Diabolisés par l’Eglise, fantasmés par le romantisme, cuisinés à toutes les sauces par les séries américaines, les vampires sont trop rarement abordés avec le sérieux que ce mythe fondateur de l’humanité mérite. Jacques Sirgent s’est mis en tête de corriger ces horreurs.


Tout romantique « porte le deuil de l’histoire », confessait Musset. Jacques Sirgent, qui nous accueille au musée des Vampires et Monstres de l’imaginaire, habillé en noir comme chaque jour depuis qu’il a vingt ans, me fait penser à cette citation. Pour peu qu’on le cherche, son cabinet de curiosités n’est jamais fermé. Sur rendez-vous, il accueille visiteurs, étudiants et curieux pour une conférence de deux heures. L’homme est un universitaire et spécialiste reconnu dans le vaste monde. Pourtant, c’est au cœur de la Seine-Saint-Denis, aux Lilas, qu’il a élu domicile, dans la maison qui abrite également son musée depuis 2005. Une activité qui, semble-t-il, en inquiète certains. Sirgent assure qu’un grand quotidien l’a mis à l’index en appelant à brûler le musée avec son démon de propriétaire à l’intérieur.

Que peut-on bien montrer dans un musée consacré à des créatures qui n’existent pas ? Une foule de choses : des boîtes anti-vampires du XIXe, des masques, des bibelots, des trousseaux de clefs et une bibliothèque unique au monde, élaborée depuis quarante ans. Au mur, des portraits, des tableaux et des symboles fixent le visiteur. Le propriétaire brise maladroitement un cadre en nous montrant l’œuvre qu’elle protégeait : « Son auteur, une jeune fille, ne me parle plus depuis que je lui ai dit que son tableau était magnifique. »

Un historien érudit

La moindre expérience anodine le transporte. Jacques Sirgent peut se lever un matin avec la certitude de trouver un grimoire aux Puces et finir effectivement par le trouver. Récemment il a reçu un coup de fil d’un ami lui murmurant : « Si tu vas en enfer, je viendrai te chercher. » Son public parfois le surprend. Peu d’étudiants, quelques élèves, des mordus du sang et parfois des enfants. « Ils ne mentent pas : une quinzaine d’entre eux m’ont indiqué d’intuition le lieu précis où mon grand-père s’est donné la mort, juste ici, au pied de cet arbre », raconte-t-il. Des classes lui envoient des enfants pour les protéger des cauchemars. Ils évoquent leur crainte nocturne ; l’hôte les rassure par ses légendes. Parfois, il suffit qu’un visiteur se penche sur un objet pour que le conférencier le lui offre.

L’historien a aussi enrichi sa passion du légendaire en explorant les luxuriances urbaines de Paris. Depuis peu, il organise des visites guidées du Père-Lachaise, d’autres autour d’anciens coupe-gorges et lieux de crimes. Ses visites guidées de Paris affichent complet jusqu’en novembre. Elles révèlent une ville insalubre, sombre et dangereuse où l’on crevait par les poux ou de la consommation des eaux impropres de la Seine. « Dans de telles conditions de vie, se faire assassiner était presque libérateur », ironise Sirgent. L’érudit racont

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Septembre 2017 - #49

Article extrait du Magazine Causeur

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