers puissent servir aussi bien dans des établissements publics que privés. La pénurie de professeurs de qualité est si grave, en particulier pour certaines matières (mathématiques, allemand…) ou certaines régions (le 93, ou la ruralité profonde), qu’il est urgent de dépasser les corporatismes pour attirer plus de candidats de qualité, de même que sont urgents une revalorisation significative de leur rémunération et un meilleur respect de leurs libertés professionnelles. 

À ces conditions, le recrutement sur profil peut transformer puissamment et positivement notre école pour le bien de tous.

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Présidente de l’association Créer son école et d’EducFrance, fondatrice de la Fondation Kairos pour l’innovation éducative

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