Jean-François Colosimo propose une explication des émeutes déclenchées par la mort de George Floyd, et met en garde contre les comparaisons hâtives…


Elisabeth Lévy et son invité Jean-François Colosimo, spécialiste des Etats-Unis, tentent de remonter aux sources des troubles qui secouent actuellement le pays de l’oncle Sam. Causeur vous propose de lire une partie de leur échange. L’émission complète est à découvrir sur abonnement (5€ par mois) et en intégralité ici.

Verbatim

Jean-François Colosimo: La rupture c’est Malcolm X ! C’est Nation of Islam ! 1 C’est-à-dire le choix de rejeter le christianisme dominant aux Etats-Unis. Nation of Islam est une création américaine qui s’oppose à la vision intégratrice et universaliste de Luther King : pour eux c’est la guerre (des identités). On assiste d’ailleurs à ce moment-là une chose tout à fait prodigieuse: une jonction entre les Juifs et les Noirs sur la question de l’émancipation, avec l’horizon babylonien, sur les rives du fleuve de Babylone… La sécession éclate parce que cette religion-là est antagonique là où, normalement, toutes les religions ont vocation à s’intégrer au sein de la « religion américaine ». Trump est un pur produit de cette « religion américaine », il rappelle à tous les Américains la prédestination, qui est une représentation fondamentale de l’Amérique. Comme c’est un animal politique, il fait aussi ainsi un gros clin d’œil aux évangéliques. La faillite du modèle américain, c’est sa violence et la séparation des églises noires et des églises blanches. Les chrétiens blancs et les chrétiens noirs ne partagent même pas les mêmes églises.

Elisabeth Lévy. Reste que chez nous non plus, on nous dit du mélange qu’il ne marche plus… Mais aux Etats-Unis, ce serait donc différent, puisqu’on a le sentiment qu’il n’aurait jamais vraiment existé?

Jean-François Colosimo. Sur l’importation du conflit actuel (Black Lives Matter NDLR) en France, il faut savoir d’abord que les États-Unis ont tout fait pour importer le communautarisme américain dans nos banlieues et le présenter comme un modèle d’avenir. Les USA ne sont pas notre avenir, ils sont notre passé! Le discours qui prétend que la situation actuelle en France est similaire à celle des Etats-Unis n’a rien à voir avec la réalité. La police française est la police de la République. Les recours en justice sont beaucoup plus nombreux, la preuve avec l’affaire Traoré.

Le 2 juin, la manifestation dégénère à Paris © Michel Euler/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22460788_000002
Le 2 juin, la manifestation pour Adama Traoré et George Flowd dégénère dans le 17e arrondissement, à Paris © Michel Euler/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22460788_000002

Elisabeth Lévy. Notre police de la République n’est pas une police qui a la gâchette aussi facile qu’en Amérique. D’ailleurs, je rappelle juste un chiffre: il y a 20 personnes mortes en France par an sous les balles ou pendant une arrestation. Et parmi ces morts, on retrouve des gens qui avaient eux-mêmes fait usage de la violence, ou essayé de fuir. 

Jean-François Colosimo. Oui. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner avance une idée assez étrange qui serait de soumettre notre police à un contrôle extrêmement strict. Mais quiconque connaît un peu le sujet sait qu’un tel contrôle existe déjà. En France, la police des polices fait son travail, avec diligence et sans rien laisser passer…

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