Le « trouble affectif saisonnier », c’est le nouveau nom du « spleen » que nos poètes avaient identifié…


Mais qu’ont-ils donc, tous nos poètes ou presque, quand arrivent les mauvais jours ? Pour Baudelaire, c’est « Pluviôse, irrité contre la ville entière », « Le ciel bas et lourd […] comme un couvercle » et ces moments où « Rien n’égale en longueur les boiteuses journées, / Quand sous les lourds flocons des neigeuses années / L’ennui, fruit de la morne incuriosité / Prend les proportions de l’immortalité. » Pour Verlaine, on en arrive même à l’hallucination auditive : « Les sanglots longs / Des violons / De l’automne / Blessent mon cœur / D’une langueur / Monotone. » Quant à Apollinaire, il ne va guère mieux : « Je regrette chacun des baisers que je donne / Tel un noyer gaulé dit au vent ses douleurs / Mon Automne éternelle ô ma saison mentale. »

« Une humeur triste, une perte des envies… »

Si l’on en croit les pages santé des journaux de ces dernières semaines, le symptôme est pourtant clairement identifié : il s’agit de la « dépression saisonnière » qui touche chaque année 4 millions de Français souffrant de ce « TAF » – comprendre, derrière cet acronyme disgracieux, « trouble affectif saisonnier ». Dans un entretien à Atlantico, Adeline Gaillard, psychiatre à Sainte-Anne le décrit ainsi : « Une humeur triste, une perte des envies, un sentiment de culpabilité avec parfois des idées noires, une fatigue intense, une pensée ralentie, des altérations du sommeil et de l’appétit, des difficultés de concentration et de mémorisation. » On pourrait trouver, point par point, ces symptômes chez nos poètes qui eux préféraient parler de spleen.

De la luminothérapie pour Baudelaire !

Par exemple, le trop peu lu Jules Laforgue (1860-1887) dans L’hiver qui vient, un des premiers poèmes en vers libres de notre littérature, commence par cette célèbre exclamation qui résume parfaitement l’état d’esprit du dépressif saisonnier : « Blocus sentimental ! » Il pourrait consulter le docteur Gaillard et lui confier ses angoisses : « C’est la saison, oh déchirements ! c’est la saison ! » En précisant : « La Toussaint, la Noël et la Nouvelle Année, / Oh, dans les bruines, toutes mes cheminées !… » Il lui expliquerait le manque de lumière, si douloureux : « Soleils plénipotentiaires des travaux en blonds Pactoles / Des spectacles agricoles, / Où êtes-vous ensevelis ? », mais elle le rassurerait immédiatement : « Nous sommes facilement sujet au coup de blues hivernal et pour certains, à la dépression saisonnière, car notre organisme est sensible à l’exposition à la lumière. Dans notre cerveau se trouve une petite structure, la glande pinéale, qui produit de la mélatonine lorsque la luminosité diminue. »

D’ailleurs, pour son « TAF », elle lui conseillerait vivement la « luminothérapie ». On nous permettra, pour notre part, de préférer la poésie…

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