Le syndicaliste policier Michel Thooris, ancien soutien de Philippe de Villiers et de Marine Le Pen, combat pour la sécurité et la défense de ses collègues. Dans cet entretien, tout le monde y passe : les autres syndicats policiers, les violences dans les cités, les lois et les magistrats, les gilets jaunes et le maintien de l’ordre. Entretien avec un flic très remonté.


Causeur. Pourquoi avoir créé votre syndicat policier France Police ?

Michel Thooris. Le syndicat est issu du mouvement d’octobre 2016 « Policiers en colère », cela faisait suite à une attaque contre des collègues policiers à Viry-Châtillon. Ce qui a motivé la création du syndicat ce sont les revendications du mouvement de 2016, le souhait de réformer les règles concernant la légitime défense et d’obtenir plus d’équipements dans la police. Pour obtenir des résultats, il fallait s’institutionnaliser car le mouvement dans la rue ne pouvait plus durer. Alors pour inscrire le dialogue dans le temps il fallait créer un syndicat et légaliser le dialogue dans le cadre du paritarisme.

Michel Thooris, secrétaire général de France Police Policiers en colère
Michel Thooris, secrétaire général de France Police Policiers en colère

France Police est aujourd’hui la cinquième force syndicale dans la Police, qu’est-ce qui vous différencie des autres syndicats ?

Les autres syndicats et spécifiquement les trois dominants, Unité SGP Police FO, l’UNSA-Police et Alliance Police Nationale, sont depuis longtemps dans le camp du gouvernement. Depuis des décennies ils permettent de faire passer des réformes mortifères. France Police est indépendant du pouvoir politique.

Appelez-vous à des actions symboliques contre la réforme des retraites comme l’UNSA et Alliance ?

Bien sûr. Il ne doit pas y avoir de divisions partisanes. Les raisons de notre colère sont nombreuses, la réforme des retraites qui arrive, le gel du point d’indice, les problèmes de hiérarchie et de management. Je vous annonce le début d’un grand mouvement dans la police.

Approuvez-vous les déclarations du syndicat Alliance selon lequel le maintien de l’ordre est un devoir républicain pour les policiers ?

C’est un devoir républicain mais c’est aussi avant tout une obligation statutaire pour le policier. Nous n’avons pas le droit de grève. Nous ne pouvons donc pas déposer les casques et les boucliers. Même si en tant que syndicalistes nous combattons la politique d’Edouard Philippe, nous ne pouvons pas laisser des casseurs tout saccager.

« Ce n’est pas qu’une question de moyens (…)  Aujourd’hui, quand vous êtes flic et que vous sortez votre arme sans risques de sanctions, c’est que vous êtes confronté à un terroriste »

Que réclamez-vous ? Plus de moyens ?

Tout n’est pas qu’une question d’argent, de moyens. On ne veut pas que de l’argent, on veut aussi des réformes sociétales. L’ordonnance de février 1945 relative à l’enfance délinquante par exemple bénéficie aujourd’hui aux trafiquants. On arrête des mineurs, mais ils ne risquent presque rien judiciairement. Le problème est global, on ne va pas dans le bon sens : on a des gangs de mineurs, mais le parlement préfère légiférer sur la fessée pour faire plaisir à Madame Macron. Nos politiques sont en déphasage total sur la question des mineurs, mais pas que sur cette question malheureusement. Les règles sur la légitime défense sont toutes aussi déconnectées des intérêts des policiers, le texte est trop vague. Il est sujet à toutes les interprétations jurisprudentielles et certains magistrats font rarement une interprétation allant dans le sens des forces de l’ordre. Il faut réformer les textes concernant la légitime défense pour que les policiers puissent plus facilement utiliser leurs armes de service lorsque leur vie est menacée. Aujourd’hui quand vous êtes flic et que vous sortez votre arme sans risques de sanctions, c’est que vous êtes confronté à un terroriste.

Justement, un CRS est actuellement sanctionné pour un jet de pavé sur des manifestants, qu’en pensez-vous ?

