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«Mais, cette machine dans ma tête…»

Le vélo cargo, nouveau fléau des piétons et des voitures...

«Mais, cette machine dans ma tête…»
Vélo cargo de la marque Stuart. Capture d'écran Youtube KRiole

La livraison à domicile est une des composantes incontestables du monde d’après. En attendant les drones, l’anarchie règne sur le plancher (urbain) des vaches…


Comme il y a peu pour les trottinettes électriques, l’usage précède la réglementation pour de nouveaux modes de livraison en ville. En conséquence, le vendredi – et les autres jours – tout est permis.

Pour livrer « at home » :

– les menus avec ou sans gluten,

– les plats zéro déchet, 

– les courses végan,

– les trucs sans OGM,

– les produits locaux de proximité,

– les habits écologiques et/ou de seconde main,

– les produits culturels de première ou de dernière nécessité,

– tous les machins commandés sur Amazon ou AliExpress,

– le matériel pour permaculturer son balcon,

– les gros livres pour apprendre à consommer moins, être responsable et se développer personnellement,

– les étagères en matériaux recyclés pour accueillir cette belle littérature …

Pour que tout ce bazar débarque vertueusement chez vous à la vitesse de l’éclair, un nouveau véhicule vient de débarquer à Paris et bientôt en province si ce n’est déjà fait : le vélo cargo. Lointain descendant – en beaucoup moins poétique – du triporteur de Darry Cowl et – en beaucoup moins nostalgique – du marchand de glaces de notre enfance.

Et la sécurité routière dans tout ça?

Subtile association de la carpe et du lapin, cet engin revisité destiné à la livraison rapide, très rapide de beaucoup, de vraiment beaucoup de paquets (entre 170 et 200 kg de charge utile, pilote inclus), se faufile, ondoie, glisse, frôle, évite (plus ou moins) et bien sûr fonce. Pas regardants, les chauffeurs empruntent, en fonction des circonstances et de leur humeur, les pistes cyclables, les voies de bus, la peau de chagrin de l’espace roulant réservé aux voitures et bien entendu les trottoirs. Et se garent au feeling, c’est-à-dire là où ils peuvent et surtout là où ce n’est pas prévu.

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À titre personnel, le jour de la fête des mères, j’ai bien failli terminer sur un reposoir d’au moins 30 paquets de fleurs fraîches, joliment empaquetées, véhiculées par un de ces mastodontes dernier cri. Fin poétique et parfumée qui aurait eu de l’allure, mais quand même ! Ces coolies 2.0 font ce qu’on attend d’eux, c’est-à-dire qu’ils vont vite, vite, vite, chargés, chargés, chargés. Globalement, des vieux, des déambulateurs, des fauteuils roulants, des poussettes, des aveugles, des estropiés, des fatigués, mais aussi des voitures, des motos, des bus, des vélos, ces nouveaux forçats de la route n’en ont pas grand-chose à faire. Ils travaillent.

Ces engins transportent parfois des enfants!

De nombreux modèles de ces fringants destriers sont désormais disponibles sur le marché. Le plus grand du catalogue : 2,71 m de long et 0,75m de large. Pour mémoire une Smart, c’est 2,695 m de long et 1,663 m de large. Pour la plupart, ils fonctionnent à l’huile de mollet, mais des spécimens électriques pointent leur guidon : 25 à 30 km à l’heure, chargés… L’usage se diversifie et se répand comme une traînée de poudre. Ainsi, des plombiers écolos à Nantes et à Paris ont adopté le concept. Les teinturiers s’y mettent : après le « click and collect », le « pick up and delivery ».

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Cerise sur le gâteau, le transport d’enfants par de tels Pégase commence à être joliment tendance : « modèle 2, 3, 4 enfants », « test gratuit en boutique » et « jusqu’à 600 € d’aide ».

Je n’ai décelé aucune proposition de telles carrioles pour sortir aérer écologiquement les pensionnaires des EHPAD. Je ne pense pas que cela arrive. En attendant, prenez soin de vous et surtout prenez garde à ces montures plus dangereuses individuellement que Antarès, Aldébaran, Altaïr et Rigel réunis !


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