1998-2018, l’équipe de France et la France ont changé et sont passées par mille états: l’ancien journaliste de L’Equipe, Nicolas Jeanneau, se souvient…


1998

Le terrain ne ment pas. Il demeure un recours. Chirac et Jospin culminent à 70 % d’opinion favorables après le 3-0 de la bande à Mémé, qui elle culmine sur le toit du monde.

Quand Videla ou Poutine organisent la sauterie mondiale, on parle de propagande. Mais la soupe France black-blanc-beur, dans le genre bourrage de crâne maousse, reconnaissez que c’était pas mal non plus.

2002

Le cirque durera trois ans. Jusqu’aux drapeaux algériens, l’envahissement d’un terrain, qui ne ment jamais, et une Marseillaise sifflée à Saint-Denis, tombeau des rois de France… Un cirque passe. D’autres surgissent : une deuxième étoile brodée à côté de trois bandes s’affiche partout en quatre mètres sur trois. Pire : le parti de la haine serait aux portes du pouvoir. Nouvel envahissement de terrain (bien lourd) avec tous les supporters du FC République menacée, remplaçants et même les pupilles de la Nation en danger, ses U14, U15, et autres U16, toujours réceptifs aux mensonges qui font tant de mal…

Un mois plus tard : fanny et cata en Corée. Le sélectionneur Roger Lemerre balance en privé un « Parfois, les dictatures sont nécessaires » qui laisse pantois certains représentants de la presse. Claude Simonet, alors président de la « 3F », s’enivre pour oublier (tout son soul à Séoul…) aux grands bourgognes à quatre mille boules la bouteille.

En plein chaos, l’un des matches les plus émouvants des Bleus, contre la Celeste. Il en fallut des paires ce jour-là, à dix contre onze, pour rester en vie. On crût presque au « I will survive ». Mais le Printemps 2002 c’était No Pasaran.

2006

Ray Mantra : zéro-zéro. Ray pas encore consultant. Et pas du tout consulté par ses joueurs. Zéro + zéro égale la boule à Zizou encastrée dans un torse italien. « Intouchable » : en boucle et en tête du box office avant même d’avoir été tourné.

Un intouchable avec des jambes en état de fonctionnement. Mais pas grand-chose dans la tronche. Blé en herbe, eau claire, minérale même : tout le monde retombe sur ses pattes. Pas trop de manque à gagner, rien à voir avec 2002. Ne jamais réveiller un flic qui dort ni un volcan auvergnat. Ni populo. Qui gobe encore. Plus c’est gros, plus ça passe.

2010

A part le bus. Le bus, ça passe pas. Et les clébards aboient. Là, on est au fond du fond du trou, à chercher une taupe. Une nouvelle forme d’apartheid serait née en Afrique du Sud : Soweto, au pur beurre breton. Halal et hallali. Titanic (ta mère). Ray pour faire diversion, ne peut tout de même pas envisager de demander une nouvelle fois Estelle en mariage. L’Equipe de France, L’Equipe ont perdu les jambes, tête, pédales. Ray peut se rassurer. En orbite, il tournera pas tout seul. Saint Audiard prie encore aujourd’hui pour eux…

2014

A revoir sur un site de partage vidéo : la minute du Praud avant son heure, le coup de chaud d’un Pascal, plus du tout pro mais Français moyen, au soir d’une confrontation décisive contre l’Ukraine pour obtenir un visa pour le Brésil. Vrai qu’à ce moment là, ça sent le pâté à Clairefontaine, où on a enfin arrêté le halal. Crainte d’une nouvelle chute (aucune taupe dans le trou, c’est déjà ça). Pascal Praud bien remonté, dépassant l’habituelle ligne média : digne du grand Burruchaga d’avant OM-VA.

Finalement, on verra Copacabana. Avec Benzema, l’homme qui a choisi l’équipe de France pour le sportif, mais dont le cœur penche pour l’Algérie. Le problème, c’est qu’envahir le terrain pour crever l’écran, ça lui arrive pas des masses au reubleu Karim, meilleur aux jeux-vidéo cochons interdits aux moins de 18 ans. Nouvelle période de ramdam.

« ZZ » désormais sous cloche, l’équipe de France c’est : « ZZZZZZZZZZZZ ». Ou « RONNNN !!!… ROOOON… » quand on possède encore ses végétations. Et pour végéter, ça végète ! Et ron et ron, petit Patapon, en clé de onze Deschamps.

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Le Brésil définitivement mort et enterré. Fin d’un mythe. Remarquez, ça sentait le sapin amazonien depuis un moment. Déjà en 1994, la Seleçao de Dunga foutait le bourdon… Mais là, c’est le pompon… Pleurniche au bord du terrain (pas Pelé du tout). Drapeau Ordre et Progrès tout foulé aux pieds carrés et capitaine abandonnant. Ohé, ohé. Toute l’équipe nationale « do Brasil » prise de colique. Pourtant pas de raisins de Corinthians au dessert, Socrates n’ayant plus de disciple : Auriverde à Plat(on).

2018

Ray, bien « carbo », fondu dans le moule : consultant. Loin du terrain qui ne ment pas et ne manque qu’à lui. Fait copain-copain avec certains petits clébards qui lui mordillaient les mollets à l’arrêt de bus « Knysna ». Le devoir de réserve et de mémoire ? La réserve, peut-être serait-il capable de la coacher, Ray. Pour la mémoire en revanche : un peu court. Et le populo dans tout ça ? Gaffe. A chercher les identités, de jeu, une identité nationale à travers un jeu, au milieu d’un footoir mondialisé, stéréotypé, à perdre son latin, il se pourrait bien qu’il finisse par souhaiter une victoire de l’Allemagne. Car la Mannschaft s’avère être l’une des dernières sélections à s’appuyer encore sur les ancestrales vertus ayant fait sa gloire. Et comme la Squadra n’est pas présente en Russie… Quarante millions de pétainistes hier, 60 millions de sélectionneurs aujourd’hui. Et moi et moi et moi ? Et demain surtout ? Et un, et deux, et Kollabo ? A la Laval ? Version tango alors, celui de Michel le Millinaire… le bon vieux foot terroir. Doit on s’attendre à des heures sombres en Russie ? France moisie ? Retraite en morne plaine ?

En tout cas, Maréchal Poutine, nous voilà…

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