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Ce n’est pas la primaire, c’est LR que Jacob enterre

Ce n’est pas la primaire, c’est LR que Jacob enterre
Christian Jacob, président des Républicains, donne une conférence de presse pour annoncer le résultat des congres, 25 septembre 2021. © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 01040230_000001

Congrès LR: creuse Christian, creuse !


Enfin ! Après des mois de travail de sape, Christian Jacob a réussi à se débarrasser de la primaire. Mais en enterrant la primaire, le président des Républicains continue de creuser la tombe du parti de la rue de Vaugirard, après ses alliances locales avec LREM lors des dernières élections régionales et départementales.

Lisnard, Payre et Zemmour: out !

La primaire ouverte était pourtant une occasion en or pour Les Républicains de retrouver une crédibilité et une audience auprès de leur électorat naturel. Une primaire ouverte aurait permis aux Républicains d’enclencher une réelle dynamique électorale en allant à la rencontre du peuple de droite, bien au-delà du cercle, aujourd’hui restreint, des adhérents des Républicains. En organisant une vaste consultation, la direction des Républicains aurait témoigné qu’elle était à l’écoute des préoccupations de tous ceux qui se sont éloignés du parti de la rue de Vaugirard. La primaire ouverte aurait en outre permis d’occuper l’espace médiatique en animant le débat d’idées et en faisant connaître de nouveaux talents, issus ou non du sérail. Le maire de Cannes David Lisnard, anticipant le choix de la direction des LR, avait mis en veilleuse sa pré-campagne et confirmait hier renoncer à la course élyséenne. L’entrepreneur Denis Payre a lui aussi vu la porte lui être fermée au nez pour de très boutiquières raisons de date d’adhésion aux LR. Sans parler d’Eric Zemmour, désormais persona non grata aux Républicains, en dépit de sa forte popularité auprès des adhérents du parti.

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Mais la primaire ouverte souffrait d’un handicap rédhibitoire pour les caciques du parti : on ne peut pas en prévoir le résultat, ni contrôler qui en sortira vainqueur. La quasi-totalité des cadres reste encore meurtrie du succès de François Fillon en 2016. Ils avaient en effet intégré les écuries présidentielles de Juppé, Sarkozy ou Bruno Le Maire pour les plus audacieux, et se retrouvèrent fort dépourvus lorsque la bise conservatrice filloniste fut venue. 

Congrès prévu le 4 décembre

Chat échaudé craignant l’eau froide, les chapeaux à plume des LR ont résolument organisé la consultation du 25 septembre pour orienter le vote de ses adhérents vers le choix d’un Congrès fermé réservé aux seuls adhérents LR. En ne communiquant le détail des deux choix proposés aux adhérents que quelques jours avant le vote, aucun débat sérieux n’a pu avoir lieu sur les avantages et inconvénients de chacune de ces modalités. Les adhérents ont donc choisi sans surprise le congrès à 58%. Notons au passage que seulement 50% des adhérents se sont prononcés, la moitié des adhérents LR regardant déjà ailleurs pour la présidentielle…

Le résultat du vote du 25 septembre est d’abord le fruit d’années de travail de sape contre la primaire ouverte : inlassablement, les tenors du parti ont entretenu le ressentiment des militants persuadés que l’élimination de Nicolas Sarkozy était due aux militants PS venus fausser la primaire. Si certains socialistes sont bien venus voter, ce phénomène a été marginal dans l’explication du résultat du scrutin, François Fillon arrivant avec 44% des voix très largement devant Alain Juppé (28%) et Nicolas Sarkozy (20%) au premier tour. Il était plus commode de faire peser la défaite de Sarkozy à la primaire que de comprendre la lassitude que ce dernier inspirait au sein de l’électorat de droite et de s’atteler à faire le nécessaire inventaire de son quinquennat.

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Surtout, de nombreux adhérents ont cru, de bonne foi, que seuls des candidats LR pourraient se présenter au Congrès et que ce vote leur permettrait d’éviter Valérie Pécresse et Xavier Bertrand. 

Et c’est là que la manœuvre de Christian Jacob est réellement dangereuse pour Les Républicains. Au-delà de l’abandon de la primaire, mettre en place un processus qui pourrait finir par la présentation en Congrès, le 4 décembre prochain, de Xavier Bertrand comme seul candidat à investir, sonnerait la fin des Républicains. 

Bertrand se frotte les mains

Ce scénario n’est pas de la science-fiction. Les adhérents LR ont découvert ce week-end, effarés, que Xavier Bertrand et ses soutiens se frottaient les mains du résultat du vote et ouvraient la porte à une candidature du président des Hauts-De France au Congrès LR. Valérie Pécresse, quant à elle, se portait candidate au Congrès dès samedi soir, et ses soutiens envoyaient dès dimanche des messages sur les réseaux sociaux incitant les adhérents de Libres! à prendre une cotisation à LR pour peser sur le vote. Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour deviner que Xavier Bertrand suivra la même stratégie. En retour, les partisans de Michel Barnier commencent à prendre conscience que ce Congrès s’oriente vers une bataille d’adhésions LR. Ceci renflouera sans doute les caisses du parti. Mais ce sera une bien maigre compensation face au risque de voir partir ce qu’il reste du cœur historique des militants gaullistes si Xavier Bertrand leur est imposé en Congrès. La stratégie pour y parvenir est d’ailleurs à peine dissimulée. Les sondages seront utilisés pour légitimer « celui qui a le plus de chances de battre Macron », entraînant les ralliements successifs à Xavier Bertrand des autres prétendants « par souci d’unité ».

La dernière inconnue dans ce plan bien huilé s’avère paradoxalement être Michel Barnier, l’homme qui ne fait (pour l’instant) de l’ombre à personne. Grisé par son succès auprès des militants, soutenu par Laurent Wauquiez et les cadres LR ayant peu goûté la désertion de Valérie Pécresse et de Xavier Bertrand, l’ancien exilé bruxellois pourrait vouloir aller jusqu’au bout et ne rien céder à un parti qui ne l’a jamais considéré comme un prétendant sérieux au trône présidentiel. 

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Mais si c’est bien Xavier Bertrand et lui seul qui était présenté au Congrès en décembre prochain, c’en sera fini des Républicains dont les adhérents pourraient alors se tourner vers la candidature d’Eric Zemmour, qui s’est posé ce dimanche en héritier légitime du Général de Gaulle. Certains des adhérents des Républicains n’attendront sans doute pas le 4 décembre…


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Conseiller National LR, Conseiller municipal et communautaire de Sainte-Geneviève-des-Bois. Co-fondateur du collectif « Droite pour la France »

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