Des hôtels sans nom ni réceptionniste trônent tristement au milieu des fast-foods et des parkings d’hypermarchés. Cette absence de paysage est le lot de nos zones commerciales en périphérie des villes.


Un jour ou l’autre, cela devait lui arriver.

Il venait d’ouvrir les yeux dans une chambre d’hôtel réduite à sa plus simple expression. Vraiment très simple, pour le coup. S’il y avait bien un écran plat sur le mur d’en face, la chambre était en revanche dépourvue de salle de bain et de toilettes, n’offrant qu’un simple lavabo. Il était manifestement dans un de ces hôtels low cost désormais présents dans toutes les périphéries. Des hôtels sans réceptionniste où le seul interlocuteur est une machine. Idéal pour les familles nombreuses sur la route des vacances et les couples adultères… Beaucoup moins quand il est impossible de se rappeler son propre nom et de se souvenir d’où on vient et où on va.

Avait-il roulé trop longtemps ? S’était-il trompé de direction sur l’autoroute et, épuisé, avait-il pris en désespoir de cause la première sortie ? Avait-il fait dans la nuit une sorte de micro-AVC qui l’avait rendu amnésique ou se remettait-il d’une cuite, bien qu’il ne ressente aucun des symptômes classiques de la gueule de bois ?

On comprend ce qu’est un paysage quand le paysage n’existe plus

Il lui vint à l’esprit que lorsqu’on ne sait plus où on est, on ne sait plus qui on est. Ce n’était pas seulement parce qu’un examen rapide de sa veste lui avait fait comprendre qu’il avait perdu ses papiers et son smartphone, mais aussi et surtout parce que « le territoire est synonyme d’identité. On parle souvent des racines d’ailleurs, pour référer à un individu, et le situer ainsi au milieu d’une tradition. Dis-moi d’où tu viens je te dirai qui tu es, en quelque sorte (1). »

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Il fouilla à nouveau dans sa veste à la recherche du reçu, il le trouva, mais à part un numéro qui correspondait au code pour ouvrir la porte de la chambre et un message de bienvenue mal imprimé, aucun indice géographique ne pouvait l’aider. Il eut un bref regret en songeant aux vrais hôtels, ces deux étoiles près des gares ou dans de petites rues tortueuses. Ces hôtels qui avaient encore cette chose si précieuse : un nom. Proust avait bien raison : « Nom de pays : le nom. Nom de pays : le pays. » S’il n’y avait plus de nom, il n’y avait plus de pays.

Oh, c’était des noms banals, pourtant : hôtel de la Gare, hôtel Terminus, hôtel de l’Évêché, hôtel de la Préfecture, mais au moins, c’étaient des noms, des noms qui renvoyaient à des lieux et là où il y avait des lieux, il y avait forcément des gens, des gens qui vivaient d’une vie encore un peu humaine : « dans les villes et les villages tels qu’ils se présentaient sous l

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Février 2020 - Causeur #76

Article extrait du Magazine Causeur

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