Home Édition Abonné La vida es un carnaval


La vida es un carnaval

La vida es un carnaval
Le vidéaste et humoriste Papacito. Image: capture d'écran YouTube.

Les rebelles Papacito ou Damien Tarel font plus penser à des clowns qu’à Charles Maurras. Une chronique de Sophie Bachat.


Nul n’ignore plus les deux évènements inhabituels qui ont marqué notre débat public ces derniers jours.

La gifle à notre président, bien sûr.

Et, juste avant, alors que Jean-Luc Mélenchon avait tenu des propos complotistes, un blogueur influenceur de la « fachosphère » a publié une vidéo où il se demande si les gauchistes sont « pare-balles », en illustrant son propos avec un mannequin censé représenter un gauchiste qui se prend des balles en rafales. Mélenchon porte plainte pour appel au meurtre. La France entière apprend l’existence du Toulousain Papacito, héros des paumés de la France périphérique et de quelques bobos-réacs qui désirent s’encanailler.

Une France travestie

En observant ce pataquès, je n’ai eu qu’un cri du cœur: la France est devenue un carnaval permanent. Et Mélenchon une illustration du général Alcazar de Tintin et les Picaros !

Héritage des débordements cathartiques de l’Antiquité, le carnaval du Moyen-Age était un grand défouloir, qui avait lieu avant les restrictions du Carême. On pouvait se moquer des puissants, voire de l’Église, mais de manière circonscrite et organisée. En 2021, nous avons l’impression que les Français font carême-prenant 365 jours par an. Certes, les incidents que j’évoque pourraient être perçus comme un exutoire face aux restrictions du covid, et alors que nous retrouvons enfin un peu de liberté. Le covid, c’est le carême de 2021.

Cependant, le carnaval permettait aussi l’inversion des valeurs et… le travestissement.

A lire aussi: Alice Coffin, la femme barbante

Les progressistes n’ont de cesse d’inverser nos valeurs, voire notre assise anthropologique. En effet, on assiste à une dévalorisation de l’hétérosexualité. Des féministes, Alice Coffin en tête, clament qu’« être lesbienne est une fête ». Quant à la transsexualité, elle est devenue politique et encouragée, ce qui n’est pas sans inquiéter quand les enfants se retrouvent concernés. Face à ce chaos, les plus extrêmes des réacs réagissent de manière tout aussi disproportionnée. Leur cheval de bataille, depuis quelques années, face à la féminisation de la société, est l’exaltation de la virilité. Mais il s’agit d’une virilité caricaturale, voire clownesque. On pourrait même y voir à mon sens une esthétique qui prend ses racines dans l’outrance d’une certaine esthétique gay ! « Des soldats de carnaval », chantait Sardou avec son formidable sens de la formule dans Chanteur de jazz. En effet, Papacito ou d’autres me font davantage penser aux Village People qu’à Lino Ventura. Mais chacun se débrouille comme il peut – avec sa mythologie personnelle, qu’elle soit exaltation du passé où idéologie de bazar – pour survivre à la post-modernité.

Damien Tarel, c’est pas Maurras non plus!

L’éruption dans la sphère publique de Damien Tarel, le « gifleur » de Macron, a fait divaguer la gauche comme les réacs les plus virulents. Suppôt du grand Satan fasciste pour les premiers, sauveur de la France pour les seconds, pour qui son geste serait de salut public… Permettez-moi de m’insurger. La France mérite mieux qu’un gamin qui pose déguisé en chevalier du Moyen-Age sur son compte Instagram. Le profil de Damien Tarel est illisible pour les non-initiés. Il n’est ni royaliste, ni d’extrême droite ni fasciste. Ou plutôt il est un peu tout ça (Maurras se retourne dans sa tombe).

Il est le symbole des « petits blancs » de la France périphérique, ces laissés pour compte dont parle Christophe Guilluy, au ressentiment nourri par Papacito et autres Raptor dissident et les tréfonds d’internet. Damien Tarel serait-il viriliste ? Peut-être, mais alors viriliste comme expliqué plus haut, cette virilité grotesque, où chevaliers médiévaux, héros de mangas et champions d’art martiaux cohabitent: « Les jeunes blancs moyennisés, et qui dans les interactions du quotidien n’ont pas forcément le capital « guerrier » (« racailles » « street cred and co ») des noirs et arabes sous-prolétarisés », écrit fort justement un internaute dans un post Facebook.

A lire aussi: Feu! Chatterton: des jeunes gens littéraires

L’ère Macron nous aura légué une France qui baigne dans une dystopie grotesque, même si cela couvait depuis longtemps. J’avais fait l’éloge, il y a quelques semaines dans ces colonnes de Feu ! Chatterton, que je tiens pour être le groupe le plus intéressant du moment, surtout grâce aux textes de son chanteur Arthur Teboul, qui s’est avéré visionnaire dans la chanson Ecran Total. « C’est le carnaval, j’étais où et quand pour le grand final, le feu d’ Bengale ? » Et s’adressant à la France : « Je disais mal mon amour pour toi. » Et nous tous, réacs, progressistes ou gifleur de Macron « marchons sur les braises de la nation française. »


Previous article «Arabe de service». Taha Bouhafs persiste et signe
Next article Immigration: la communication et l’art de la manipulation
est enseignante.

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Le système de commentaires sur Causeur.fr évolue : nous vous invitons à créer ci-dessous un nouveau compte Disqus si vous n'en avez pas encore.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération