Après les propos prétendument lucides de Macron sur l’immigration, les contorsions du député Aurélien Taché, à l’aile gauche de LREM, ont de quoi faire sourire.


Surprise ! Trois mois après avoir affirmé le contraire, le député « marcheur » Aurélien Taché a insisté pour que l’on ouvre la discussion sur le thème de l’immigration, à la suite des propos du Président Macron qui a déclaré lundi dernier vouloir « regarder [cette question] en face ». Prise de conscience du parti au pouvoir ? Vaste hypocrisie ?

L’été porte conseil

12 juin 2019: Le député du Val d’Oise Aurélien Taché, venu de la gauche (parti socialiste), dénonce l’ampleur malvenue donnée par les responsables politiques au sujet de l’immigration, qui selon lui n’en est pas un, de sujet. Cela n’intéresserait pas les Français, la preuve ils n’en auraient pas parlé lors du Grand Débat ! Première hypocrisie: pour rappel, l’immigration faisait initialement partie des grands sujets proposés, avant qu’il ne disparaisse assez mystérieusement et sans explication particulière.

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16 Septembre 2019: Volte-face sur l’antenne de Francetv info. Monsieur Taché désire à présent faire toute la lumière sur le sujet, estimant que les « fantasmes polluent » dans ce domaine et que les progressistes – dont il se réclame – doivent « affirmer leurs idées » (idées que l’on connaît pourtant par cœur, dès lors que l’on allume la télévision, la radio, que l’on va au cinéma, ou que l’on met les pieds dans une université).

Que se passe-t-il? Le bateau En Marche semble de plus en plus naviguer à vue sur les questions migratoires.

Député dépité

Il est difficile d’imaginer que l’ancien socialiste ait vraiment souhaité adopter un tel discours; il est plus probable qu’il y ait été poussé par le discours du chef d’Etat. Saluons la performance ! Il a su rapidement s’adapter aux circonstances en évitant de contredire complètement sa propre ligne idéologique très immigrationniste. Mais nul doute aussi que notre député dépité n’aurait pas pu tenir tête face au CEO de la Start-Up Nation et au son nouveau cap annoncé.

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Mais ne se voile-t-on pas la face? Il ne s’agit dans tout ceci que d’une stratégie électoraliste grossière de la part du Président Macron pour tenter de rallier une partie de l’électorat à sa droite, en tentant notamment de s’adresser aux catégories populaires et non plus seulement à la seule droite bourgeoise de portefeuille. Si la manœuvre pourrait suffire à donner le coup de grâce à un parti LR à bout de souffle, il est moins certain que les électeurs proches des idées du RN et de Debout la France tombent dans le panneau, après la trahison de l’ex Président Sarkozy en 2007.

Malaise et doute parmi les marcheurs

En plus de se mettre à dos l’aile gauche de son parti (pour ce que cela peut valoir dans un parti Jupitero-centré), Emmanuel Macron prend un risque qu’il n’a possiblement pas prévu et qui pourrait rendre sa manœuvre contre-productive. Sans le vouloir, le locataire de l’Elysée vient peut-être de faire sauter la digue qui empêchait historiquement l’union des partis de droite autour d’un sujet aussi central. Coupant ainsi le cordon sanitaire imposé par la gauche depuis une quarantaine d’années aux successifs partis de droite, de Chirac à Wauquiez ?

A moins que cela soit l’honnête – quoi que peu probable – reconnaissance par le pouvoir des problématiques que posent concrètement les politiques migratoires de ces dernières années. Comme toujours, il est difficile de deviner les intentions du Président « Et en même temps » !

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