Chine – Etats-Unis – Union Européenne – France: légitime défense économique ou soumission volontaire ? Macron adopte une stratégie opposée à celle de Trump.


La Chine est un géant dangereux, déloyal et fragile et la question qui se pose à son sujet est de savoir s’il faut contrer son projet hégémonique ou pactiser. Faut-il, comme l’Allemagne et même l’Italie, s’empresser auprès d’elle, pour la simple raison qu’on est impressionné et parce que c’est un géant momentanément  »profitable » pour le CAC 40 ? Ou bien, comme Donald Trump, lui résister parce qu’elle est dangereuse et la faire reculer tant qu’elle reste fragile? Faut-il constituer un front commun, ou jouer en débandade ? Le président français a choisi d’aller en Chine, pour la seconde fois en deux ans, pour redorer son image en France, tenter de favoriser les entreprises françaises du CAC dont il se veut le commis, et s’afficher en tant que chef de file européen (remplaçant Mme Merkel en pré-retraite) et comme l’anti Trump par excellence.

L’Union européenne et la Chine négocient un accord de libre-échange pour 2020. Sans que les citoyens soient consultés, bien sûr, alors que c’est leur vie et leur pays que l’on joue aux dés. Par idéologie, l’UE a décidé de faire le contraire des Etats-Unis.

Au fait, libre échange de quoi ?

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De vins de Bourgogne (dont on se rengorge d’avoir fait respecter l’appellation) contre des produits technologiques à forte valeur ajoutée: des pneus à moitié prix pour faire fermer Michelin, des véhicules électriques pour tuer dans l’œuf nos productions naissantes, des panneaux solaires et des textiles qui ont déjà tué notre production.

Macron joue les chefs d’industrie

Pour donner le change aux Français et jouer au leader de l’Europe, dans un exercice de rhétorique théâtrale qu’il affectionne, Macron s’est exprimé devant des capitaines d’industrie français et allemands participant à la Foire aux importations de Shanghai, appelant les Européens à parler et agir ensemble pour mieux peser face aux Chinois sur les dossiers économiques. « Plus on joue franco-allemand et surtout en Européens (?), plus on a de la crédibilité et des résultats» : toujours les mêmes platitudes et les mêmes ambiguïtés qui sont devenues sa marque de fabrique. Il avait tenu à être flanqué d’Anja Karliczek, ministre allemande de l’Éducation et de la Recherche. Pourtant, en septembre dernier, Angela Merkel s’était bien gardée d’inviter les entreprises françaises à l’accompagner en Chine…

Bien sûr il y a eu les traditionnelles signatures d’accords industriels, souvent déjà prêts depuis longtemps en réalité, ou qui ne seront jamais mis en œuvre, devant un parterre du CAC supranational (L’Oréal, Suez, BNP Paribas, Airbus, Sanofi) ; mais aussi le Romanée Conti et l’AOP Pruneau d’Agen… Ce 6 novembre, on a annoncé – c’est le rituel – un « méga-contrat » portant sur la construction d’une usine de recyclage du combustible nucléaire usagé en Chine (signature en janvier 2020), et donc 10 milliards pour le français Orano (ex-Areva). Ce contrat incubait depuis 10 ans; sera-t-il réalisé ? Et d’autres affaires, bien modestes eu égard au déficit commercial France-Chine, pour Suez, Engie, Total, et un peu d’agroalimentaire. Dérisoire.

Les routes de la Soie: un cheval de Soie !

Cela ne suffira pas face à la stratégie de domination invasive du projet avancé de Route de la soie. Les Chinois connectent les tronçons autoroutiers et ferroviaires pour envoyer leurs conteneurs par camions et wagons directement de Shanghai à Paris; ils achètent ports et aéroports, sécurisent militairement la Mer Rouge…

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Une commission parlementaire française a-t-elle évalué les ravages causés par les importations de Chine en Europe et en France dans l’électronique, l’électroménager, le solaire, le textile, la confection ? Emmanuel Macron demeure plus que jamais ancré dans les certitudes de l’ancien monde du libre échangisme et du multilatéralisme dont il s’est fait le héraut. C’est intellectuellement très faible et cela nous détruit. Entre monnaie unique et extrémisme libre-échangiste, la fabrique à Gilets jaunes, elle, tourne à plein rendement.

