Un petit article du Figaro de la rubrique consommation est passé sans doute inaperçu.

Pas pour moi !

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Ce papier intitulé « Achat refusé, vous avez dépassé votre plafond de CO2 » présente une nouvelle carte rattachée au géant Mastercard et mise au point par une start-up suédoise, le pays le plus en pointe pour l’écologie. Elle calcule pour chaque achat la quantité de CO2 générée par sa fabrication. Si vous vous offrez un pull, le programme regarde la matière qui compose le vêtement (fibre synthétique ou naturelle), le lieu où il a été fabriqué et la façon dont il a été amené au magasin (par camion, par le rail ou par péniche). Le possesseur de la carte se fixe un plafond (de son plein gré) et s’il le dépasse, son achat est refusé, de la même façon qu’il serait bloqué s’il n’avait pas assez d’argent sur son compte.

Principe du volontariat, pour le moment…

Pour l’instant, nous restons dans le volontariat, mais je ne peux m’empêcher de frissonner et d’imaginer un univers où le plafond serait imposé à tous.La technologie semble au point, même si, sans doute, il faudra l’affiner pendant quelques années.

Faisons un petit saut dans le futur. Chaque produit proposé à la vente pourra se voir accoler une note « CO2 » à côté de son prix. L’argent liquide et les chèques seront bannis. Seules resteront les cartes de crédit qu’il est plus facile de contrôler… Elles permettront d’attribuer précisément à chaque citoyen sa dépense en CO2, chose impossible avec les billets de banque ou les chèques. Chaque acte de la vie d’un consommateur sera évalué et noté : le logement où il habite (on déterminera s’il est énergivore ou pas), le mode de transport, collectif ou individuel, sera contrôlé (les utilisateurs de bicyclette seront favorisés), tout comme les vacances (bien sûr, ceux qui prennent l’avion pour aller au soleil seront fortement pénalisés). Un plafond de CO2 sera établi et voté par le Parlement. Il pourra sans doute être familial, car il est difficile de le rendre individuel, mais il dépendra de l’âge : un couple de retraités générant moins de CO2 que de jeunes parents, on leur attribuera un plafond plus bas. Ceux qui dépassent leur quota de gaz carbonique verront leurs achats dans les magasins ou les sites internet bloqués. Mais comme il est difficile de couper le chauffage d’un logement, d’empêcher un employé de se rendre à son travail ou de priver de nourriture des citoyens, des mécanismes de compensation se mettront en place : soit des amendes dont le montant sera d’autant plus élevé que vous aurez abusé, soit une bourse où ceux qui n’utilisent pas entièrement leur quota vendront leur reliquat…

Une société plus écolo et plus inégalitaire

Il apparaît nécessaire de penser à l’aménagement d’un espace de respiration pour que ce système fonctionne, sinon il explosera ! Ce monde futur sera furieusement libéral : les pauvres incapables de payer le moindre dépassement de quota se priveront et essaieront de gratter au maximum pour revendre leurs droits. Aux États-Unis, on vendait parfois son rein pour survivre, bientôt on ne se chauffera plus pour disposer d’une marge à négocier. Cette « dictature » écologique qui s’instaurerait serait diablement efficace. Les pays qui appliqueraient ces quotas verraient le niveau de CO2 plafonner voire régresser fortement. On n’aurait même pas besoin d’imposer aux entreprises et aux entreprises d’être vertes. Elles le deviendront spontanément, puisque les consommateurs rechercheront les produits qui consommeront le moins de CO2. Par exemple, une société qui produit des logiciels, fera en sorte que le chauffage de ses locaux soit le moins énergivore possible, puisque la quantité d’électricité consommée sera répercutée dans ses produits.

Comment l’Inde ou la Chine vendront-ils leurs produits s’ils continuent à libérer dans l’atmosphère trop de gaz carbonique ? Alors qu’ils seront déjà pénalisés par le coût écologique du transport, leurs marchandises ne seront plus attractives pour les Occidentaux. Cette méthode est donc vertueuse, mais elle risque de devenir incontournable. J’estime que nous avons devant nous dix à quinze ans de répit le temps de surmonter les bugs. Mais ce nouveau monde me fait peur, tant il sera inégalitaire ; nous assisterons au triomphe du capitalisme dans sa forme la plus abjecte, même si cette politique prendra les oripeaux du progressisme écologique et sera approuvée par tous les « bien-pensants ».

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