Jeremy Stubbs, la plume britannique de Causeur, était de passage chez nos amis de REACnROLL. Il n’a pas caché sa satisfaction, alors que le Brexit vient de s’enclencher, et a également confié les questionnements que peuvent avoir actuellement les conservateurs britanniques, et répondu aux craintes françaises de voir advenir un Singapour sur Tamise…


Rencontre avec le président de la branche française du Parti conservateur britannique, actuellement au pouvoir au Royaume-Uni, Jeremy Stubbs. Il est interrogé par le journaliste Jean-Baptiste Roques sur le plateau de télévision de REACnROLL. Le Britannique revient sur les perspectives offertes par le Brexit à son peuple et sur les récents succès électoraux de son parti. Causeur vous propose de lire un petit extrait de cet échange privilégié. Retrouvez plus de 30 minutes d’informations intéressantes sur ces questions en vous abonnant (5€ par mois).

Verbatim

Jean-Baptiste Roques (REACnROLL). Côté français, ce que nous avons observé, c’est que la souveraineté du peuple britannique a finalement été respectée. Les contre-pouvoirs ont été respectés. Quand la cour suprême a été saisie, elle s’est comportée comme elle se doit de le faire dans un État de droit. Les perdants (les « remainers ») se comportent en fin de compte de manière assez fair-play, même s’il y a eu des moments de grande tension. On a même vu Tony Blair donner dans Libération des conseils aux gagnants que vous êtes. En revanche, nous observons que ce qui a changé, de notre point de vue, c’est ce fameux parti conservateur, votre parti ! Il a l’air beaucoup plus interventionniste sur le plan économique que par le passé. Il s’intéresse beaucoup plus aux régions délaissées au nord de l’Angleterre (dont on dit ici que par Margaret Thatcher ne s’y intéressait pas tellement). Qu’est-ce qui s’est passé ? Le logiciel politique est-il différent ?

Jeremy Stubbs. (éclats de rire) Non! Je suis désolé de contredire ces observations aussi crûment. À l’époque de Mme Thatcher, il s’agissait de sauver le pays, il fallait pour ce faire des décisions difficiles, des actions drastiques, et effectivement on ne pouvait pas s’intéresser à ces régions. Plus tard, on commence à s’intéresser de nouveau aux régions, mais voilà que la crise financière chamboule tout ! Et on rentre dans une période d’austérité et de prudence dans la gestion des finances avec Cameron, à partir de 2010. Mais cela étant, déjà sous Cameron, on met en place un projet important d’infrastructures pour relier le nord et le sud de l’Angleterre. Donc, cet interventionnisme [des conservateurs NDLR] était déjà dans le « pipeline ». Theresa May arrive en 2016 après le référendum, et oui l’on prend conscience de l’urgence de secourir ces régions [qui ont massivement voté pour le Brexit NDLR]. May prononce alors un grand discours, mais manque de chance, le Brexit se profile, et on n’a pas d’autres pensées que le Brexit [dans la vie politique britannique et dans ce qui en est donc ressorti dans les médias français NDLR]. 

Boris Johnson arrive au bon moment, où toutes ces choses qui se préparaient sont maintenant mûres… De plus, si vous lui demandez, Boris Johnson vous répondra que ce qu’il aime le plus, ce sont les infrastructures. Ponts, bâtiments, stades, faire construire des routes. C’est son truc. Après toute cette prudence de l’ère Cameron dans la gestion des finances, on a maintenant un peu de « fric » à dépenser. Et des bonnes raisons de le dépenser. Mais, de nouveau, désolé de vous contredire, c’est en réalité le même pragmatisme conservateur depuis 200 ans qui triomphe !

Voilà qui est dit pour le front interne. Il y a aussi un front externe, c’est-à-dire que Boris Johnson va devoir négocier avec Bruxelles pendant les onze prochains mois les termes précis de cette sortie de l’Union européenne, avec Bruxelles. On est encore dans un grand flou à ce sujet. Avez-vous des informations privilégiées?

Le gouvernement est délibérément avare d’informations. On essaie de détourner l’attention de ce qu’on appelait autrefois le Brexit, mot qu’on évite désormais officiellement parce qu’il crée des tensions. On essaie de dédramatiser et d’attirer l’attention du public sur des questions internes, domestiques. Mais il y a une stratégie particulière qui se prépare et qui consiste à négocier avec tout le monde, en même temps. Ce qui est ambitieux mais également la meilleure stratégie de sortie pour nous. (Continuant avec un air très assuré) D’un côté nous avons l’Union européenne, de l’autre côté les États-Unis. Nous avons deux « clients » qui attendent ! Qui est-ce qu’on va choisir [de privilégier ndlr] ? En même temps il y a d’autres partenaires à travers le monde : l’Inde, l’Australie, le Canada… Mais le grand problème avec le Brexit, c’est que le Royaume-Uni risque de se retrouver seul et va donc devoir aller voir les pays un par un leur quémander un accord commercial. Chaque pays accepterait alors des accords mais sur ses termes. Mais si l’on dit à tout le monde qu’on est prêt à négocier [en même temps NDLR], on peut tirer avantage des autres en évitant de devenir le jouet de leurs caprices. Tout ceci est très délicat, mais c’est ce qui se prépare.

Dans cette séquence qui s’ouvre, Boris Johnson sait qu’il peut compter sur Donald Trump et sur les excellentes relations entre le Royaume-Uni et les États-Unis.

Quel que soit le locataire de la Maison blanche ou du 10 Downing Street, il y a d’excellentes relations. Mais il y a aussi d’excellentes relations avec l’Europe, et avec la France particulièrement. Tout cela ne va pas changer. La question est plutôt la suivante : Où va-t-on mettre le …

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