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Où sont les femmmmmes…?

"Orgueil et Préjugés", les petites-filles et la lutte des places

Où sont les femmmmmes…?
Élisabeth Borne aux Mureaux, 19 mai 2022 © STEPHANE LEMOUTON-POOL/SIPA

Du fait de notre obsession pour la parité, la composition du gouvernement est très complexe. Elle sera finalement annoncée cet après-midi. Le Premier ministre, Elisabeth Borne, qui s’est rendu hier dans une ville de banlieue islamisée, ira au bout de ses rêves…


Jean Castex, goguenard, a transmis son bâton de berger de Matignon. Elisabeth Borne était un peu crispée le 16 mai. La Renaissance, Ensemble, ce n’est pas de la tarte. Nous habitons l’abîme… « Face au défi climatique et écologique, il faut agir plus vite et plus fort… Nous pourrons le faire en associant encore davantage les forces vives de nos territoires, parce que c’est bien au plus près des Français qu’on trouvera les bonnes réponses ».

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La vitesse, les forces vives, les territoires, ne mentent pas… et le faux devient sans réplique. Ça commence mal. Un programme, une méthode, une exceptionnelle enfilade d’éléments de langage vasouillards, incantations de Shadocks, dialectique de Dupond ensablés dans les paralogismes, une manière de synthèse Macro-Hollandaise, trois quinquennats. On ne nait pas Première ministre, on le devient. Elisabeth Goldwoman renverse la table de la cuisine et exhorte les petites-filles à aller « au bout de leurs rêves ». Elle ne va pas au bout de ses phrases. Madame de Maintenon se vantait de ne pas mettre de bornes à ses désirs. « Mon père, retenez les femmes qui s’emportent ; Et de grâce empêchez surtout qu’elles ne sortent ; Leur amour importun viendrait, avec éclat ; Par des cris et des pleurs, troubler notre combat » (Corneille).

L’anacoluthe continue

« Rien ne doit faire cesser le combat pour la place des femmes dans notre société ». Quid du combat des femmes de société, des sociétés de femmes de combat…? 31 ans après Édith Cresson, nous attendions un hommage et beaucoup mieux. Babette peut-elle inspirer les fillettes ? L’ellipse peut être grammaticale, temporelle, poétique. Un principe d’économie se conçoit chez une manageuse techno. Le style autoritaire, télégraphique, publicitaire, est légitime chez une politique. Le hic, c’est la brièveté qui masque un manque, l’insuffisance, cause et conséquence du style obscur, une manière de zeugma hollandeux, verbigération macronienne. Démosthène préfère les paroles qui sauvent aux paroles qui plaisent. Elisabeth Borne cherche ses marques. Saura-t-elle traverser le plafond de verbe ? « C’est compliqué les femmes, c’est mystérieux les jeunes » (Carné, Prévert).

« La place des femmes », c’est vague, c’est où ? La guerre de positions c’est long. La Première ministre manquerait-elle d’ambition ? A-t-elle des problèmes de vertige, géographie, math, topologie, adjacence, inclusion ? The sky’s the limit… Héra épouse – et en même temps – sœur de Zeus, Athéna, Artémis, Aphrodite, Déméter, sont tout en haut, dans l’Olympe, sous le soleil exactement. Les premières de cordée ont plus d’un tour, une épectase, béatitude dans leur sac. George Sand vend une mèche : « La faiblesse se fait respecter plus souvent que l’énergie. L’énergie morale est une chose qui ne se voit pas et qui se brise en silence. Tuer une âme, cela ne laisse pas de traces. C’est pour cela que les forts sont toujours maltraités et que les faibles surnagent toujours ». À quoi rêve la Première ministre ?

C’est un peu flou, Madame !

Sur le combat pour la place d’Elisabeth Borne et des femmes dans notre société, en variant le ton, on pouvait dire, Oh ! Dieu bien des choses… par exemple :

– Agressif :  Moi, Mesdames, à Matignon, il faudrait sur-le-champ que je m’y transportasse ! 

– Descriptif :  Matignon C’est un roc ! … C’est un pic ! … C’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap, c’est un préambule ! 

– Admiratif : Pour une polytechnicienne, quelle enseigne ! 

– Naïf : Ce monument, quand le visite-t-on ? 

– Respectueux : Souffrez, Madame, qu’on vous salue ; C’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue !

– Lyrique : Est-ce une conque, suis-je une Cresson ? 

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– Gracieux : Aimez-vous à ce point les écolos ; Que maternellement vous vous préoccupâtes ; De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? 

– Tendre : Faites-moi faire un petit parasol ; De peur que ma couleur au soleil ne se fane !

– Cavalier : Quoi Meuf, ce job est à la mode ? Pour prendre son pied, c’est vraiment très commode ! 

– Emphatique : Aucun vent ne peut, palais magistral ; T’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! 

– Progressiste : C’est la mère rouge, quand je me saigne ! 

Voilà ce qu’à peu près, avec un peu de verve et d’esprit, la plume du cabinet de la Première ministre aurait pu dire. Le gouvernail ne peut agir que si le bateau est encore en mouvement… Laissons sa chance au produit. 

Les héroïnes, Esther, Ariane, Phèdre, Bérénice, Jeanne d’arc, Cordelia, Olympe de Gouges, Madame de Mortsauf, Oriane de Guermantes, Fermina Márquez, Pauline de Théus, Jill McBain, Pandora Groovesnore, sans oublier Elizabeth Bennet, vont tout au bout de leurs rêves, inspirent les petites-filles, enchantent les vieux garçons. Comme la salamandre des Valois-Angoulême, elles nourrissent le bon feu et éteignent le mauvais. Orgueil et préjugés, un vaste programme pour Elisabeth Borne.

« -Nous voulons de la place au soleil  

– C’est normal mon garçon ; alors fais du soleil au lieu de chercher à faire de la place » 

(Giono, Le bonheur fou).


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