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Assemblée nationale: le dernier “Acte” des gilets jaunes?

La fin de Jupiter et de la verticalité semblent "actés"

Assemblée nationale: le dernier “Acte” des gilets jaunes?
Des gilets jaunes s'en prennent à l'Assemblée nationale à Paris, lors de l'Acte 13 des gilets jaunes, le 9 février 2019 © Olivier Coret/SIPA

En votant massivement pour la Nupes et le RN, trois ans après la crise des gilets jaunes, les citoyens français se sont aussi opposés au mondialisme d’Emmanuel Macron.


Il est certainement trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur les résultats des élections législatives, toutefois une chose crève les yeux : c’est le non qui l’a emporté. Non à une élite qui dirige le pays en autiste, sans le peuple, contre le peuple s’il le faut. Non à un scénario écrit à l’avance dans des rédactions qui ont abandonné toute éthique journalistique pour se muer en courroies de transmission du pouvoir politique et économique. Et bien sûr, non à Emmanuel Macron et à ce qu’il symbolise d’arrogance technocratique et de mépris oligarchique.

Il est bien entendu que dire non ne constitue pas un programme politique, mais, quand même, cela fait un bien fou de constater qu’une majorité de citoyens ont signifié par leur vote de dimanche qu’ils refusaient que le pouvoir continue d’être exercé comme il l’a été pendant les cinq dernières années. Cette opposition frontale, primaire, brutale, butée peut-être, a quelque chose d’existentiel : en votant contre, en disant non, aucun programme positif ne se dégage, mais un instinct de survie s’exprime, que nos dirigeants auraient bien tort de ne pas comprendre et entendre.

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Un instinct de survie qui a beaucoup à voir avec celui exprimé, sur un autre mode, par les gilets jaunes il y a bientôt quatre ans: un cri de détresse, une révolte contre un pouvoir ou une loi jugés injustes, un cabrement face à ce qui est perçu comme une attaque contre la dignité personnelle, des valeurs communes et un cadre de vie auquel on tient.

Retraites et services publics: Nupes et RN d’accord?

Pas plus que pour les gilets jaunes, cette révolte et cette résistance ne constituent un programme politique cohérent suscitant une adhésion majoritaire, et à l’évidence, ce sera vite une faiblesse de la nouvelle Assemblée nationale. Il n’y avait pas plus de points communs entre Jacline Mouraud et Jérôme Rodrigues hier, qu’entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen aujourd’hui. Toutefois, il serait hasardeux de déduire du manque de cohérence et d’unité de l’opposition au pouvoir libéral de Macron qu’il n’en sortira rien, et que notre grand Jupiter pourra à nouveau s’en tirer en faisant une tournée des popotes en mode stand-up. En effet, la contestation n’est plus dans la rue cette fois, elle vient d’emménager au Palais Bourbon et cela change beaucoup de choses.

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Parmi tous les sujets que le pouvoir voulait aborder selon une orthodoxie validée par l’Union Européenne, il en est deux qui risquent de rassembler une opposition déterminée et transpartisane : la réforme des retraites et les services publics, au premier rang desquels l’hôpital. Et de ce point de vue, quand Les Républicains annoncent qu’ils seront sans ambiguïté dans l’opposition au gouvernement mais qu’ils voteront les textes qui leur paraissent bénéfiques au pays, ils devraient bien réfléchir au message que les électeurs viennent d’envoyer à travers ce scrutin qui les placent derrière le Rassemblement national : sauf mauvaise lecture des résultats de ma part, les Français viennent de signifier clairement qu’ils ne voulaient pas de la retraite à 65 ans pour tous et qu’ils voulaient le maintien des services publics partout où c’est possible. On conseillera donc à LR de revoir sa copie sur ces sujets, et de peut-être quitter sa posture rigide d’orthodoxie budgétaire (étiquetée « sens des responsabilités » ou « droite de gouvernement ») pour endosser à nouveau les habits d’un gaullisme social disparu depuis la mort de Philippe Séguin.

Car, malgré les divergences idéologiques abyssales qui opposent LFI et RN, la question sociale et la préservation de l’État-providence sont à l’évidence le socle commun et le ciment collectif qui ont poussé les électeurs à se déplacer dans l’isoloir pour défendre leur bifteck et déjouer les pronostics des instituts de sondage. Le peuple – celui qui recoupe les définitions antagonistes que peuvent avoir de lui Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon – sait qu’il est le cocu de l’élite mondialisée depuis plus de vingt ans, il l’a fait savoir en 2005 lors du référendum, il l’a clamé à nouveau dimanche.

Un choc démocratique qui n’apporte pas que la zizanie

Nos dirigeants peuvent bien sûr se comporter comme Sarkozy en 2008 et outrepasser le vote populaire comme il l’a fait en ratifiant le traité de Lisbonne, mais ils peuvent aussi revoir leur copie afin d’éviter la consommation totale du divorce entre le peuple et le pouvoir politique. Il est ainsi tout à fait envisageable de réformer les retraites sans toucher à l’âge légal pour ne pas pénaliser ceux qui commencent à travailler tôt et ont souvent des salaires ou des revenus inférieurs à la moyenne ; pour les autres, le nombre de trimestres nécessaires pour obtenir une pension entière fait déjà que l’âge de départ à la retraite est supérieur à l’âge légal.

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Aura-t-on le même flou cacophonique à la nouvelle Assemblée que dans les cortèges de gilets jaunes, empêchant toute décision d’être prise et tout projet de société rassembleur d’émerger ? C’est possible, et c’est même probable. Un test intéressant sera l’entente ou non de la Nupes et du RN sur une proposition de loi visant à réintégrer les soignants suspendus pour cause de non-vaccination et à abroger l’obligation vaccinale faite au personnel soignant. C’était une promesse faite par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon avant les élections présidentielles…

Quoi qu’il advienne de cette nouvelle Assemblée, dont on ne peut totalement exclure qu’elle soit dissoute dans les prochains mois, on peut au moins se réjouir d’une chose : sa composition sociologique reflète mieux celle du pays, et si les CSP+ de la bourgeoisie libérale sont toujours surreprésentées, elles vont devoir apprendre à parler avec des gens qui leur ressemblent moins, comme des femmes de ménage à l’instar de Rachel Keke (LFI) et Lisette Pollet (RN), ou un épicier nommé Daniel Grenon (RN), et même un artiste peintre tel que Jérémie Iordanoff (EELV)!


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