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Deux ovnis pour le prix d’un

Deux ovnis pour le prix d’un

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Monsieur Spleen est un objet littéraire insolite, inclassable et exquis, comparable à un bibelot invraisemblable dont le luxe serait réservé à une société secrète de raffinés. En somme, il répond parfaitement aux critères d’un ouvrage symboliste. En effet, la succession de chapitres mi-chronologiques mi-thématiques que l’auteur consacre à Henri de Régnier (1864-1936), poète, romancier, cocu magnifique, gentilhomme, académicien, mondain réservé et gloire du mouvement symboliste aujourd’hui totalement oubliée, se lit comme un enchaînement ciselé de proses, méditations subtiles et anecdotes rares, bien davantage que comme une simple étude universitaire.[access capability=”lire_inedits”]
Non seulement Quiriny démontre avec brio la supériorité de l’écrivain sur le spécialiste, de l’évocation créatrice sur la dissection scientifique pure, mais encore il tire de son entreprise un livre qui acquiert de surcroît une puissance paradoxale : c’est qu’Henri de Régnier semble souvent servir de double à l’auteur qui révèle pudiquement sa sensibilité sous le masque d’un écrivain lui-même effacé et pudique. Quiriny ne cherche pas, tout comme Régnier, à affirmer une singularité pour le plaisir de s’opposer au monde. S’il est rebelle aux temps qui sont les nôtres, c’est surtout pour revendiquer le droit baudelairien de s’en aller. Mais il ne cède pas pour autant à la tentation du mimétisme. Quiriny reste Quiriny dans Monsieur Spleen, pour notre plus grand bonheur, en pratiquant une littérature fine, élégante, très claire cependant, avec ses récurrences de paradoxes, son goût des trompe-l’oeil et sa minutie qui confine au fantastique.
Toute une gamme que ses lecteurs connaissent bien, où sa maîtrise de ce qui se présente faussement comme un simple exercice d’admiration et de biographie hétérodoxe est déployé avec bonheur. D’un anachronisme délicieux, salvateur et, dans sa forme, cependant, parfaitement inédit. For happy few only.[/access]

Monsieur Spleen, Bernard Quiriny, Seuil, 2013.

* Photo: Portait de Baudelaire, par Gustave Courbet

Mai 2013 #2

Article extrait du Magazine Causeur


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est journaliste littéraire et co-animateur du Cercle Cosaque

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