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Face à la dictature de l’instant, la logique du «pas-de-vague» fait des ravages

Ne cédons plus rien aux justiciers du Net!

Face à la dictature de l’instant, la logique du «pas-de-vague» fait des ravages
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Le meilleur moyen de faire taire les Social Justice Warrior comme Caroline de Haas, c’est de les ignorer et de les laisser dans leur bêtise militante. Les cabales sur Twitter sont des tempêtes dans un verre d’eau, si on les ignore. Analyse.


La culture du « pas-de-vague » est l’une des grandes menaces qui plane sur nous, car elle détruit les capacités de défense de la société.

Caroline de Haas ne vit pas dans le monde réel

Ainsi, il y a quelques jours, la Police Nationale publiait sur son compte Twitter un message tout à fait nécessaire et pertinent. Ce message indiquait qu’envoyer une photo de soi nu « c’est accepter le risque de que cette photo soit partagée » (c’est-à-dire rendue publique). En effet, la police ne compte plus les fois où des femmes (parfois des lycéennes et collégiennes) qui avaient envoyé des photos d’elles dénudées à leur petit ami voient ensuite ces photos partagées publiquement, contre leur gré bien sûr, par le même petit ami qui souhaite se venger d’une rupture survenue dans l’intervalle. Et du point de vue strictement logique, le meilleur moyen matériel de ne pas voir une photo de soi nu partagée sans son consentement est de ne pas en prendre.

En cédant, on prépare le terrain pour de nouvelles revendications qui iront toujours plus loin

Pourtant, la police a retiré son tweet. Pourquoi ? Parce qu’une poignée de militants d’extrême-gauche ont accusé ce tweet de sexisme.

Ainsi, la militante Caroline de Haas (qui a pourtant elle-même fermé les yeux sur les faits de viols et d’agressions sexuelles survenus au sein de l’UNEF alors qu’elle était secrétaire générale du syndicat étudiant) s’est fendue d’un tweet dans lequel elle se permet d’interpeller la police, sur un ton très agressif, avec tutoiement et verbe à l’impératif : « Supprime. La culpabilisation des victimes, c’est non. » Cette position est complètement absurde. Il ne s’agissait en aucun cas de faire culpabiliser les victimes ou d’amoindrir la responsabilité des auteurs, mais bien au contraire de donner à chacun tous les rappels nécessaires et toutes les clés de prévention afin que le forfait ne puisse pas être commis et que personne ne soit victime. Un simple conseil de prudence et de bon sens. D’ailleurs, la police a également publié un tweet qui indiquait comment ranger ses affaires pour éviter de faciliter le travail des pickpockets. Personne n’a eu l’idée saugrenue de dire que ce message culpabilisait les gens à qui on dérobait leur portable ou leur portefeuille dans le métro. De même, si je dis aux gens de s’équiper d’un système d’alarme, je ne cherche pas à culpabiliser les victimes de cambriolage. Les seules choses qui devraient nous intéresser sont le réalisme et l’efficacité afin de répondre à la question : comment mieux protéger concrètement les femmes ? Et non pas les arguties idéologico-moralisatrices de militants qui en fait se moquent bien de la sécurité des femmes.

L’affaire d’ Alisha à Argenteuil confirme la justesse de la mise en garde de l’institution policière

Mais l’actualité n’est pas tendre avec madame de Haas et ses amis puisque quelques jours à peine après cette polémique, on apprend que la jeune Alisha Khalid, collégienne de 14 ans, a été tuée par son ex-petit ami…et que ce meurtre effroyable était le point culminant d’une campagne de harcèlement qui avait commencé par la diffusion de photos d’Alisha en sous-vêtements.

