Identité, religion, sexualités au pluriel, cyber harcèlement, « respect » : la webtélé de France Télévisions coche toutes les cases du « progressisme » bébête pour séduire la jeunesse


Début 2018, France Télévision a lancé dans une relative indifférence une plateforme internet destinée aux jeunes : Slash TV.

Je ne cache pas que mon premier a priori était plutôt négatif. Présentation de lancement: « France TV Slash veut aborder les thématiques en résonance avec les étapes de vie de son public – formation, trajectoires professionnelles, discrimination, sexualité, corps, identité (…) et les traite par le biais d’histoires de vie, d’exemples, de témoignages, de réactions directes. »

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Le service public veut visiblement rattraper le train du progressisme ! Bien sûr, cette plateforme est aussi pensée pour les réseaux sociaux: « binge watching » pour le site internet France TV, programmation hebdomadaire pour YouTube, et contextuelle pour Facebook.

J’ai donc regardé pour vous le media numérique de France Télévisions.

Néoféminisme pour toutes et tous

Le hasard de l’algorithme a fait que la fémisto-sceptique que je suis est tombée sur la série « Clit Révolution. »  Sauve qui peut, j’assiste à un cours de catéchisme néoféministe récité par de très jeunes filles en adoration devant Saint Clito et Sainte Vulve ! Si j’ai bien suivi, on doit bannir le mot vagin car il exclut le clitoris. J’ai retenu des visionnages de « La revanche du clitoris  et de « Et toi tu te touches » – qui sont en vérité des clips de propagande – que grâce au clitoris les femmes n’auront plus peur de demander une augmentation. « Faut-il en rire ou en pleurer ? » dirait ce bon vieux Jean Ferrat.

Pour rester dans le ton, j’enchaîne sur « Sex talks 3 filles, 3 garçons, pas de tabous ». Vous l’aurez peut être deviné, il s’agit d’un énième bourrage de crâne sur la théorie du genre. Des jeunes gens glosent sur leur sexualité forcément différente, gender fluid, pansexuel, asexuel etc… La seule jeune fille hétéro se voit rappeler à l’ordre : « Tu n’en sais rien, ma mère a découvert à 40 ans qu’elle était gouine. »  Evidemment nous avons droit, des fois que des désirs de dissidence se feraient sentir, à un rappel de la signification du terme cisgenre. Notez-le bien une fois pour toute : « le sexe biologique est en accord avec le genre ». En gros, vous qui ne comptez pas changer de sexe, vous n’êtes pas très progressiste !

L’amour, c’était mieux avant Slash TV

Cela dit je ne mourrai pas idiote, car j’ai appris l’existence d’une nouvelle catégorie : hétéro romantique, qui, il me semble a été explorée par toute la littérature : être amoureux(se) sans avoir forcement envie de coucher. Magie, mystère, trouble, émotion sont des mots qui n’ont pas leur place dans cette infernale politisation de la sexualité.

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Cependant au milieu de ce désert de l’intelligence et de la pensée, j’aperçois une oasis. La série Skam. A tel point que moi, réac de 51 ans, je me suis retrouvée à tout visionner deux nuits durant, casque sur les oreilles, comme une vieille ado.

Skam (honte en français) est l’adaptation d’une série pour ados norvégienne qui a connu un grand succès. Ouf, cela semble être le programme phare de Slash TV.

La pépite cachée dans l’indigente grille des programmes

Rien de révolutionnaire, la série suit le quotidien d’une bande de lycéens face aux problématiques éternelles de l’adolescence : le sexe et l’amour, assaisonnés tout de même d‘obsessions modernes: identité, religion, cyber-harcèlement.

Et cela est plutôt réussi. Pourquoi ? Les auteurs ont convoqué une notion souvent portée disparue : la nuance. Chaque saison est centrée sur un personnage et permet d’aborder un thème. La saison qui tourne autour de l’homosexualité est particulièrement réussie parce que le héros, Lucas, n’a rien d’un militant LGBT. Lucas n’est sûr de rien, il se cherche, a même honte de son orientation, essaie les filles avant de tomber amoureux d’un garçon. Lucas est un personnage et pas une machine à slogans. On respire.

Nous n’échappons évidement pas au personnage de la jeune musulmane voilée. Bien sûr on s’est efforcé de la rendre sympathique, un étendard de l’islam cool avec un joli turban à la Mennel. Mais les pires écueils sont évités, l’islam n’est pas représenté comme le summum de la modernité, les auteurs se risquant même à faire dire au copain gay de la jeune Imane : «  Ce n’est pas moi qui n’aime pas l’islam, c’est l’islam qui ne m’aime pas ». Si Slash TV est sans aucun doute l’ORTF du progressisme, il serait dommage de passer à côté de cette série sensible et fine.

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