Trump a lui lancé une guerre commerciale

Pendant ce temps que fait Donald Trump? Les épisodes du bras de fer engagé sont nombreux. Certes, la Chine a obtenu que Trump suspende l’augmentation de 25 à 30% des tarifs douaniers punitifs sur 250 milliards de dollars d’importations chinoises aux États-Unis, qui devait entrer en vigueur prochainement. Mais les Etats-Unis ont obtenu en échange le triplement de leurs ventes agricoles (50 milliards de dollars par an), soit un quintuplement par rapport aux 12 derniers mois. La Chine, confrontée à une hausse du chômage et à une crise alimentaire (épizootie de peste porcine), a plié le genou. L’accord provisoire Etats-Unis/Chine comprend aussi des éléments sur les brevets – souvent pillés en Chine – une plus large ouverture du secteur des services financiers chinois et un volet sur les taux de change… Et les 15% de taxe sur les produits de grande consommation qui devaient entrer en vigueur en décembre n’ont pas encore été retirés.

Pékin a riposté en abaissant le cours pivot de sa monnaie, le yuan, à son niveau le plus bas depuis 2008. La monnaie chinoise est passée sous le seuil des 7 yuans pour un dollar, ce qui est une façon d’adapter ses prix aux taxes appliquées et de conserver les clients, vitaux pour la survie du système chinois, colosse aux pieds d’argile.

Sur le fond, c’est le président américain qui a raison, car depuis 2001, la Chine a très largement profité de son entrée dans l’OMC pour exporter, mais n’en a pas respecté les règles quant à la propriété intellectuelle, la monnaie, les investissements et les produits étrangers. Les exportations chinoises vers les USA ont atteint 558 milliards en 2018, un déficit record de la balance commerciale et une évasion fiscale massive par certaines entreprises vers leurs filiales en Chine.

Quel sera l’état du monde après l’affrontement Chine-Etats-unis ?

La Chine fait pression sur les gouvernements européens pour qu’ils se désolidarisent des Américains. Et elle reporte ses efforts sur un continent mou et divisé. La politique brutale des Etats-Unis réussit mieux que celle de l’Europe. Ainsi sur la protection des investissements, les Américains ont obtenu un accord ; pas l’Europe qui se contera de l’attendre – peut-être – au second semestre de 2020, lors de la visite de Xi Jinping en Allemagne à l’occasion du sommet Union européenne-Chine.

Les Européens doivent comprendre qu’il faut cesser d’être naïfs et dispersés et se contenter de déclamer des odes au multilatéralisme. Emmanuel Macron, geôlier de la prise européenne, n’a lui-même cessé d’évoquer la nécessaire  »réciprocité » dans les échanges avec la Chine: « On ne peut pas reprocher aux Chinois d’avoir été intelligents. On peut se reprocher d’avoir été stupides » (fin août 2019 à ses diplomates).

Cet affrontement peut-il durer? Aura-t-il des conséquences négatives sur l’Occident? Aux Etats-Unis, tout dépendra de la capacité des tissus économiques déjà nécrosés à se régénérer. Mais la fragilité (méconnue) de la Chine peut l’amener à réviser son attitude. Ce que Trump sait. Les premiers reculs de la Chine l’encouragent à pousser son avantage, d’autant qu’il est stable dans les sondages, autour des scores qui lui ont permis d’être élu. La Chine est fragile politiquement et socialement et si elle est impactée économiquement, les nouvelles générations pourraient finir par suivre la colère de Hong-Kong et du Quang Dong.

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