Pour l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), la capture et le stockage du CO2 présentent un intérêt «limité». Une thèse contredite, entre autres, par l’Agence internationale de l’énergie, le World Economic Forum, l’Académie des sciences américaine ou l’Imperial College de Londres. Pour eux, ces technologies sont même indispensables à la transition. Cherchez l’erreur…


Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, et notamment de CO2, liées à l’énergie, il n’existe que deux moyens. Le premier consiste à en émettre moins, en en consommant moins et en utilisant des énergies dites décarbonées pour les substituer aux énergies fossiles. Ce processus est en cours, mais comme toutes les transitions énergétiques de l’histoire, il est lent et difficile. Et plus encore au XXIème siècle compte tenu de l’échelle de la transformation à faire et parce que dans des domaines clés grands consommateurs d’énergie comme les transports, le chauffage, l’industrie et l’agriculture, il existe peu ou pas d’énergies de substitution aux carburants fossiles. Cela signifie qu’il faudra impérativement utiliser le second moyen pour réduire les émissions de CO2, empêcher qu’elles se répandent dans l’atmosphère en les capturant et en les stockant ensuite, notamment dans le sous-sol. Il s’agit certainement d’un pis-aller, d’une technologie à usage limité pendant quelques décennies, mais nous n’avons pas vraiment le choix.

Le jugement moral de l’Ademe

Au-delà des discours automatiques, faciles et moralisateurs sur le fait que nous devons nous passer immédiatement des énergies fossiles, peu de personnes prennent la mesure de l’échelle des transformations à mener. Nous (l’humanité) brûlons chaque année 10 gigatonnes de carburants fossiles pour nous déplacer, nous chauffer, nous nourrir, nous soigner, nous éduquer, communiquer, nous divertir… Il y a beaucoup de choses que nous ne pouvons pas faire aujourd’hui sans énergies fossiles. Comment chauffer en hiver des centaines de millions de logements? Comment produire 1,6 milliard de tonnes d’acier, 4,6 milliards de tonnes de ciment et 180 millions de tonnes d’ammoniac par an? L’industrie n’a pas aujourd’hui de solutions réalistes, viables et à grande échelle et n’en aura pas, au mieux, avant quinze à vingt ans.

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Alors bien sûr, la capture et le stockage du CO2 sont des technologies naissantes et très perfectibles. Elles sont contestées, voire rejetées par les adeptes de la décroissance et bon nombre d’écologistes qui y voient un moyen d’échapper aux efforts de réduction de consommation et même pour l’industrie de ne pas changer ces méthodes de production. Il y a une part de vérité dans cette thèse. Mais il s’agit aussi d’une vision moralisatrice et certainement pas pragmatique d’un problème à résoudre. Elle se refuse à voir la réalité telle qu’elle est, à savoir que 80% de l’énergie consommée dans le monde est d’origine fossile et que 90% de l’humanité n’a aucune intention de réduire sa consommation d’énergie et a même l’ambition de l’augmenter. Sans réelle surprise, l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie) est sur cette ligne idéologique. Cette agence gouvernementale a une tendance grandissante à défendre des thèses plutôt qu’à faire des évaluations objectives. L’Ademe donc, dans une étude publiée fin juillet, souligne que la capture et le stockage de COE a un «potentiel limité» et qu’il s’agit d’une technologie «anecdotique au niveau mondial». Il faut donc «l’envisager en tant que dernière étape dans une stratégie de décarbonation commençant par les actions plus matures et performantes (l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables)», parce qu’elle «reste un pari risqué». Le problème fondamental pour l’Ademe est que «le CSC [Capture Stockage géologique du CO2] permet de réduire les émissions d’une source fortement émettrice de CO2 à grande échelle sans en changer fondamentalement le moyen de production…»La méthode pose un problème moral…

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