C’est toujours un policier isolé qui est jugé pour une erreur présumée, jamais on ne dit que le préfet ou l’exécutif ont mal géré la situation ou donné des ordres amenant à la prétendue bavure. Et puis puisque l’on parle de bavures, parlons de l’usage de la force pendant les manifestations. Les collègues sur le terrain reçoivent l’ordre de tirer au LBD40 pour disperser la foule. Une jurisprudence s’impose pour l’usage du LBD40, un vide juridique existe et si des manifestants sont mutilés, l’erreur est imputée au policier. Si un manifestant perd un œil suite à un tir de LBD, le policier va se retrouver seul face à la justice, et le gouvernement qui a demandé l’usage de cette arme ne sera pas inquiété. Les fonctionnaires qui entrent dans la police ne le font pas pour se faire insulter et faire perdre des yeux à des manifestants.

 

« Aujourd’hui on est confrontés à une justice spectacle »

On a vu de nombreux actes de violences lors des dernières manifestations de gilets jaunes et celles contre la réforme des retraites, comment voyez-vous ces violences ?

Ce sont les blacks blocs. S’ils sont là, c’est parce qu’ils ne sont rarement interpellés ou condamnés. Ils font le jeu des gouvernants. Si les prochaines manifestations sont massives, il pourrait y avoir encore des violences, mais sans grands risques pour la sécurité des Français. Le vrai problème pour la sécurité des Français et des policiers ce sont les quartiers, pas les manifestants Il y a une guerre latente permanente entre nous et les jeunes des quartiers, on parle de 600 cités interdites. Quand on y pénètre, on se retrouve en zone de guerre au même titre que les militaires engagés au Sahel. Les violences contre la police pourraient être bien plus nombreuses, mais il n’y a pas tant de confrontations. Tout simplement parce que la police nationale ne rentre plus dans certaines cités. Il y a des territoires abandonnés.

Dans les banlieues, on a assisté à une multiplication des violences. Certains ont la sensation d’un embrasement. Qu’en pensez-vous ?

Vous faites certainement référence à l’incendie du cirque de Chanteloup-lès-Vignes ou à l’attaque d’une école à Béziers. Ce sont des messages envoyés à l’Etat. Attaquer des bâtiments publics c’est une façon pour les gangs de réaffirmer leur emprise sur un territoire. Mais il n’y a pas d’embrasement.

Comment se passe le quotidien des policiers dans ces quartiers revendiqués par les gangs ?

Dans les banlieues, les actes de rébellion contre la police sont légion : refus d’obtempérer, agressions, tirs de mortiers, guet-apens.  Je regrette qu’il n’y ait pas une peine plancher quand on agresse un policier. Dans les faits, s’il y a une médiatisation, alors il y aura condamnation, mais sinon ce sera une sanction ridicule. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une justice spectacle que l’on sert dans les médias où les délinquants sont condamnés, alors qu’au quotidien les délinquants ne craignent pas la Justice. Il faut sortir de cette justice à deux vitesses, efficace et sévère dans les affaires médiatisées et molle voire laxiste au quotidien. Pour améliorer la situation de la police et des populations dans certains quartiers, c’est la seule solution.

Le jugement des individus ayant agressé les policiers dans une laverie pendant une manifestation de gilets jaunes le 16 novembre dernier est-il assez sévère ?

Un an ferme avec mandat de dépôt pour eux. Je vous laisse juge. Dans le même temps, je connais des collègues qui sont régulièrement victimes de fuyards qui utilisent leurs véhicule comme une arme par destination pour blesser ou tuer des policiers. Ces affaires-là, non médiatisées, finissent avec des peines prononcées qui ne sont jamais exécutées.

Et les condamnations récentes prononcées dans l’affaire des policiers brûlés à Viry-Châtillon en 2016, qu’en pensez-vous ? Sont-elles suffisantes ?

Etant donné la gravité des faits, dès lors qu’un prévenu a été reconnu coupable d’avoir participé à l’immolation de nos collègues, le verdict énoncé aurait dû être une peine de réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de trente ans, la perpétuité réelle n’étant pas inscrite dans le code pénal. Mais comme les agresseurs sont des jeunes, la justice fait preuve de clémence. En attendant, les collègues subiront les conséquences de cette agression toutes leurs vies et garderont des stigmates physiques sur la peau.

Votre motivation est-elle intacte ?

Oui, malgré les problèmes et le sentiment de ne pas être écouté, je me battrai toujours pour améliorer la sécurité des français et le quotidien de mes collègues.

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