Marche blanche pour Alisha à Argenteuil le 14 mars 2021. L'adolescence a été retrouvée morte noyée le lundi 8 mars 2021 au quai Saint-Denis. Les deux adolescents impliqués dans sa mort encourent 20 ans de prison. © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 01009212_000012
Marche blanche pour Alisha à Argenteuil le 14 mars 2021. L’adolescence a été retrouvée morte noyée le lundi 8 mars 2021 au quai Saint-Denis. Les deux adolescents impliqués dans sa mort encourent 20 ans de prison. © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 01009212_000012

Quelques centaines de tweets de protestation n’ont aucune signification dans un pays de 67 millions d’habitants

La police n’a eu qu’un tort : retirer son excellent tweet. Par peur d’être perçue comme sexiste et par refus d’une mauvaise publicité, elle a cédé à la pression d’une poignée de cyber-militants qui, en plus d’avoir tort sur le fond, ne représentent qu’eux-mêmes (c’est-à-dire rien) et ne disposent d’aucun moyen de pression réel. Que serait-il arrivé si la police n’avait pas retiré son tweet ? Rien ! Impuissants, les activistes auraient enragé seuls dans leur coin et on serait passé à quelque chose d’autre au bout de quelques jours. Quelques centaines de tweets de protestation n’ont aucune signification dans un pays de 67 millions d’habitants. Mais en cédant, la police a envoyé un message de faiblesse qui va donner confiance aux activistes radicaux de tous bords. Espérons que suite au meurtre tragique d’Alisha, la police remette son tweet en ligne tel quel et entame une grande campagne de diffusion sur les réseaux sociaux, les canaux de TV et de radio et dans les établissements scolaires. Afin d’éviter des drames.

Autre affaire, même logique. La poétesse étatsunienne Amanda Gorman a acquis une notoriété internationale en déclamant l’un de ses poèmes lors de l’investiture de Joe Biden. Ses textes vont être traduits dans de nombreuses langues. Or, une polémique est survenue aux Pays-Bas. Sur les réseaux sociaux, certains ont reproché à l’éditeur néerlandais de faire traduire les textes d’Amanda Gorman (qui est afro-américaine) par une traductrice blanche. Pour eux, seul un Noir pouvait comprendre et traduire les œuvres de Gorman. Il s’agissait là encore d’une tempête dans un verre d’eau, déclenchée par une poignée de gens qui ne représentent qu’eux-mêmes. Pourtant la traductrice initialement désignée et sa maison d’édition ont choisi de jeter l’éponge. De même, le traducteur d’Amanda Gorman en Catalan vient d’être renvoyé car on souhaiterait le remplacer par un autre profil : si possible une femme noire militante. Que serait-il arrivé si on avait résisté à la polémique ? Rien ! Les chiffres de vente auraient été les mêmes. Aucun procès n’aurait pu être intenté, car il n’y a rien d’illégal à ce qu’un Blanc traduise un Noir (et réciproquement). Le ciel ne serait pas tombé sur la tête des éditeurs, le sol ne se serait pas ouvert sous leurs pieds  et au bout de quelques semaines, là encore, on serait passé à autre chose. La polémique aurait fait « pschitt » comme dirait Jacques Chirac. Mais en cédant, on prépare le terrain pour de nouvelles revendications qui iront toujours plus loin et seront toujours plus absurdes, plus dangereuses, plus extrémistes.

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L’obsession racialiste devient préoccupante

Les éditeurs préfèrent céder plutôt que de remettre l’église au-milieu du village : vouloir qu’un Noir soit traduit par un Noir est raciste et discriminant. C’est le fruit d’une obsession racialiste importée des États-Unis. Il faut faire abstraction de la couleur de peau et ne prendre en compte que le talent et le mérite. En effet, la seule chose qui importe est le résultat. Chacun peut donc traduire qui il veut. Et rien ne garantit qu’un Noir comprenne forcément bien un autre Noir (et c’est même raciste que de le penser). Parfois la distance personnelle, l’extériorité et la différence apportent au contraire une meilleure compréhension, permettant davantage de recul et évitant de plaquer sa propre situation personnelle sur celle de l’autre.

