Pour garantir la mixité et éviter les ghettos scolaires, la région Frioul-Vénétie julienne dirigée par la Ligue veut instaurer un quota d’étrangers (45%) par classe. Il n’en faut pas plus pour indigner la gauche transalpine qui accuse de racisme des élus prêts à mettre des bus scolaires à la disposition des enfants d’étrangers. Mise au point.


Il faut le lire pour le croire : au nord-est de l’Italie, d’affreux, sales et méchants élus xénophobes voudraient priver d’école les enfants étrangers. C’est du moins ce que rapportent nos confrères de Marianne, reprenant les accusations du Parti démocrate (centre-gauche) contre la Ligue. Alors, info ou intox ?

Comme souvent, la vérité est plus prosaïque – et moins sensationnaliste – que les gros titres de la presse. Sous l’impulsion de la maire Anna Cisint (Lega), le « modèle Monfalcone », du nom de cette commune de 36 000 habitants aux environs de Trieste, a pour projet d’instaurer un plafond d’élèves étrangers par classe de maternelle : 45%. Soutenue par le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, l’initiative inspire le président de la région Frioul-Vénétie julienne Massimiliano Fedriga, 38 ans, également issu de la Ligue.

« Une limitation des présences étrangères sert à garantir l’intégration. »

Afin d’éviter les classes-ghettos, le deuxième parti d’Italie (17% aux dernières élections), en passe de détrôner dans les sondages son allié gouvernemental le Mouvement 5 étoiles (M5S), entend généraliser la mesure. Pour en comprendre la lettre et l’esprit, le quotidien triestin Il Piccolo donne la parole aux principaux décisionnaires léghistes. Et le journal local de citer l’édile Anna Cisint : « Le monde a changé. Une analyse démographique est nécessaire car si [l’entreprise de chantiers navals, ndlr] Fincatieri a créé des pics [de main d’oeuvre immigrée] à Monfalcone, nous devons penser à ce qui se passe ailleurs. Les enfants doivent aller à l’école et ne pas être ghettoïsés, mais les Italiens ne doivent pas non plus fuir pour autant. » Honteux, raciste, discriminant ? En signe de bonne volonté, à l’horizon 2019-2020, la maire se dit prête à affréter des bus pour répartir gratuitement les enfants étrangers dans les différentes écoles de la province.

Si bien que la conseillère régionale responsable de l’éducation Alessia Rosolen (Lega) a entamé un tour du Frioul-Vénétie julienne et multiplié les consultations d’élus locaux afin de concilier deux principes potentiellement contradictoires : la limitation du nombre d’étrangers par classe et le respect de la Constitution consacrant l’accès à l’éducation. Ainsi, loin d’envisager le moindre apartheid scolaire, le sénateur frioulan Mario Pittoni (Lega), chef de la commission de l’éducation, martèle l’argument central du parti anti-immigration : « Une limitation des présences étrangères sert à garantir l’intégration. » D’aucuns objecteront que cette profession de foi républicaine cache une arrière-boutique aux effluves nauséabonds. C’est oublier les racines lombardes de la Lega, historiquement plus favorable aux Africains assimilés à la culture du Nord, qu’aux Napolitains et autres Italiens méridionaux que Salvini brocardait il y a encore quelques années. Le bilan très mitigé sur l’immigration de Roberto Maroni, l’ancien ministre de l’Intérieur léghiste de Berlusconi, adepte des vagues de régularisations/expulsions à la Pasqua, ne joue pas en faveur de la Ligue. Mais les électeurs ont la mémoire courte.

La Ligue, populaire mais diabolisée

Aujourd’hui, si la région adriatique Frioul-Vénétie julienne, frontalière de la Slovénie, a son lot de migrants subsahariens que l’on croise dans les rues d’Udine, Pordenone, Gorizia ou Trieste, la plupart de ceux-ci viennent sans leur famille. Autrement dit, les écoliers concernés par cette disposition sont majoritairement des enfants de travailleurs étrangers en situation régulière, n’ayant pas (encore) acquis la nationalité italienne. Car, malgré les projets du précédent gouvernement centriste, le jus soli (droit du sol) est resté lettre morte. Et pour cause : l’opinion échaudée par l’immigration craint tout nouvel appel d’air.

Populaire mais diabolisé par les syndicats et la gauche morale, le mouvement de Matteo Salvini – à la tête des régions Frioul, Lombardie, val d’Aoste et allié aux partis de centre-droit en Sicile, à Molise et en Ligurie – peinera certainement moins à garantir la mixité scolaire qu’à endiguer le flux des migrants. Car si l’Union européenne, la Libye, l’Algérie et la Tunisie acceptent l’idée d’un centre de tri des demandeurs d’asile, aucun Etat ne consent à l’héberger. Plutôt qu’un Calais chez soi, tous veulent l’enfer chez les autres…

Bref, on peut légitimement s’étonner des réactions outragées qu’a suscitées la maire de Monfalcone. Après tout, cette femme de droite n’a rien dit d’autre que les mères de famille musulmanes de Montpellier qui réclamaient plus de brassage culturel et ethnique dans les écoles de leurs enfants. S’il est des vérités difficiles à accepter par temps d’immigration massive, certaines ne sont-elles admissibles que dans la bouche de femmes voilées ?

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