À l’occasion du centenaire du coup de force d’Octobre 1917, on aurait pu croire que l’Insoumis formé dans le trotskisme prendrait cet événement pour modèle. Il n’en est rien.

Certes, il veut, comme Lénine l’a fait en son temps, chasser le pouvoir démocratiquement élu, en organisant une forme de guerre civile dirigée contre ce pouvoir.

Mais étant donné que le bilan d’Octobre 1917 établi par Le Livre noir du communisme est encore moins alléchant que celui des chouchous révolutionnaires de Mélenchon, Chavez et Maduro, mieux vaut pour lui ne pas agiter trop ostensiblement le chiffon rouge de la révolution lénino-trotskiste. On ne chantera donc l’Internationale que dans les rassemblements composés de nostalgiques de la révolution.

Octobre 1917 ne passera pas

Que faire ?, s’est demandé Mélenchon, qui n’a vraiment pas de temps à perdre s’il veut accéder au pouvoir, lui, personnellement, avant que ne sonne l’âge de la retraite. Comment faire à Macron le coup que Lénine a fait à Kerenski, sachant que nous ne sommes pas en 1917 et que la révolution démocratique propice à un coup de force minoritaire n’aura pas lieu, puisqu’elle n’a plus lieu d’être ? Quel modèle victorieux imiter ?

Mélenchon a trouvé la bonne réponse. Il a décidé de troquer l’Octobre 1917 de Lénine pour le Décembre 1995 du mouvement social, ce mouvement de la rue qui porta au poste de Premier ministre Lionel Jospin, formé dans le même patronage trotskiste que Mélenchon.

Souvenons-nous : ce mouvement bloqua la France en 1995 et bloqua du même coup les réformes qui s’imposaient. Il fit perdre des dizaines d’années à notre pays, mais il lui conserva en contrepartie son titre de champion d’Europe toutes catégories en taux de chômage. Devant le risque d’être impopulaire, le radical-socialiste Chirac coupa les jarrets d’un Juppé qui voulait rester droit dans ses bottes. Il écouta Dominique de Villepin qui lui soufflait dans l’oreille l’idée géniale de la dissolution du Parlement. Et le PS gagna les élections législatives qui suivirent la dissolution du Parlement fraîchement élu.

Mélenchon ne cache pas qu’il rêve de rejouer ce scénario. Il veut pousser Macron à la dissolution et devenir enfin le numéro 1.

Que de la gueule

Hélas ! Cet ersatz d’Octobre 1917 risque fort d’être le dernier rêve éveillé de l’Insoumis qui voulait devenir chef. Macron n’est pas Chirac. Il ne s’est pas fait élire sur un programme démagogique : il s’est même fait élire sur un programme de redressement et de relance ayant un coût élevé en impopularité, et il le sait depuis le début.

La France de 2017 n’est pas celle de 1995. La preuve en est la désagrégation mentale de la gauche de gouvernement. Cela laisse, il est vrai, toute la visibilité à une extrême gauche très cohérente dans son délire, mais cela ne suffira pas pour gagner le pays par les urnes : trop d’électeurs savent que sous le pouvoir de Mélenchon le refus total des réformes douloureuses et l’inflation des dépenses publiques provoqueraient la glissade généralisée de la France vers l’Angleterre d’avant Thatcher, avec un taux de chômage catastrophique, un endettement plombant l’avenir, aggravé par la hausse des taux du crédit, l’isolement en Europe et dans le monde : bref un suicide. Une perspective improbable, les Français étant volontiers plus critiques que suicidaires. Mais il ne faut pas le lui dire.

Mieux vaut laisser Mélenchon se gargariser en répétant à ses troupes « on va gagner ! ». Elles constateront assez vite que cette victoire annoncée en bombant le torse et en gonflant les joues, ce n’était que de la gueule.

Il lui reste toutefois une raison d’espérer. Le mouvement dégagiste qu’il a lancé semble faire de nouvelles recrues en Europe. On pouvait lire ceci dans l’Huma du 31 aout: « ‘Merkel dégage’, braillent en cœur, dans un rassemblement électoral, des militants de choc de l’AfD ». Après le printemps arabe, l’automne des dégagistes. Sous le mot d’ordre recyclé « Dégagistes de tous les pays,  unissez-vous ! » ?

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