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Festival international de journalisme ou… Festival international du «Monde»?

Festival international de journalisme ou… Festival international du «Monde»?
Charline Vanhoenacker et Edwy Plenel D.R.

La sixième édition du Festival international de journalisme de Couthures-sur-Garonne vient de s’achever. Un festival de l’entre-soi, constate notre chroniqueur.


Parrainé par le Groupe Le Monde (Le Monde, L’Obs, Télérama, etc.), Gilles Van Kote (Le Monde) en est le directeur. Cette année encore les invités étaient triés sur le volet : les représentants du Groupe Le Monde y étaient bien entendu très largement majoritaires mais étaient également présents quelques journalistes de Libération, de France Inter et d’ARTE, ainsi que des représentants politiques ou associatifs comme le multicarte européiste Pascal Lamy, le sénateur socialiste David Assouline (celui-là même qui reprochait à CNews d’avoir « fabriqué un candidat à la présidentielle »), le maire EELV de Bordeaux Pierre Hurmic, ou la présidente d’Oxfam-France Cécile Duflot. Cerise sur le gâteau de cet entre-soi parfait, cette année la marraine de l’événement était Charline Vanhoenacker (France Inter), « garante de l’impertinence et de la vivacité des échanges » (dixit L’Obs).

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Faire barrage à qui vous savez

Un des maîtres de cérémonie du passage de plats journalistiques uniformes n’était autre que le directeur des pages “Idées-Débats” du Monde, Nicolas Truong. Nicolas Truong est un admirateur des penseurs satellitaires les plus superfétatoires de la galaxie intellectuelle, Alain Badiou et celui que Muray appelait « l’approuveur polyvalent » (ou encore « l’opineur omnivore »), Edgar Morin. Ces spécimens cosmiques étant en orbite déclinante depuis de nombreuses années, Nicolas Truong scrute chacune de leur révolution et tente régulièrement de leur redonner un peu de leur lustre d’antan, en particulier au Festival d’Avignon où, en Monsieur Loyal de représentations croquignolesques dites philosophiques, il anime un « Théâtre des idées » ainsi que des « Ateliers de la pensée ». D’un festival à l’autre, ce journaliste qui vise rien de moins qu’à « faire advenir des émotions de pensée », n’hésite jamais à singer ses confrères les plus conformistes de la scène médiatique progressisto-wokiste, Thomas Legrand ou Jean-Michel Aphatie, par exemple. Comme eux, il redoute une « zemmourisation des esprits » et a appelé à faire barrage à quoi vous savez.

Brigitte Macron et Edgar Morin au palais de l’Elysée, à l’occasion des 100 ans du sociologue, 8 juillet 2021 © Jacques Witt/SIPA

À Blois, en 2019, lors des “Rendez-vous de l’histoire”, Nicolas Truong s’entretenait avec Gérard Noiriel et cherchait avec ce dernier les moyens de « combattre » ces « pamphlétaires à succès [qui ont] réussi à cristalliser autour d’eux des sentiments réactionnaires », à savoir Drumont et… Zemmour. Au Festival de Couthures-sur-Garonne, il a par ailleurs donné son sentiment sur ce pluralisme dont il parle beaucoup mais qui commence à lui filer de l’urticaire : « Sur les réseaux sociaux comme sur les plateaux des médias audiovisuels, les avis tranchés l’emportent. Et si cette tyrannie de la subjectivité facilitait la “zemmourisation des esprits”? », s’est-il interrogé avec Fabien Namias, le directeur général délégué de LCI qui, dans le plus pur esprit pluraliste cher à Truong, fit interdire d’antenne sur sa chaîne les chroniqueurs Geoffroy Lejeune (après « l’affaire » Danièle Obono) et Alain Finkielkraut (pour ses propos sur l’affaire Olivier Duhamel).

