Un mois avant les élections générales québécoises, les thèmes de campagne abordés et les pratiques de certains politiques rappellent étrangement une autre contrée francophone. Place au jeu des sept erreurs. 


La nation québécoise aura à se choisir, le 1er octobre, un nouveau gouvernement. Plusieurs options politiques s’offrent aux citoyens. La première : donner un nouveau mandat au Premier ministre sortant Philippe Couillard, un neurochirurgien ayant œuvré en Arabie saoudite et placé ses gains dans l’île de Jersey pour contourner le fisc québécois, et à ses troupes du Parti libéral du Québec. La seconde : le déloger en mettant au pouvoir la Coalition Avenir Québec (CAQ), un parti fédéraliste de centre-droit intéressé par la réduction de l’État, et un peu par les questions identitaires, dirigé par l’ex-souverainiste, François Legault. La troisième : élire le Parti québécois de Jean-François Lisée, parti indépendantiste dont une des promesses phares est de ne pas réaliser l’indépendance au cours de son mandat. La dernière : élire un gouvernement composé de l’équipe du parti de gauche radicale Québec solidaire mené, par souci d’équité hommes/femmes, par deux co-porte-paroles : le jeune syndicaliste étudiant, Gabriel Nadeau-Dubois, et la travailleuse communautaire moustachue, Manon Massé.

Je t’aime donc je les suis

Dans la foulée de la campagne électorale en cours, plusieurs candidats redoublent d’originalité dans leur production hebdomadaire de bourdes. Après que l’aspirante Premier ministre, Manon Massé, eût déclaré que l’anglais était une des langues officielles du Québec – ce qui est objectivement faux – ce fut au tour de la candidate libérale Gertrude Bourdon, directrice générale du centre hospitalier universitaire de Québec généreusement rémunérée, de s’empêtrer.

Lançant sa campagne entourée de son chef Couillard, qui la nommait ministre avant même qu’elle il ne soit élu, et du ministre de la Santé sortant le docteur Gaétan Barrette, Gertrude Bourdon fit devant les caméras sa profession de foi libérale : contre la haine et l’intolérance, pour le fédéralisme canadien. Le choix de l’équipe Couillard allait, pour elle, de soi, c’était une question de valeurs, une histoire d’attachement sincère et viscéral.

Simultanément, on apprenait sur les ondes des grands réseaux d’information que Madame Bourdon avait « magasiné » longuement son entrée en politique dans tous les partis à l’exception de Québec solidaire et que, quelques jours avant son grandiose lancement libéral, elle envoyait un SMS à un haut responsable de la Coalition Avenir Québec mentionnant qu’elle allait, avec toute l’équipe de la CAQ, « marquer l’histoire ». Se voyant dans l’eau chaude, Gertrude Bourdon s’est empressée de démentir, accusant la CAQ de mentir, avant d’être reléguée en arrière-plan de la campagne libérale, conséquence de sa misérable entrée en scène. La bonimenteuse allait toutefois être démasquée : les SMS furent révélés.

Si tu n’es pas avec moi tu es donc contre tous

L’histoire n’a rien d’étonnant. Il n’est pas rare, au Québec, que les individus souhaitant faire carrière en politique flirtent à gauche et à droite avant d’accepter la meilleure offre et choisissent leur camp par opportunisme davantage que par conviction profonde. La suite du récit est plus intéressante et met en scène la grande maladie de notre temps : l’hystérie collective engendrée par l’œuvre de personnes agissant tels des possédés.

A la suite de la divulgation des preuves du magasinage partisan de Gertrude Bourdon, il fallait chercher, en bons militants, à mener un procès contre le parti ayant mis au jour la crue réalité de l’opportunisme politique de la candidate vedette. Des stratèges masculins du PLQ de Philippe Couillard n’ont rien trouvé de mieux que de tenter de générer l’hystérie collective en mettant en scène deux femmes candidates du parti, l’ex-journaliste Christine Saint-Pierre et la fiscaliste Marwah Rizqy, dont le rôle allait être d’accuser François Legault et la CAQ de sexisme pour s’en être pris à une femme candidate.

Le diable, un épouvantail libéral

François Legault, premier dans les sondages, est en effet à la tête du seul parti ayant affirmé qu’il fallait mieux réguler l’immigration au Québec et sélectionner plus sévèrement les nouveaux arrivants. Il est aussi le seul à ne pas être allé parader au défilé de la fierté gaie tenu à Montréal en août dernier. Il représente, aux yeux des libéraux, un diable dont on doit exorciser la société québécoise. Pour faire croire à l’existence de ce démon, divers possédés se donnent en spectacle. Reprenant des concepts complexes, les tordant à leur avantage, les simplifiant, ils tentent d’attirer la collectivité dans l’hystérie.

Le phénomène n’est pas d’aujourd’hui, comme nous l’apprend Yves-Marie Bercé dans Esprits et démons : histoire des phénomènes d’hystérie collective. Si elles étaient autrefois intimement liées au domaine religieux, les crises d’hystérie collectives sont aujourd’hui l’apanage de l’idéologie libérale, des groupuscules militants qu’elle génère (néo-féministes et adeptes de la théorie du genre, notamment) et de la morale qu’elle défend, qui s’impose ni plus ni moins comme la nouvelle donne religieuse de l’époque.

La campagne électorale québécoise n’en est qu’à sa première semaine et déjà, l’empire du Bien rafle tous les honneurs.

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