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Irène Drésel, l’électro bienvenue

Quand la musique techno n'est pas trop plombante

Irène Drésel, l’électro bienvenue
La compositrice de musique électronique Irène Drésel au Palais de l'Elysée, 21 juin 2021 © ELIOT BLONDET/POOL/SIPA Numéro de reportage : 01024907_000008

L’Élysée aime la musique électronique d’Irène Drésel? Écoutons son dernier disque pour savoir de quoi il retourne.


Emmanuel Macron n’en a plus pour longtemps. Un an. Et il le sait. Il n’est ici à l’Élysée qu’un locataire qui devra laisser les clés au suivant. Pour le maître des horloges, le temps est compté. Oh ! il va sans doute remporter un second sésame. C’est une éventualité. Mais peut-être pas. Et c’est sans doute pour cette dernière raison – sans le savoir, sans le vouloir – qu’il a invité à la Fête de la Musique 2021 Irène Drésel. Cette jeune artiste appartient au monde clos de la Tech. Rien à voir avec la start-up nation de sinistre mémoire. On parle ici de la musique techno. Où résonnent ces mots, dans leur froide nudité. Underground. Clubbing. After. Rave. Free Party. Résidence. Y règne bien souvent une âpreté que la culture de la drogue, des soirées moites n’efface pas. Mais Macron n’en a cure. L’électro, c’est la musique qui abolit le temps et le discernement. Le président a convié l’une de ses jeunes ambassadrices afin de repousser le moment où il devra quitter les lieux. 

Marceline Desbordes-Valmore des platines

« Kinky Dogma » : dogme de la perversité, est le nom du deuxième album de la très belle – ainsi apparaît-elle sur la pochette – Irène Drésel. Nantie d’un tel patronyme, on croirait découvrir une poétesse du XIXe siècle. Une sorte de Marceline Desbordes-Valmore des platines. Avec ses habits de scène et son décorum hyper créatif, on pousserait le vice jusqu’à la comparer à un modèle de Mucha. Des figures puisées dans un passé lointain, inhabituelles au regard du genre musical, mais qui tentent de traduire une démarche singulière. Cela tombe bien, « Kinky Dogma » n’est pas n’importe quel album d’électro. Ce disque propose – poliment comme sur le morceau d’introduction, “Bienvenue” – une musique droite, inflexible mais organique, tintinnabulante. On se croirait sur l’Olympe. Mais une Olympe qui plongerait ses flancs dans le royaume d’Hadès. Les visiteurs audacieux y glisseront du paradis (souvent) vers l’enfer (parfois). Belle métaphore, au passage, du mandat en cours. 

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La techno accessible aux non-initiés

« Kinky Dogma », c’est l’album électro parfait pour les apprentis boomers amoureux de pop, les vieux rockeurs sur le retour. Accessible, dit-on. Il appelle quelques références qui plairont aux ancêtres. D’abord le titre, « Kinky Dogma ». Un clin d’œil inconscient aux Kinks qui avaient justement décliné l’expression kinky (coquin, bizarre) à dessein ; souvenez-vous du frère de Ray, Dave Davis, arborant de superbes cuissardes rouges, des décennies avant Lalanne. Musicalement, on pense aux BO de John Carpenter, dont il était l’unique maître d’œuvre, mais aussi aux pionniers français de la musique synthétique, des laborantins fous comme Besombes et Rizet. Et allez, Jean-Michel Jarre, pour ceux qui ne savent pas ! 

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Le plus important est de retenir que la musique d’Irène Drésel, pour hypnotique et instrumentale qu’elle soit, n’est jamais plombante, morne ou industrieuse. Elle possède – parfois – quelque chose de chatoyant, comme si la console se transformait en pépiements d’oiseau. Elle sait aussi ménager son auditeur, passant de morceaux courts et flamboyants à des titres plus longs, aux inflexions dramatiques. Le dernier, dépassant les neuf minutes, a été judicieusement placé à la fin du disque. Aussi êtes-vous autorisés à l’ignorer, d’autant qu’il s’intitule “Stupre”. Pour le reste, on vous recommandera le cristallin “Vestale”, où la musicienne semble jouer sur des verres en cristal, le tubesque et kaléidoscopique “Pinky”, “Loup solitaire”, qui débute comme une annonce à Orly pour rapidement migrer vers une musique des steppes à la Tolstoï, aventureuse et romanesque, l’assez joli “Celake” et le très François de Roubaix “Club Saint Paul”. 

Le reste n’est en rien anecdotique. Il faut de toute façon accepter de s’abandonner dans cette musique d’une heure et huit minutes. Bien évidemment, précisons que l’écoute de ce disque ne vous fera pas oublier, voire renier les musiques dites populaires, le rock classique ou la chanson à texte. Pas plus qu’elle ne vous transformera en teufeur zadiste. Elle vous ouvrira une porte. À vous de l’entrebâiller et d’y glisser un pied ou de la pousser et d’y entrer pleinement comme dans un nouveau monde, mais pas celui de notre futur ancien président.

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