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Pour répondre à ce genre de questions et à d’autres tout aussi pertinentes, les responsables du  festival ont invité une pointure, un journaliste qui se qualifie lui-même de « mythe », Edwy Plenel, ex-directeur du Monde et fondateur de Mediapart. Tandis qu’il est de plus en plus difficile pour certains intellectuels, chercheurs ou journalistes de faire ne serait-ce qu’une simple conférence dans certains hauts lieux journalistiques ou universitaires réputés de gauche (c’est-à-dire presque tous), cet idéologue virulent, arrogant, islamo-compatible et à la pointe de toutes les idéologies qui ruinent notre pays est accueilli à bras ouverts à Sciences Po, dans les écoles de journalisme, les universités, etc. Ne cherchez pas l’erreur, il n’y en a pas : le wokisme et l’islamo-gauchisme ont fait leur œuvre, quoi qu’en disent les journalistes de Mediapart, du Monde ou du site Slate (lancé en France par Jean-Marie Colombani, ex-directeur du Monde, il n’y a pas de hasard) qui se sont empressés de décrire les soi-disant « assauts réactionnaires contre l’université » après la tenue d’un colloque (1) dénonçant justement les plaies idéologiques – de l’écoféminisme au décolonialisme, du néo-racisme racialiste à l’islamo-gauchisme – qui gangrènent tous les lieux de savoir et de recherche et justifient l’intolérance et la censure.

Charline Vanhoenacker « utilise le rire pour dynamiter la pensée unique »

Camille Crosnier et Salomé Saqué (dont j’ai déjà eu l’occasion de parler dans mon papier du 20 juillet) étaient également invitées. La première est une journaliste « spécialiste de l’environnement » sur France Inter et ne supporte pas qu’on questionne les rapports du GIEC. La seconde, prêtresse écologiste très engagée et sectaire, vient d’être recrutée par… Franceinfo pour une émission hebdomadaire qui sera la énième chambre d’écho de la propagande écologiste à la sauce rousseauiste sur la radio publique. Comme dit Catherine Nayl, la directrice de l’information de France Inter, « la quête de la pluralité des points de vue est très importante » sur la radio payée par tous les contribuables.

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L’humoriste subventionnée Charline Vanhoenacker a donc été la marraine du Festival de Couthures-sur-Garonne. « Chaque jour sur France Inter, est-il écrit sur le site dudit festival, l’humoriste la plus écoutée de France met en boîte l’actualité et utilise le rire pour dynamiter la “pensée unique” ». Le Monde l’a interviouvée à propos de cet événement (2). Elle a été enthousiasmée : « Chouette, il est cool, ce festival ! » Elle a été « très touchée » de voir des enfants embrigadés pour faire une « p’tite rédac ». Elle est heureuse d’avoir pu rencontrer des « journalistes féministes » comme Fiona Schmidt, animatrice d’un atelier dans lequel « elle raconte son combat pour en finir avec la charge maternelle », dans un pays où « l’injonction à la maternité demeure » (dixit le texte de présentation dudit atelier). Elle a trouvé passionnante la table ronde sur « La presse d’opinion et CNews » animée par… Nicolas Truong, et à propos de laquelle, sans l’avoir vue ni entendue, nous subodorons qu’elle a dû être d’une totale objectivité.

Bref, ça s’est très bien passé, on était entre gens du même monde, pas une tête ne dépassait ; il y a bien eu un festivalier qui « s’est aventuré à tenir un demi-propos complotiste » mais « toute la salle a réagi » pour repousser l’empêcheur de penser en rond. Ah ! si, il y a quand même une chose qui a chagriné Charline qui, décidément, ne tient pas à trop s’éloigner des berges de la bien-pensance : « Si je dois mettre un bémol, c’est le manque de diversité, chez les intervenants comme du côté des festivaliers ». Humoriste un jour, humoriste toujours.


(1) Colloque “Que reconstruire après la déconstruction ?”, 7 janvier 2022. Un dossier complet ainsi que les interventions de Jean-Michel Blanquer, Pierre Manent, Pierre Vermeren, Jacques Julliard, Pierre-André Taguieff, Pierre Jourde, Mathieu Bock-Côté, Pascal Bruckner, etc., sont disponibles sur le site de L’Observatoire du décolonialisme.

(2) https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2022/07/17/charline-vanhoenacker-toute-l-annee-on-se-fait-invectiver-et-la-les-festivaliers-expriment-simplement-leurs-desaccords-et-argumentent_6135138_3236.html

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Amateur de livres et de musique. Dernier ouvrage paru : Les Gobeurs ne se reposent jamais (éditions Ovadia, avril 2022).

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