Comme le souligne le traducteur André Markowicz, « Le fait est qu’Amanda Gorman n’est pas simplement noire : elle est aussi fille de mère célibataire, elle a eu des problèmes d’élocution qui ont fait croire à un retard mental. Peut-être faudrait-il en plus, que sa traductrice soit noire et fille de mère célibataire et ait eu des problèmes d’élocution ?… Ou le fait d’être noire suffit-il à comprendre une enfant noire qui a été dyslexique ? Et pourquoi une blanche, dyslexique ou non dans son enfance, fille ou non d’une mère célibataire, ne pourrait-elle pas le sentir ? Et que se passera-t-il si Amanda Gorman est traduite, en chinois, ou en japonais, ou en russe ? Il faudrait quoi, chercher une chinoise noire qui aurait été dyslexique dans son enfance ?…Cette idéologie de l’atomisation de l’humanité selon la couleur de la peau, qui veut qu’un, qu’une, noir, noire, ne puisse être compris que par un, une, noir, noire est le contraire absolu de la traduction, qui est, d’abord et avant tout, le partage et l’empathie pour l’autre, pour ce qui n’est pas soi : ce que j’appelle la “reconnaissance”. »

De même, Alain Mabanckou, auteur africain, congolais et noir, s’est alarmé d’une telle situation : «C’est une forme de racisme. Si vous connaissez l’histoire littéraire, si on s’en rappelle, certaines de grandes œuvres de la littérature africaine ont été traduites par des blancs. Raymond Queneau a traduit L’ivrogne dans la brousse d’Amos Tutola. André Breton a préfacé Le Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire. (…) La littérature grandit parce qu’elle traverse les frontières. La littérature ne devrait pas être tributaire d’une certaine couleur. Cette polémique, au lieu de grandir l’œuvre de celle qui pourrait devenir une grande poète de notre époque, est plutôt en train de chercher à l’enfermer dans cet instinct grégaire qui est le contraire de la littérature. C’est cela le désastre auquel nous assistons.» Mais malgré tous ces rappels salutaires, les éditeurs préfèrent céder.

La vraie majorité est silencieuse

Dans toutes ces affaires, on retrouve la même logique : celle de la capitulation et du « pas-de-vague ». L’objectivité, le bon sens, le rappel des faits, la défense de ses valeurs et de l’intérêt général, l’évidence même semblent peser bien peu face à la peur de la polémique. On recule pour ne pas avoir à résister. On est prêt à tout pour ne pas être traité de raciste, d’homophobe ou de sexiste, même si l’accusation est complètement calomnieuse et infondée.

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Le mépris de la réalité factuelle et objective peut aller très loin. Par exemple, en 2016, une grande chaîne de TV avait limogé Stéphane Édouard, un sociologue et consultant en relations humaines. Stéphane Edouard était accusé d’avoir dit « qu’il fallait dresser sa femme comme un cheval » et une pétition en ligne exigeant sa démission circulait. Or, il suffisait de regarder la vidéo où étaient tenus les propos incriminés pour se rendre compte que le sociologue ne faisait que citer des propos, propos qui n’étaient donc pas les siens et qu’il critiquait et condamnait avec la plus grande fermeté et la plus grande clarté. Pourtant la chaîne préféra se séparer du consultant.

D’une part, on commet l’erreur de penser qu’un activisme groupusculaire et hyper-minoritaire est en fait majoritaire (alors que la vraie majorité est silencieuse). Internet, les réseaux sociaux, la dictature de l’instant, fonctionnent comme une loupe grossissante en faveur des minorités agissantes, leur donnant un retentissement sans commune mesure avec leur puissance et leur influence réelles. Les activistes l’ont parfaitement compris et utilisent des méthodes de propagande et d’intimidation qui dissimulent leur faible poids. La veulerie et la lâcheté des élites fait le reste. D’autre part, on croit que le « bad buzz », l’impopularité et la polémique représentent le mal absolu alors que si on les affronte avec fermeté et refuse d’y céder, ils n’ont aucune conséquence à moyen terme. Lorsqu’on est en position de pouvoir, on doit garder ses nerfs, accepter d’être attaqué et d’affronter une impopularité passagère.

Le principal problème est donc notre esprit munichois. Aujourd’hui, nous vivons une succession de micro-Munich permanents. A force de mettre la poussière sous le tapis, à force de s’enfermer dans la culture du « pas-de-vague », on laisse l’adversaire progresser. Jusqu’à finalement être submergé par un Ttunami ?

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