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La politique, le retour…

Et Macron n’est pas content…

La politique, le retour…
Emmanuel Macron à Krun, en Allemagne, 26 juin 2022 © action press/Clemens Bila/SIPA

Emmanuel Macron avait théorisé la fin des clivages politiques. Mais l’ancien monde se rappelle à lui de façon cruelle, en le privant de majorité à l’Assemblée nationale. L’édito politique de Jérôme Leroy


La politique ? Vous vous rappelez ? C’était cette chose tellement ancien monde, un peu ridicule, un peu sale, dépassée pour tout dire… En plus, ça ne servait à rien, et ça coûtait un bras au contribuable. Quoi ? Payer pour des députés, des sénateurs, des conseillers régionaux, des conseillers départementaux, des conseillers pour les intercommunalités ? Pour des ministres aussi ? Des ministres délégués ? Des secrétaires d’État ?

Quelques voix tentaient d’objecter dans le brouhaha poujadiste que, somme toute, ce que coûtait les élus de la République, même la toute petite minorité qui détournait de l’argent et même pas pour de l’enrichissement personnel, ça coûtait infiniment moins que l’évasion fiscale ou que les dividendes versés chaque année, même celles des années Covid, aux actionnaires du CAC 40. C’était inaudible. Absolument inaudible.

Le mépris du politique était entré dans les mœurs, comme dans un autre genre, la haine des profs, des fonctionnaires en général (toutes des feignasses de gauche) et des intellectuels (tous des donneurs de leçons façonnés par la pensée soixante-huitarde).

La politique, ça ne sert à rien

Non décidément, les politiques ne servaient à rien, sinon à embrouiller les choses alors qu’une poignée d’économistes vous expliquaient que de toute manière, il n’y avait qu’une seule solution pour s’en tirer, la mondialisation, encore la mondialisation, toujours la mondialisation ;  le libéralisme, encore le libéralisme, toujours le libéralisme.

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Et si ça ne marche pas trop, c’est qu’il n’y en a pas assez, enfin ! À cause des archaïsmes, en veux-tu en voilà ! Un Code du travail ? Un Code des impôts ? Une Sécurité sociale ? Des contrats de travail ? Mais à quoi bon ? Laissez faire ! Laissez passer ! Vous n’étiez pas au courant ? Les « harmonies spontanées ? », la « main invisible du marché ? » Adam Smith is good for you ! Milton Friedman wants you ! Moins on intervient, mieux on se porte, enfin les plus riches, bien entendu. Juste une guerre mondiale de temps à autre, mais bon, on ne va pas en faire toute une histoire. 

De toute façon, vous voulez quoi, le communisme ? Ça ne vous a pas suffi ? Des millions de morts (ici mettez le nombre de millions que vous souhaitez, il augmente au fur et à mesure que ça s’éloigne dans le temps et qu’on commence à comptabiliser ceux qui sont morts de la grippe sous Brejnev comme victimes du communisme). Non, soyez sérieux, vous voyez bien que le gouvernement de la France et du monde, c’est d’abord l’affaire des experts. McKinsey, mon amour ! On voit bien d’ailleurs que la démocratie n’est pas indispensable. Que c’est une amusette pour occuper le chaland, enfin celui qui vote encore. Très bon signe, l’abstention… Le rêve, ce serait 10% de participation, seulement des gens raisonnables, convaincus que l’horizon indépassable de l’humanité, c’est faire du fric. D’ailleurs, quand un peuple fait des bêtises, comme la Grèce dans les années 10, on organise un putsch bancaire et tout rentre dans l’ordre. Plus besoin de chars. Un distributeur de billets vide, c’est tout aussi efficace et moins sanglant.

Les mômes ont fait n’importe quoi

Macron, digne enfant de cette vision du monde, a été élu par surprise en 2017 et réélu par dépit en 2022. A chaque fois, il a fait mine de croire qu’il était arrivé à l’Élysée parce qu’on voulait de son projet. D’où son désir d’enjamber les législatives comme on enjambe les jouets des enfants quand on rentre chez soi pour se mettre à son bureau.  Mais voilà qu’aux législatives, les mômes ont fait n’importe quoi. Ou plutôt, eux, les citoyens ont refait de la politique. Ils ont ressuscité la gauche, ils ont boosté l’extrême-droite et ils ont privé le macronisme de majorité absolue.

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Et voilà Macron obligé de faire de la politique ! Quelle horreur ! Alors que tout devait se passer comme prévu ! Voir ses projets contrariés par des ouvrières agricoles qui n’ont pas trente ans, des femmes de ménage, des intérimaires… Surtout à la Nupes et au RN, qu’on décrète donc indignes de faire partie d’un gouvernement… Mais ce n’est pas possible ! Quelle perte de temps pour les affaires, euh pardon, pour la France ! Quelle idée les gens ont eu d’élire d’autres gens qui leur ressemblent ? Et qui veulent du pouvoir d’achat, partir à la retraite dès que possible, une planète vivable pour leurs enfants ?

C’est donc ça, la politique ?  Oui, Monsieur le président, c’est ça, la politique…

Ça fait tout drôle, non ?

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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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